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BLAGUES

de l'époque communiste


     En Pologne, deux amis juifs se rencontrent dans la rue après une longue séparation. Autant l'un est gras et prospère, habillé à la dernière mode, autant l'autre paraît misérable, efflanqué, vêtu de loques. Les effusions passées, le second demande à son rutilant coreligionnaire :
- Comment fais-tu pour être aussi à ton aise, alors que les temps sont si difficiles pour nous autres juifs ?
- Tu sais, ça n'a rien de très sorcier : je fais chanter les gens qui m'ont caché pendant la dernière guerre.


     La cellule du paradis doit désigner son secrétaire. Quelqu'un propose la candidature de saint Pierre, mais un ange au visage sévère fait remarquer qu'un homme qui a renié trois fois son maître ne saurait faire, en aucun cas, un bon secrétaire de cellule.
     On propose alors la candidature de saint Paul, mais le même ange, le visage toujours aussi fermé, se lève et rappelle que le chemin de Damas a été précédé d'épouvantables errements et qu'en aucun cas on ne peut désigner comme secrétaire de cellule un ancien persécuteur.
     La candidature de Dieu le Père est alors avancée, et l'unanimité va se faire, quand l'ange au visage de bois s'avance et déclare :
- Je n'ai rien contre Dieu le Père, mais qu'est-ce que son fils est allé faire si longtemps en Israël ?


     Brejnev est couché et dort. Mais, depuis quelque temps, il a un sommeil plutôt agité et, cette nuit encore, Brejnev rêve. Il rêve que tout va mal, que les objectifs du Plan ne seront pas atteints, que les dissidents sont maintenant des millions, que les chours de l'Armée Rouge sont passés à l'Ouest, quand, dans son rêve, apparaît Staline. Un Staline resplendissant, le teint rose et la mine sereine, un Staline qui lit un fort volume relié de cuir rouge. Sur la tranche, gravé en lettres d'or, le titre étincelle :
- Dis-moi, petit père, dis-moi : comment le sauver ?
- Voyons, camarade, - répond Staline, - c'est toi qui rêves...


     Staline se réveille déprimé. Il trouve que les choses ne vont pas comme elles devraient, que ses ministres ne manifestent pas assez de zèle et que le gouvernement semble somnoler. Il décroche donc son téléphone et appelle Mikoïan.
- Dis-moi, Anastass, tu ne serais pas Arménien, toi, par hasard ?
- Si, camarade, bien sûr, mais tout le monde le sait... Qu'est-ce qui se passe ?
- Écoute, tu sais bien que ça m'est égal que tu sois Arménien, mais il y a des camarades qui ont l'air de trouver que ça pose un problème. Enfin, ce n'est pas grave, mais penses-y quand même.
     Staline appelle ensuite Kaganovitch.
- Dis donc, Kaganovitch, tu es bien Juif, n'est-ce pas ?
- Oui, camarade Staline, mais tout le monde le sait... Qu'est-ce qui se passe ?
- Rien, tu sais bien que je n'ai rien contre les juifs, mais il y a des camarades qui ont l'air de penser que ça pose des problèmes. Écoute, tâche d'y réfléchir un peu...
     Staline appelle enfin Beria.
- Dis donc, Beria, il paraît que quand je sors du Kremlin tu me surveilles par la fenêtre...
- C'est vrai, camarade Staline, mais c'est pour ta sécurité. Pourquoi, qu'est-ce qui se passe ?
- Rien du tout, je pensais bien que c'était pour ma sécurité, mais il y a des camarades qui ont l'air de penser autrement. Ce n'est pas bien grave, mais tâche quand même d'y réfléchir...
     Alors Staline raccroche, bourre lentement sa pipe, s'étend voluptueusement sur son divan préféré et murmure :
- Voilà ce que j'appelle une bonne ambiance de travail...


     À Moscou, un Russe se présente au poste de police dans un état pitoyable et annonce qu'il vient déposer plainte pour agression et vol. Après lui avoir administré les premiers soins, on le fait asseoir dans un fauteuil et le commissaire lui demande de raconter son histoire.
- Voilà, - commence l'homme, - je venais de chez moi jusqu'à la ville à pied quand, au moment de pénétrer dans les faubourgs, j'ai croisé deux soldats suisses. Et ces deux soldats m'ont attaqué, battu et ils m'ont volé ma belle montre russe, et...
- Pardon, camarade, - l'interrompt le commissaire, - tu dis que deux soldats suisses t'ont volé ta montre russe ?
- Oui, c'est ça et...
- Allons, camarade, tu dois te tromper. Ce sont plutôt deux soldats russes qui t'ont volé ta montre suisse.
- Puisque c'est toi qui le dis, camarade, je crois bien que c'étaient des Russes.


Dubček signifie en russe petit chêne. Après l'invasion de la Tchécoslovaquie, un Polonais demande à un Russe :
- Qu'est-ce que vous faites dans ce pays ?
- Nous ramassons des glands.


La différence entre un optimiste et un pessimiste en URSS ?
L'optimiste prétend qu'un jour on mangera de la merde... et le pessimiste répond qu'en plus il n'y en aura pas pour tout le monde.


     Au moment de la querelle sino-soviétique, le Comité central se réunit au grand complet et entend un rapport du secrétaire général du Parti sur les turpitudes des communistes chinois. Mikhaïl Denissovitch écoute avec la plus grande attention et se pénètre de l'idée qu'il doit changer d'attitude à l'égard des ex-camarades maoïstes.
     Le lendemain, marchant dans une rue de Moscou, il aperçoit un diplomate chinois de sa connaissance à quelques dizaines de pas de là. Fort de ses nouveaux principes, Mikhaïl Denissovitch respire à fond, dépasse le Chinois, se retourne et lui lance : « Sale juif ! »


     Devant l'ambassade américaine en Pologne stationne une splendide Cadillac dernier modèle. Un petit attroupement s'est formé, et un des admirateurs se penche vers son voisin pour lui dire :
- Belle voiture, n'est-ce pas ? Beau symbole de puissance économique.
- Vous avez tout à fait raison. C'est une superbe réalisation. Bien digne de l'industrie de notre grand frère soviétique.
- Vous êtes fou, vous ne connaissez pas les Cadillac ?
- Les Cadillac, oui... Vous, non.


     Au plus fort de la crise économique des années soixante-dix, Ford, Brejnev et Tito se trouvent réunis devant Dieu qui leur a permis de lui poser chacun une question. Ford crache son chewing-gum et s'inquiète :
- Quand les États-Unis sortiront-ils de la crise ?
- Dans cinquante ans, - répond Dieu.
     À ces mots, Ford fond en larmes et gémit :
- Oh ! Je ne verrai jamais ce jour.
     C'est maintenant au tour de Brejnev de poser sa question :
- Quand la puissance économique de l'Union Soviétique rejoindra-t-elle celle des États-Unis ?
- Dans cent ans, - répond Dieu.
     À ces mots Brejnev fond en larmes et gémit :
- Oh ! je ne verrai jamais ce jour.
     C'est enfin le tour du maréchal Tito qui demande :
- Quand le dinar sera-t-il une monnaie forte ?
     À ces mots Dieu fond en larmes et gémit :
- Oh ! je ne verrai jamais ce jour.


     À la mort de Staline, le Comité central du Parti Communiste de l'Union Soviétique se réunit nuitamment, et Molotov, blême, annonça la nouvelle aux camarades présents. Passé le premier instant de stupeur, la salle demeure dans un silence effrayé, un instant troublé par le murmure d'une voix anonyme:

- Qui va oser aller le LUI dire?


     Pour son soixante-dixième anniversaire, Léonide Brejnev a pris la décision de faire graver un timbre à son effigie. Six mois plus tard, il va visiter l'Institut d'émission du ministère des Postes et s'étonne que « son » timbre ne soit pas encore en circulation. Le directeur, très gêné, explique que le programme a pris du retard à cause d'un détail qui pose un problème imprévu : les timbres à l'effigie du secrétaire général ne collent pas.
     Furieux, Brejnev ordonne qu'on lui apporte immédiatement un morceau de papier et un timbre. Il prend le timbre, crache dessus, l'appuie fortement sur le papier, et le timbre colle parfaitement...
- Ah, dit le directeur, vous crachez de ce côté-là...


Accoudés au comptoir du bar, trois ouvriers boivent un café. Le premier se racle la gorge et dit :

- Et oui!
Le second toussote à plusieurs reprises et fait :

- Ah! Oui...
Le troisième, lui, se fâche tout net :
- Camarades, si vous commencez à parler politique, je me tire tout de suite.


Hier soir, annonce la radio, un cambriolage particulièrement scandaleux et crapuleux a été commis dans les locaux du ministère de l'Intérieur. Une bande d'individus réactionnaires, après s'être introduite dans les lieux, a dérobé les résultats des élection en raison de cet acte de sabotage, les élections ne pourront avoir lieu dimanche prochain comme prévu...


     Brejnev doit bientôt se rendre aux États-Unis et veut, avant de partir, faire un geste en faveur des juifs d'Union Soviétique. Il décide de faire bâtir une nouvelle synagogue à Moscou. Le bâtiment est achevé dans un temps record puis il convoque son secrétaire et le charge de trouver un rabbin. Quinze jours plus tard, son secrétaire vient lui dire qu'il a fait chou blanc.
- Quoi, dit Brejnev, il n'y a personne dans ce pays qui soit capable de tenir une synagogue ?
- Camarade, ce n'est pas qu'il n'y ait personne, c'est que tous les candidats qui se sont présentés... Ils étaient tous Juifs.


     Les pays du Comecon ont organisé un championnat de lancer de marteau. Les jets s'échelonnent entre 60 et 65 mètres, quand arrive un tout petit juif malingre qui supplie qu'on le laisse essayer. Tout le monde se moque de lui, mais on décide de le laisser se ridiculiser. Le petit Juif malingre prend le marteau, tourne une fois sur lui-même, et le lance si loin qu'il quitte les limites du stade.
- Et encore ce n'est rien, - dit-il aux spectateurs médusés, - donnez-moi une faucille et vous verrez...


     Sur la place principale d'une petite ville d'URSS, un pauvre hère mâche de la paille et mendie. Passe un touriste américain, qui s'émeut de la détresse de l'homme, lui dit quelques mots de réconfort et lui donne 20 dollars. Arrive alors un Français qui, pour ne pas être en reste, lui glisse un billet de 100 francs; puis passe un sujet de Sa Gracieuse Majesté britannique, qui sort son portefeuille et en tire 5 livres qu'il donne au pauvre homme.
     Un peu plus tard passe un Russe. Il s'arrête, contemple longuement ce navrant spectacle et se dirige vers le mendiant. Il se plante devant lui, hoche la tête d'un air à la fois réprobateur et désespéré, et lui dit :
- Ce n'est pas bien de manger du foin, camarade. Il vaudrait mieux manger de l'herbe et garder le foin pour l'hiver.


Dans un village, deux paysans collectivisés discutent :
- Dis-moi, Ivan, penses-tu que nous ayons atteint la phase du communisme à 100 %, ou penses-tu que ce sera encore pire?


Après la mort de Staline, un touriste qui se promène à Kiev s'aperçoit que la statue du petit père des peuples est gardée nuit et jour. Un matin, il se décide à en demander la raison au chef des gardes : mais pourquoi garder une statue?
- C'est, - répond le chef, - qu'on pourrait lui manquer de respect.
- Diable, - s'écrie le touriste, - mais qui pourrait manquer de respect à la statue du regretté camarade Staline?
Et le soldat, faisant de la main un vaste mouvement circulaire englobant tous ses compagnons, répondit :
- Nous, si nous n'étions pas de service.


     Brejnev visite incognito une usine. A la fin de sa visite il s'approche d'un ouvrier et lui demande :
- Que penses-tu de Brejnev ?
     L'ouvrier se redresse brusquement, jette autour de lui des regards anxieux et lui murmure à l'oreille :
- Je ne peux pas te répondre ici. Attends-moi à la sortie du travail et à ce moment-là je te dirai ce que je pense du camarade Brejnev.
     Intrigué, il décide de jouer le jeu. Il retrouve donc l'ouvrier à la sortie de l'usine et celui-ci l'entraîne aussitôt loin des autres ouvriers. Là, Brejnev repose sa question, mais l'homme ne lui répond que par des grands gestes l'invitant au silence, puis, saisissant le camarade président par le bout de la manche, il lui fait emprunter un dédale de petites rues, rasant les murs avec des airs de conspirateurs. Et ils marchent tellement qu'ils arrivent aux limites de la ville. Loin de s'arrêter, l'ouvrier plonge dans les bois remorquant un Brejnev de plus en plus étonné. Enfin, arrivé dans une clairière au coeur de la forêt, le travailleur s'arrête et, après un ultime coup d'oeil méfiant, se penche sur Brejnev et lui dit à l'oreille :
- Tu sais, et bien, moi, Brejnev, je l'aime bien.


À Moscou, la propriétaire fait visiter sa chambre à un nouveau locataire. Après lui en avoir vanté les mérites, elle se retire en disant :
- Surtout si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas. Vous venez me voir, et je vous explique comment vous en passer.


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