Russie Russie virtuelle

BLAGUES

de l'époque communiste


     À la fin des années soixante, un Russe émigre en Amérique, chez son frère qui réside à New-York depuis 1945. Après une semaine de séjour consacrée à visiter la ville et ses environs, tout le monde le presse de donner son avis.
- Finalement, je trouve que tout ça, c'est tout à fait comme la Russie.
- Comment, comme la Russie ?
- Oui, à Moscou, tu ne peux rien avoir avec des roubles, mais tu peux acheter n'importe quoi avec des dollars.


     Au cours d'une réunion du Parti, les responsables s'inquiètent du nombre décroissant de ses membres. Après en avoir débattu, ils décident de publier la déclaration suivante :
- Quiconque trouvera un nouveau membre du Parti sera libéré de l'obligation d'assister aux réunions du Parti pendant six mois.
- Quiconque trouvera cinq nouveaux membres du Parti aura le droit de quitter le Parti.
- Quiconque trouvera dix nouveaux membres du Parti recevra une attestation qui prouvera qu'il n'a jamais appartenu au Parti.


     À Varsovie, pour le millénaire de la Pologne, on avait organisé un grand concours pour la jeunesse. Après mûre réflexion, la liste des prix est publiée :
premier prix : deux jours en Union Soviétique;
deuxième prix : quinze jours en Union Soviétique;
troisième prix : un mois en Union Soviétique.


     Les membres de la délégation soviétique aux Nations Unies se promènent dans New York et s'arrêtent devant deux mendiants, l'un blanc, l'autre noir, assis au même coin de rue. Le chapeau du Blanc est à moitié rempli de pièces de monnaie, alors que celui du Noir est vide. L'un des Soviétiques se penche vers le Noir et lui dit dans un anglais hésitant :
- Pourquoi restez-vous là ? Tous les Américains sont racistes, et il est évident qu'ils ne donneront leur argent qu'au mendiant blanc.
     Dans un russe impeccable, le Noir répond :
- Depuis quand les Soviétiques se croient-ils autorisés à nous apprendre à vivre?


Quand Nixon décida d'aller sur la lune pour négocier en personne l'installation de bases militaires américaines avec le gouvernement lunien, il se vit répondre qu'il arrivait trop tard et que tout l'espace libre avait déjà été loué à Brejnev pour y planter du blé.


Un Russe est jugé pour avoir dit en public que le ministre de l'Économie est un imbécile. Il est condamné à trois ans et trois mois de prison. Quelque temps après, un ami du juge qui a prononcé la sentence lui demande le pourquoi d'une peine aussi inhabituelle, pourquoi trois ans et trois mois ?
- Les trois mois, c'est pour avoir injurié un ministre.
- Et les trois ans?
- Les trois ans, - murmure le juge, - c'est pour avoir divulgué un secret d'État.


     Après une longue visite du Moscou historique, les services du protocole conduisent un visiteur de marque à la Maison des Inventeurs de l'Union Soviétique. On lui présente successivement l'inventeur de la télévision, celui de l'avion à moteur, celui du réfrigérateur, celui de l'automobile, celui de la machine à vapeur, celui du fer à repasser, de la grue élévatrice, de la baratte, de la tondeuse à gazon, du ciseau à bois, de l'alambic, du buvard, des verres de contact, de la bombe atomique, du magnétophone, du broyeur à ordures et de la scie musicale.
     Alors, avisant un portrait de Brejnev qui trône au milieu de la salle, le visiteur demande à son guide :
- Et celui-là?
- Celui-là? C'est l'inventeur de la Maison des Inventeurs de l'Union Soviétique.


Après sa visite officielle en Inde, Brejnev, de retour au Kremlin, fait venir un maquilleur et lui demande de lui dessiner sur le front le même point qu'Indira Gandhi. Devant l'étonnement général il précise :
- Je rentre des Indes, où j'ai longuement discuté avec Indira Gandhi, et à la fin elle m'a dit : vous êtes un brave homme, Léonide, mais il vous manque quelque chose là.


Quel conseil peut-on donner à un intellectuel ? D'abord, de ne pas penser. S'il ne peut s'en empêcher, de ne pas parler. S'il ne peut s'en empêcher, de ne pas écrire. S'il ne peut s'en empêcher, de ne pas signer. S'il ne peut s'en empêcher, de ne pas s'étonner.


     Après le limogeage de l'équipe libérale croate, un grand journal de Belgrade, Nin, publie un entretien avec Bakarić, vieux dirigeant croate conservateur. Entre autres questions, le journaliste l'interroge sur le problème de la répartition des devises étrangères entre les républiques, problème qui était le principal souci de l'ancienne équipe dirigeante.
- Il n'y avait pas réellement d'injustice ou d'inégalité dans la situation qu'avait critiquée l'ancienne équipe, et il n'y avait pas de raisons de vouloir la modifier. Elle reste bonne. De temps en temps c'est la Serbie qui remplit les caisses fédérales, de temps en temps c'est la Croatie. De temps en temps c'est la Serbie qui puise dans les caisses fédérales, de temps en temps c'est la Croatie. Mais il faut bien reconnaître que, de façon relative, les Serbes s'en sortent mieux que les Croates.


     À la frontière entre les deux Allemagnes, deux gosses se disputent à travers les barbelés. Le petit garçon de l'Allemagne de l'Ouest a une orange dans la main et nargue son vis-à-vis en chantonnant :
- Moi, j'ai une orange, moi, j'ai une orange. Toi, t'as pas d'orange, toi, t'as pas d'orange...
     Vexé, le petit Allemand de l'Est rentre chez lui et dit à son père que de l'autre côté il y a un petit garçon qui l'ennuie tout le temps avec des histoires d'oranges, qui dit qu'il a des oranges et que lui n'en a pas.
- Je ne sais jamais quoi dire, conclut-il, qu'est-ce que je peux lui répondre ?
- Dis-lui que tu as le socialisme.
Le lendemain, à la frontière, les deux enfants se retrouvent et le jeune Allemand de l'Est nargue l'autre :
- Moi, j'ai le socialisme, moi, j'ai le socialisme. Et toi tu l'as pas, et toi, tu l'as pas.
Furieux, le garçon de l'Ouest va voir son père et lui explique :
- De l'autre côté de la frontière il y a un garçon qui me dit tout le temps qu'il a le socialisme et pas moi. Qu'est-ce que je peux lui répondre ?
- Dis-lui qu'après les élections toi aussi tu auras le socialisme.
Le garçon retourne alors à la frontière et dit à son adversaire :
- Moi, j'aurai le socialisme, moi, j'aurai le socialisme...
Et l'autre de répliquer :
- T'auras plus d'orange, t'auras plus d'orange...


Quand, par décision du gouvernement soviétique, Staline fut retiré de son mausolée pour la punition de ses « erreurs », on installa ses restes dans un mur du Kremlin où reposent déjà quelques célébrités de seconde zone. La plaque apposée sur le mur portait cette simple inscription : "Joseph Staline, 1879-1953".
Le lendemain matin, on pouvait lire ces mots qu'un inconnu avait rajoutés à la craie : "Au Réprimé posthume, les réhabilités posthumes".


Un peintre abstrait marche dans les rues de Moscou. Il est suivi par deux figuratifs en civil.


Un paysan croate, qui a lu cet article, va demander à son ami Joseph, l'instituteur :
- Dis-moi, Joseph, qu'est-ce que ça veut dire : de façon relative ?
- C'est assez difficile à expliquer dans ce cas précis, -répond Joseph. - Enfin, c'est à peu près ceci: supposons que tu mettes ton nez dans mon cul, on peut dire que nous avons le nez dans le cul, mais ma position est, de façon relative, meilleure que la tienne.


En 1967, au plus fort de la vague d'antisémitisme agitée par le ministre de l'Intérieur, Abraham Abramovitch est convoqué par son chef de bureau qui lui annonce son licenciement pour incompétence. Pas dupe, Abraham Abramovitch baisse la voix et dit :
- Écoutez, je sais pourquoi vous me mettez à la porte, mais je vais vous dire une chose : je ne m'appelle pas Abramovitch, je m'appelle Spychalsky. En fait, j'ai changé de nom en 45 parce que en me faisant passer pour juif j'ai obtenu après la guerre des dommages et intérêts substantiels de la part des Allemands.
- Salaud, - dit le chef, - considère-toi comme licencié pour antisémitisme.


- Comment est mort Maïakovski ?
- Maïakovski s'est suicidé. Il a mal pris le tournant de 1927 et n'a pas compris les changements nécessaires.
- Et quelles furent ses dernières paroles ?
- Ne tirez pas, camarades.


Si, lorsqu'un ordre est donné à un militaire français, la formule consacrée de réponse est « à vos ordres », ou pour un allemand « zum Befehl », elle est pour un militaire soviétique « prêt à servir le gouvernement soviétique ».
Lancé dans l'espace en 1964, un équipage de cosmonautes revint sur terre quelques jours après la déposition de Khrouchtchev. Conduit à Moscou pour y être félicité, l'équipage fut introduit au Kremlin dans une salle où les attendait la troïka Podgornyï, Kossyguine, Brejnev. Le chef de l'expédition fit alors trois pas en avant, salua et déclara :
- Prêt à servir n'importe quel gouvernement soviétique.


- Quelle est la théorie marxiste-léniniste sur l'usage de la monnaie en régime communiste ?
- Il y a trois types de réponses. Les déviationnistes de droite, les sociaux-démocrates, disent qu'il y aura toujours de la monnaie. Les déviationnistes de gauche, les maoïstes, disent qu'un jour il n'y aura plus de monnaie. Les marxistes-léninistes orthodoxes disent qu'il y aura de la monnaie pour les uns et pas pour les autres.


Au début du printemps de Prague, Dubček reçoit un beau matin, dans son bureau, la visite d'une fée qui lui dit :
- Camarade Dubček, nous avons formé un soviet de fées, et nous sommes très contentes de toi et de ton action. Aussi avons-nous décidé de t'accorder trois voeux.
- Merci beaucoup, - répond Dubček. - Mon premier vou est que les Chinois envahissent la Tchékhoslovaquie et qu'ils se retirent.
- Cela se fera, - dit la fée. - Et ton deuxième voeu ?
- Mon deuxième voeu, c'est que les Chinois envahissent la Tchékhoslovaquie et qu'ils se retirent.
- Bon, - dit la fée, - et ton troisième souhait ?
- Mon troisième souhait, ce serait que les Chinois envahissent la Tchékhoslovaquie et qu'ils se retirent.
- Entendu, - dit la fée. - Est-ce que je peux te demander le pourquoi de ces trois voeux ?
- Bien sûr, - répond Dubček, - c'est parce que comme ça ils traverseront six fois l'Union Soviétique.


Prés de la frontière entre la Tchécoslovaquie et l'Autriche, un Tchèque est assis sur une borne. Passe un de ses amis qui lui demande ce qu'il fait là.
- J'attends les Américains.
- Et tu crois vraiment qu'ils vont venir ?
- Écoute, il y a trente ans j'attendais les Russes, et depuis ils sont venus deux fois...


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