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Les
oies-cygnes
II
était une fois un vieux et une vieille. Ils avaient une fille
et un petit garçon. - Fillette,
fillette! - disait la mère. - Nous partons travailler, nous
te rap-porterons de la brioche, te ferons une robe, t'achèterons
un fichu; sois sage, veille sur ton frérot, ne quitte pas
le clos. Les parents partis, elle
oublie leurs recommandations; laissant son frérot dans l'herbette,
sous la fenêtre, elle se sauve dans la rue, joue, s'amuse.
Des oies-cygnes qui passaient se saisissent du garçonnet
et l'emportent sur leurs ailes. La
fillette revient... plus de frérot! Affolée, elle
court dé-ci, dé-là: person-ne! Elle l'appelle,
pleure, se lamente, redoutant la colère des parents... le
frère n'a pas répondu! Elle débouche en rase
campagne; les oies-cygnes, entrevues un instant, disparaissent par-delà
les bois. Ils ont une mauvaise réputation, ces oiseaux malfaisants,
ravisseurs d'enfants; la fillette a deviné que ce sont eux
qui ont enlevé son frérot et se lance à leur
poursuite.

Elle court, elle court
et voit un poêle sur son chemin. -
Poêle, poêle, dis-moi où les oies-cygnes se sont
enfuies? - Mange mon pâté
de seigle, et je te le dirai. -
Peuh, chez mon père on dédaigne même les pâtés
de froment! Le poêle n'a
rien dit. Elle court plus loin et voit un pommier sur son chemin. -
Pommier, pommier, dis-moi où les oies-cygnes se sont enfuies? -
Mange une de mes pommes sauvages, et je te le dirai. - Peuh, chez mon
père on dédaigne même les pommes de jardin! Elle court plus loin
et voit une rivière de lait aux rives de kissiel. - Rivière
de lait, rives de kissiel, où les oies-cygnes se sont-elles
enfuies? - Mange de mon simple
kissiel arrosée de lait, et je te le dirai. - Peuh, chez mon
père on dédaigne même la crème fraîche. Elle aurait longuement
battu prés et bois si, par chance, elle n'avait ren-contré
un hérisson; elle est tentée de le bousculer, mais
craint de se piquer et lui demande: - Hérisson,
hérisson, n'as-tu pas vu où les oies se sont enfuies? - Par là!
-dit-il, montrant la direction. Elle court et voit
une cabane sur pattes de poulet, qui tourne, qui vire. Baba-Yaga
la sorcière est dedans, face osseuse, jambe glaiseuse; le
petit garçon, assis sur un banc, joue avec des pommes d'or.

Sa soeur s'approche en tapinois, le saisit et l'emporte; et les oies-cygnes
la poursuivent à tire-d'aile; elles vont la rattraper, les
scélérates. Que faire? La rivière de lait coule
entre ses rives de kissiel. - Rivière
chérie, cache-moi! - Mange de mon kissiel.

Rien à faire,
la fillette en mange. La rivière la cache sous sa rive, les
oies la dépassent. La fillette sort de sa cachette, remercie
et court plus loin avec son frérot; mais les oies ont fait
demi-tour et arrivent sur elle. Que faire? Malheur! En voici le
pommier. - Pommier, cher pommier,
cache-moi! - Mange une de mes
pommes sauvages!

Elle s'empresse de
la manger. Le pommier l'enveloppe de sa ramure, la couvre de son
feuillage; les oies passent. Elle sort de sa cachette, se remet
à courir avec son frérot; mais les oies l'ont aperçue
et la poursuivent; elles l'ont presque rejointe, la battent de leurs
ailes, il s'en faut de peu qu'elles lui arrachent son frérot!
Par bonheur, le poêle est là, sur le chemin. -
Monsieur le poêle,
cache-moi! - Goûte à
mon pâté de seigle! Elle l'engloutit
aussitôt et se glisse à l'intérieur du poêle.
Les oies volent, volent, cacardent, cacardent et repartent bredouilles.
Et la fillette rentre à la maison en hâte, juste avant
ses parents, heureusement.

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