Russie Russie virtuelle

BLAGUES

de l'époque communiste


     Le camarade Premier secrétaire du Parti met son point d'honneur à arriver tôt à son bureau, afin d'être le premier. Aussi est-il tous les jours à son poste dès sept heures du matin. Le garçon de courses, lui, n'est jamais là avant dix heures du matin.      Excédé, le camarade Premier secrétaire convoque le garçon de courses et lui fait une scène, en insistant sur le fait que lui arrive tous les matins à sept heures. Et l'autre, flegmatique, répond :
- Camarade, vous arrivez tous les matins à sept heures pour vérifier que vous êtes toujours Premier secrétaire du Parti. Moi, en arrivant tous les matins à dix heures, je suis sûr d'être encore garçon de courses.


     Au moment de la normalisation, le conseil municipal de Prague reçut du conseil municipal de Moscou une lettre ainsi rédigée :
     «Chers camarades,
pour vous aider dans votre juste campagne de normalisation et pour resserrer les liens entre nos deux villes, nous vous proposons de débaptiser votre cathédrale Saint-Guy et de la rebaptiser cathédrale Saint-Léonide.»
     Rarement le conseil municipal de Moscou avait reçu réponse si rapide. Le télégramme du conseil municipal praguois ne contenait que ces trois mots :
     «D'accord. Envoyez reliques.»


Quelle différence y a-t-il entre la Tchékhoslovaquie et Israël ?
Israël n'est entouré que d'ennemis.


Après l'échange Boukovski-Corvalan, une courte poésie circulait à Moscou :
Contre Luis Corvalan
Ils ont donné un houligan
Où trouver la putain-chef
Contre qui donner Brejnev?


     Dans une cabine publique, un Juif téléphone, et n'en finit pas de téléphoner. Dehors, un officier attend son tour. Au bout d'un long moment, et après avoir réclamé la place en frappant sur la vitre, l'officier, hors de lui, ouvre la porte de la cabine, attrape le juif par le col et hurle :
- Vous n'avez pas bientôt fini ! Qu'est-ce que vous avez à dire pour téléphoner si longtemps ?
- Dites donc, vous ! Et quand vous avez fait votre guerre, est-ce que nous vous avons dérangés ?


     Le président d'un kolkhoze est informé que son unité va recevoir une subvention du ministère de l'Agriculture. Il réunit tout le monde, et demande l'avis des uns et des autres sur l'utilisation de cet argent inespéré. L'un des paysans veut construire un silo à blé, mais les autres lui font remarquer que cela ne servira à rien, car le kolkhoze n'a pas de moissonneuse. Qu'à cela ne tienne, achetons une moissonneuse. Pour quoi faire, disent les autres, puisque nous n'avons même pas de quoi ensemencer nos terres ? Alors, - dit un petit vieillard, - achetons un avion.
     Les autres le regardent avec pitié, en se frappant la tempe de l'index, mais le petit vieillard poursuit son idée :
     - ...un avion, où nous tiendrions tous, et qui pourrait voler longtemps vers l'Ouest...


     La discussion à la réunion de la cellule du Parti est très animée : le sujet à l'ordre du jour est l'extension du communisme à l'ensemble des nations. Un délégué de la fédération explique que chaque communiste doit avoir constamment à l'esprit cet objectif ultime. La chaleur de sa conviction semble devoir emporter l'adhésion de l'assemblée. Toutefois, le groupe des agriculteurs paraît indécis. L'un d'entre eux se lève et d'une voix hésitante demande :
- Camarade délégué, lorsque toutes les nations du monde seront communistes, à qui achèterons-nous du blé ?


     Le maréchal Tito déclare dans un de ses discours que de voir certains ouvriers yougoslaves gagner moins de 100000 dinars par mois : «Eh bien, camarades, ça me donne mal au coeur ! »
     Quelques jours plus tard, la milice dresse des barrages dans les rues et arrête tous les passants pour leur demander :
- Camarade, combien gagnes-tu par mois ?
- 300 000 dinars.
- C'est bien, circule. Et toi, camarade ?
- 150000.
- Ça va, circule. Et toi, camarade ?
- 90000 dinars.
- Espèce de salaud ! - s'exclament les miliciens, - à cause de toi le camarade Tito a mal au coeur.
     Et ils commencent à le battre.


     En juin 1977, lors de sa visite officielle en France, Léonide Illitch Brejnev ne rencontra pas Georges Marchais. Telle fut du moins la version officielle, car en réalité Brejnev arriva clandestinement vingt-quatre heures avant sa réception par le président de la République et se fit conduire directement au domicile de Georges Marchais. Celui-ci n'était pas prévenu et fut littéralement stupéfait en ouvrant sa porte. Stupéfait et inquiet, car son fils, espiègle adolescent, possède un magnifique perroquet dressé à répéter : « À bas Brejnev ! » Tout en installant Léonide Illitch dans son salon, Marchais donna discrètement à sa compagne consigne d'enfermer le perroquet dans le réfrigérateur. Ainsi fut fait, et les deux secrétaires généraux purent passer tranquillement la soirée à discuter de cette bonne farce eurocommuniste et d'autres sujets du même tabac. Vers minuit, ravis l'un de l'autre, Brejnev et Marchais s'apprêtaient à se séparer, quand Léonide Illitch fit remarquer qu'il avait soif et se dirigea sans plus de façons vers la cuisine.
     Georges Marchais devint soudainement blême, tira Brejnev par le fond de sa culotte, et lui dit de ne surtout pas se déranger. Peine perdue : ce n'est pas à un vieux singe que l'on apprend à faire des grimaces, et Brejnev vit tout de suite qu'on essayait de lui cacher quelque chose. Il le dit, et invita son camarade à passer aux aveux. Marchais s'exécuta, tremblant, mais Léonide Illitch se mit à rire aux éclats, et, donnant de grandes claques dans le dos de son compère, lui dit que lui aussi avait des enfants et même des petits-enfants, et qu'il fallait bien les laisser s'amuser. Puis il ouvrit la porte du réfrigérateur, et l'on put voir le perroquet gelé et à moitié mort murmurer « Vive Brejnev » d'une voix éteinte.
     Alors, la face illuminée, Léonide Illitch se tourna vers Georges Marchais et dit :
- Tu vois, Marchais, rien de tel que la Sibérie...


À son arrivée au camp, Piotr est accueilli par l'officier commandant, qui lui demande pour combien il en a pris.
- Pour quinze ans, camarade commandant.
- Et qu'est-ce que tu as fait pour en avoir pris pour quinze ans ?
- Je n'ai rien fait, camarade commandant, absolument rien fait.
- Menteur, n'essaie pas de nous rouler. Tu as sûrement fait quelque chose, parce que pour rien, ils donnent seulement dix ans.


- Chez nous, - dit un Américain à un Soviétique, - la liberté est totale; la preuve en est que je peux aller tous les jours sous les murs de la Maison-Blanche et crier « À bas Nixon » autant qu'il me plaît.
- Et moi aussi, - dit le Russe, - je peux aller tous les jours sous les murs du Kremlin et crier « À bas Nixon » à m'en faire péter les cordes vocales.


À une réunion de cellule, Abraham Abramovitch s'endort. Son chef de cellule entre dans une colère noire, le saisit par le col et le secoue comme un prunier. Abraham Abramovitch se réveille effaré et se lamente :
- Ah, camarade, tu n'aurais pas dû me réveiller, je faisais un rêve merveilleux. J'étais dans un pays extraordinaire au centre duquel s'élevait une montagne de beurre, et au-dessus de cette montagne se tenait Dieu...
- Espèce de crétin, - explose le chef de cellule, - triple buse! Tu sais bien que Dieu n'existe pas.
Et Abraham Abramovitch, pensif :
- Et le beurre, camarade, et le beurre...


Brejnev doit visiter un asile d'aliénés; avant sa visite, le directeur rassemble ses pensionnaires et leur apprend à crier : « Vive Brejnev, vive Brejnev. » Le jour de la visite, lorsque Brejnev entre dans la grande salle où tout le monde est rassemblé, tous se lèvent et crient : « Vive Brejnev, vive Brejnev ». Brejnev, très content, salue. Soudain il se fige, au fond de la salle il vient d'apercevoir un homme qui, appuyé sur des tuyaux, le regarde sans crier. Furieux, il fonce vers lui et lui demande les raisons de son silence.
- Tout doux, camarade, - lui répond l'homme, - tout doux, moi je ne suis que le plombier...


     Dans l'une des républiques de l'Union Soviétique, le gouvernement organise des élections. Rien ne doit en principe en modifier le cérémonial habituel : les électeurs pénètrent dans le bureau de vote, prennent une enveloppe fermée contenant déjà le bulletin au nom du candidat unique, traversent rapidement l'isoloir et, pour terminer, déposent leur enveloppe dans l'urne.
     Arrive le tour de Nikolaï Bogdanovitch qui, légèrement éméché, entreprend d'ouvrir l'enveloppe qu'on vient de lui remettre. Le secrétaire du Parti, président du bureau de vote, se lève horrifié et se précipite sur Nikolaï en criant :
- Voyons, camarade, tu ne sais donc pas que ce sont des élections à bulletin secret !


Deux ouvriers Polonais gagnent un séjour en Union Soviétique, un seul en revient. Ses amis l'interrogent :
- Alors comment ça se passe, comment est l'alimentation ?
- Remarquable, je n'en croyais pas mes yeux.
- Et les conditions de travail ?
- Remarquables, je n'en croyais pas mes yeux.
- Et les logements ?
- Remarquables, je n'en croyais pas mes yeux.
- Et les libertés syndicales ?
- Remarquables, je n'en croyais pas mes yeux.
- Et ton copain ?
- II est en Sibérie : il semble qu'il en ait cru ses yeux.


     Trois espions américains sont largués en parachute au-dessus de l'Union Soviétique. Le premier est arrêté par des kolkhoziens, à peine arrivé au sol. Le second, tombé plus loin, cache son parachute, parvient à se faire embarquer par un camion et se fait prendre en demandant qu'on le conduise à la base militaire la plus proche. Le troisième, tombé encore plus loin, parvient sans encombre à Kiev, où il est pourtant arrêté tout de suite, et il rejoint ses deux collègues en prison.
- Comment se fait-il que tu aies été pris si vite, toi qui étais le meilleur spécialiste de l'Union Soviétique à l'école d'espionnage ?
- Eh bien, je suis rentré dans un restaurant, j'ai commandé un repas, deux types se sont approchés de moi en disant : voilà notre troisième. Alors je me suis rendu, mais les types avaient l'air plutôt étonnés... (Dans certains restaurants d'URSS, l'usage voulait que l'on ne serve les repas et surtout les boissons alcoolisées que par trois).


     Dans le cours de la conversation, lors d'une réception donnée par un secrétaire régional du parti communiste yougoslave, un invité s'écrie : « Dieu merci... » Son hôte le reprend aussitôt d'un ton sec :
- On ne dit pas Dieu merci, on dit Tito merci.
- Mais que dira-t-on quand Tito sera mort? - demande l'invité.
- Alors tu pourras dire Dieu merci, - répond une voix anonyme.


Devant une assemblée de kolkhoziens, un camarade délégué par le ministère de l'Agriculture est venu faire l'apologie de la propriété collective de la terre. Pour mieux faire sentir les vertus du nouveau système, il raconte les dépravations de l'ancien, où il n'était pas rare que les nobles perdent aux cartes des centaines d'hectares, avec tous les paysans qui vivaient dessus.
- Et alors, camarades, qu'est-ce que vous pensez de ça, conclut-il ?
- Mon Dieu, dit un kolkhozien, vous savez, la chance aux cartes...


     Un jeune Juif sort d'un pénitencier soviétique, où il a purgé une peine de sept ans pour délit politique. Le lendemain même, il se présente à l'office d'émigration de Moscou, et demande un passeport et un visa de sortie. Le fonctionnaire à qui il s'adresse lui demande pourquoi il veut s'expatrier, et le jeune homme répond qu'il a deux raisons :
- Tout d'abord, dès que le régime change, on commence par s'en prendre aux juifs. C'est ma première raison...
- Tu n'as rien à craindre, - coupe le fonctionnaire. - Aujourd'hui, le Parti est plus fort que jamais, il ne craint personne, et rien ne risque de changer.
- Eh bien ! - reprend le jeune homme, - et bien ! C'est ma seconde raison.


Un jour dans Moscou la nouvelle se répand d'un prochain arrivage de viande. D'immenses queues se forment devant les boucheries, et les gens passent la nuit devant les vitrines encore vides. A l'aube, arrive un commissaire politique qui s'adresse à la foule :
- Y en a-t-il parmi vous qui sont Juifs ?
Environ un tiers des présents lèvent la main.
 - Allez-vous-en, - dit le commissaire, - il n'y a pas de viande pour les Juifs.
Deux heures après, le commissaire revient :
- Y en a-t-il parmi vous qui sont « sans-parti » ?
Les neuf dixièmes des restants lèvent la main.
- Allez-vous-en, il n'y a pas de viande pour les « sans-parti ».
Deux heures plus tard, alors que le magasin est toujours fermé, le commissaire revient et dit :
- Camarades, maintenant que nous sommes entre nous, je dois vous dire qu'il n'y a pas de viande du tout.
Alors on entend dans la queue une voix écoeurée qui s'exclame :
- C'est toujours les Juifs qui sont favorisés...


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