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CONTES Conte
du coq et de la poule Dans
une cour de ferme, vivaient ensemble un jeune coq et une jeune poule. A vrai dire,
la poulette était assez stupide et envieuse. C'est pourquoi, elle jalousait
le coq et lui en faisait voir de toutes les couleurs. Un
jour, le coq eut envie de manger des noisettes. Il se rendit dans le pré
où se dressait un noisetier et, bien entendu, la poule le suivit. Un instant
après, ils arrivaient au pied de l'arbuste. Mais les noisettes poussaient
haut et la poule ne pouvait les atteindre. «
C'est toi qui dois les cueillir », cria-t-elle au coq. « Mais prends
bien garde de ne choisir que les plus grosses et les plus tendres, sinon je me
plaindrai au maître. » Le gentil
coquelet consentit et commença à cueillir ce qu'il pouvait cueillir.
La poule s'emparait gloutonnement de chaque noisette, sans se préoccuper
de savoir si le coq en avait sa part. Finalement, il ne resta plus sur l'arbuste
qu'une seule noisette que le coq lui-même ne put atteindre. «
Donne-la-moi ! Donne-la-moi ! » insista la poule. Le
coquelet finit par se fâcher sérieusement : « Tu ne vois donc
pas qu'elle est trop haute ? » dit-il en colère. «
Tu n'as qu'à grimper, sinon je dirai au fermier que tu as voulu m'embêter
» « Quel poison, cette poule ! »
se dit le coquelet en grimpant cependant pour chercher la noisette. Dieu
sait pourquoi, la noisette tomba toute seule, et la poule la reçut précisément
sur la tête. Seigneur, quel drame ! «
Tu as voulu me tuer ! Tu m'as crevé l'oeil ! » hurla la poule en
se précipitant tout droit dans la cour de la ferme. Le
fermier se tenait justement sur le seuil de sa maison lorsque la poule fit semblant
de tomber morte devant lui. Dès que le coq fut de retour, le paysan l'interpella
en brandissant la canne : « Qu'est-ce que
c'est que cette histoire de noisettes ? » «
Ben ... le noisetier a laissé tomber sa dernière noisette sur la
tête de la poule », répondit calmement le coq. L'homme
s'en fut donc demander au noisetier pourquoi diable avait-il fait une chose pareille. «
Je ne l'ai pas fait exprès, maître, mais je ne parviens pas toujours
à faire tomber mes noisettes où je veux, d'autant plus que je tremble
de froid depuis que la chèvre a grignoté mon écorce. » «
C'est donc la faute de la chèvre », dit le fermier, et il se précipita
dans l'étable. Mais la chèvre avait
aussi son excuse : « Comment aurais-je
pu manger cette écorce, alors que le berger ne m'a même pas menée
au pré ? » Le berger passait justement
par là. Mais le mystère n'en fut pas éclairci pour autant.
Il dit : « J'aurais volontiers mené
paître la chèvre, mais la fermière m'avait promis un beignet
au fromage qu'elle ne m'a point donné. Aurais-je dû me rendre au
pré l'estomac vide?» Cette fois,
le fermier en avait par-dessus la tête. Voilà que sa propre femme
était responsable de tout. « Pourquoi
n'as-tu pas donné de beignet au fromage au berger, alors que tu le lui
avais promis ? » cria-t-il par la fenêtre ouverte de la cuisine. «
Comment peux-tu demander une chose pareille, alors que c'est toi qui as tout mangé
? » s'écria-t-on de l'intérieur. Le
paysan fut comme frappé par la foudre. Il demeura debout, muet, les yeux
étincelants et l'esprit en désordre. «
Ainsi, ce serait moi qui ... », commença-t-il. Mais sa colère
se retourna subitement contre la poule qui, ne se souvenant plus de rien, picorait
tranquillement des grains de blé au milieu de la cour. Sa désinvolture
acheva de mettre le fermier en fureur. «
Je vais t'apprendre à être jalouse », cria-t-il. D'un seul
bond, il s'empara d'elle et lui tordit le cou. Puis il la tendit à sa femme
par la fenêtre de la cuisine : «
Mets donc cette sale bête au four ! Elle n'a jamais rien pondu, embête
tout le monde avec sa jalousie et s'en est même prise à moi... » Ainsi
en fut-il de cette poule paresseuse. Personne ne la regretta, hormis le coq qui
l'avait mieux connue que les autres. De semblables avatars n'arrivent pas seulement
dans les contes. Ils arrivent parfois dans la vie. |