Trois royaumes: du cuivre, de l'argent et de l'or Dans un certain pays, dans un certain royaume, il était
un tsar qui avait une femme - Nastassia
aux cheveux d'or - et trois fils: Piotr, Vassili et Ivan. Un jour,
la tsarine va se promener au jardin avec ses suivantes et gouvernantes.
Soudain, l'épouvantabTourbillon se déchaîne
et emporte la tsarine on ne sait où. Le tsar est consterné,
désespéré. Quand les princes, ses fils, sont
devenus grands, il leur dit: - Mes chers enfants! Lequel d'entre
vous irait à la recherche de votre mère? Les deux aînés se mettent en route,
ils sont absents un an, deux... Puis le cadet
demande à partir, lui aussi. - Non, - dit le tsar, - non,
mon petit! Ne me quitte pas, je me fais vieux. - Oh,
mon père! J'ai tellement envie de retrouver
ma mère. Que faire, le tsar finit par consentir. Ivan-tsarévitch selle son beau coursier et s'en va. Après
une plus ou moins longue chevauchée - on a plus vite fait
de le dire que d'agir - il arrive à la montagne de verre
qui touche le ciel de son cime. Piotr et Vassili, ses frères, campent
dans la plaine avec une nombreuse armée. Les deux princes
accueillent leur cadet: - Ivan!! Quel bon vent t'amène? - Je
viens pour vous retrouver et pour chercher notre mère. -
On a déjà retrouvé la trace de maman, mais
on n'arrive pas à escalader cette montagne de verre. Essaie,
si tu veux, nous n'avons plus de force. - Bon, je vais essayer. Ivan-tsarévitch commence à grimper,
il grimpe en glissant et en se blessant les mains et les pieds;
le troisième jour, il parvient au sommet et crie à
ses frères: - Je vais chercher notre mère; attendez-moi
ici trois ans et trois mois. Si je ne reviens pas d'ici-là, n'attendez
plus! Après
une courte halte, il longe la crête un bon moment et voit
un palais de cuivre gardé par des dragons horribles qui grouillent,
retenus près du portail par des chaînes en cuivre.
Un puits de cuivre est là, avec une puisette en cuivre rivée
à une chaînette de cuivre. Le prince puise de l'eau
et abreuve les dragons; apaisés, ils se couchent et le laissent
passer. La tsarevna du cuivre se précipite au-devant de lui: -
Qui
es-tu, vaillant guerrier? - Je suis Ivan-tsarévitch. - Viens-tu de ton plein gré ou par nécessité,
mon prince? - De mon plein gré; je recherche
ma mère, Nastassia aux cheveux d'or. Tourbillon l'a enlevée.
Ne sais-tu pas où elle est? - Je l'ignore,
mais j'ai ma deuxième soeur qui habite dans le voisinage,
elle gouverne le royaume de l'argent; peut-être te le dira-t-elle.
Sur ce, elle lui remet une bille de cuivre. -Cette
bille, dit-elle, te conduira chez ma deuxième soeur. Lorsque tu auras vaincu Tourbillon, pense à mon malheur et rends-moi la
liberté. - D'accord, - dit Ivan-tsarévitch,
et il jette la bille de cuivre qui roule, lui montrant le chemin. Parvenu au royaume de l'argent, il voit un palais plus beau que
le précédent, tout en argent; d'horribles dragons
sont retenus près du portail par des chaînes d'argent;
un puits en argent est là, avec une puisette en argent rivée
à une chaînette d'argent. Le prince puise de l'eau
et abreuve les dragons; apaisés, ils se couchent et le laissent
passer. La tsarevna de l'argent s'avance vers lui. - Voici bientôt
trois ans, - dit-elle, - que le puissant Tourbillon me tient prisonnière;
depuis, je n'ai jamais vu ni entendu rien d'humain, et voici qu'un
humain se présente à mes regards. Qui es-tu, vaillant
guerrier? - Je suis Ivan-tsarévitch. - Viens-tu
de ton plein gré ou par nécessité? -
De mon plein gré, je recherche ma mère; comme
elle se promenait au jardin, Tourbillon s'est déchaîné
et l'a emportée on ne sait où. Ne sais-tu pas où
elle est? - Je l'ignore; mais j'ai ma soeur aînée
qui habite dans le voisinage, Héléna la Belle, souveraine
du royaume de l'or; peut-être te le dira-t-elle. Voici une
bille en argent, fais-la rouler devant toi et suis-la; elle te conduira
au royaume de l'or. Mais quand tu auras tué Tourbillon,
pense à mon malheur et rends-moi la liberté. Ivan-tsarévitch fait rouler la
bille et la suit. Au bout d'un temps plus ou moins long, il aperçoit un
palais en or qui rutile; des dragons horribles grouillent, retenus
près du portail par des chaînes en or; un puits d'or
est là, avec une puisette en or rivée à une
chaînette d'or. Le prince puise de l'eau et abreuve les dragons;
apaisés, ils se couchent et le laissent passer. Le prince
entre dans le palais, où Héléna la Belle l'accueille:
-
Qui es-tu, vaillant guerrier? - Je suis Ivan-tsarévitch. - Viens-tu de ton plein gré ou
par nécessité? - De mon plein gré;
je recherche ma mère, Nastassia aux cheveux d'or. Ne sais-tu
pas où elle est? - Bien sûr que je le
sais! Elle habite non loin d'ici. Voici une bille en or, fais-la
rouler devant toi et suis-la, elle te conduira où il faut.
Mais quand tu auras vaincu Tourbillon, pense à
mon malheur et rends-moi la liberté. - D'accord, belle
dame, je ne t'oublierai pas! -
dit le prince. Il fait rouler la bille et la suit; finalement, il parvient au
palais d'une beauté indicible qui scintille de mille diamants et gemmes.
Des dragons à six têtes sifflent à l'entrée;
Ivan-tsarévitch les abreuve; les monstres, apaisés, le laissent
passer. Le prince traverse de vastes salles et trouve dans celle
du fond sa mère, assise sur un trône élevé,
parée d'habits royaux et d'une couronne précieuse.
A la vue du visiteur, elle s'écrie: - Ivan, mon fils chéri! Comment se fait-il que tu sois
là? - Je viens te chercher, maman, - répond-il. - Ah, mon fils, tu auras du mal! Tourbillon
est très puissant, mais je vais t'aider. Descendons vite à la cave. Ils y descendent. Deux baquets remplis d'eau sont là:
l'un à droite, l'autre à gauche. La tsarine Nastassia
aux cheveux d'or dit au prince: - Bois de l'eau du baquet de
droite. C'est ce qu'il fait. - Eh bien, quelle est ta
force? - Je pourrais retourner le palais d'une seule
main. - Bois encore. C'est ce qu'il fait. - Quelle
est ta force à présent? - Je retournerais
le monde, au besoin. - Ah, c'est largement suffisant! Déplace donc ces
baquets: mets celui de droite à gauche et celui de gauche
à droite. C'est ce qu'il fait. - L'eau du premier baquet donne des forces, celle du deuxième
les supprime; celui qui aura bu au premier sera un preux tout-puissant,
celui qui aura bu au second n'aura plus de forces du tout. Tourbillon
boit toujours de l'eau de vigueur et place le baquet à droite;
trompons-le, c'est le seul moyen de le vaincre. Ils regagnent les appartements. -
Tourbillon ne va pas
tarder, - dit la tsarine Nastassia. - Saisis sa massue. Il montera haut,
très haut, t'emportera au-dessus des mers et des abîmes;
ne lâche la massue à aucun prix. Epuisé, il
voudra boire de l'eau de vigueur, descendra à la cave et
s'élancera vers le baquet de droite; toi, tu boiras au baquet
de gauche. A peine a-t-elle prononcé ces paroles que le ciel s'obscurcit et la terre tremble; Tourbillon
déferle, entre dans le palais, Ivan-tsarévitch se
précipite vers lui et saisit sa massue. - Qui es-tu? D'ou
viens-tu? Je vais te manger! - crie Tourbillon. - Ce n'est pas
sûr: peut-être que oui, peut-être que non! Tourbillon jaillit par la fenêtre et monte en flèche,
emportant le prince au-dessus des monts et des mers, mais Ivan-tsarévitch, cramponné à la massue, tient bon. Ayant survolé la terre entière, Tourbillon,
épuisé, redescend; il pique droit dans la cave, court
au baquet de droite et boit l'eau de faiblesse, tandis que le prince
se jette à gauche, boit l'eau de vigueur et devient le preux
le plus puissant du monde. Voyant Tourbillon complètement
affaibli, il lui arrache son épée tranchante et le
décapite d'un seul coup. Des voix derrière lui crient: -
Frappe, frappe encore, sinon il va ressusciter! -
Non, - répond le prince, - la main du preux ne frappe
qu'une fois! Puis il va retrouver sa mère
et dit: - Viens, mère, il est temps! Mes
frères nous attendent au pied de la montagne. Sans compter qu'il
faut délivrer en chemin trois tsarevnas, captives de Tourbillon. Ils se mettent en route
et passent
d'abord chez Héléna la Belle. Elle transforme son
royaume en oeuf et dit: - Merci, Ivan-tsarévitch, tu m'as
sauvée de l'horrible Tourbillon. Preds cet oeuf et si tu
veux, sois mon fiancé. Ivan-tsarévitch prend
l'oeuf et embrasse la tsarevna sur les lèvres écarlates.
Ils passent chez la tsarevna d'argent et chez celle du cuivre; ils les emmènent, emportent de la toile,
d'autres choses, et ne tardent pas à parvenir là où
il faut quitter la montagne. Le prince fait descendre au bout
de la toile sa mère, Héléna la Belle et ses
deux soeurs. Ses frères sont en bas.Ils voient leur mère
et se réjouissent; ils voient Héléna la Belle
et se figent; ils voient les deux autres soeurs et deviennent jaloux.
Le
prince Vassili dit: - Laissons Ivan là-haut, nous amènerons
nous-mêmes notre mère et les tsarines au tsar et lui dirons
que c'est nous qui les avons trouvées. - Moi,
j'épouserai Héléna la Belle, - dit le prince
Piotr; toi, Vassili, la tsarevna du pays de l'argent; quant à
celle du pays du cuivre, nous la marierons bien à un général. Lorsque c'est au Ivan-tsarévitch de descendre, ses frères
aînés tirent violemment sur la toile et la déchirent.
Ivan reste au sommet. Que faire? Il éclate en sanglots et
retourne sur ses pas; il erre, erre à travers les royaumes
du cuivre, de l'argent, de l'or... Pas âme qui vive. Il arrive
au royaume des diamants - toujours personne. Que deviendra-t-il
dans cette solitude? Il mourra d'ennui! Pour se distraire, il se
met à manier le massue de Tourbillon et soudain, un boiteux
et un borgne surgissent: - Que désires-tu, Ivan-tsarévitch?
Fais trois vieux, et nous les accoplirons. - Manger, - dit Ivan-tsarévitch. Aussitôt, la table est servie, des
mets et des vins délicieux apparaissent tout seuls. Le prince,
s'étant restauré, pense: - Un petit somme ne
serait pas de trop. Il manie la massue, le boiteux
et le borgne surgissent: - Que désires-tu, Ivan-tsarévitch? - Un bon lit. A peine a-t-il parlé qu'un lit
excellent est là, avec draps et couvertures. Il se couche, dort son content, puis joue
de nouveau avec la massue. - Que désires-tu? - lui demandent
le boiteux et le borgne. - Ramenez-moi immédiatement dans
mon pays! A peine a-t-il parlé qu'il se retrouve au
pays, en plein milieu du marché. Il s'avance et rencontre
un savetier, fort gai luron. Le prince lui demande: - Où
vas-tu, bonhomme? - Vendre des chaussures, car je
suis savetier. - Prends-moi comme apprenti. - Sais-tu donc confectionner des chaussures? - Je
sais tout faire, même des vêtements. - Alors,
viens! Lorsqu'ils sont arrivés chez le savetier, celui-ci dit: -
Eh bien, au travail! Voici de la matière de première
qualité; on verra de quoi tu es capable. - Une matière, ça? Une cochonnerie! A jeter
à la poubelle. La nuit quand tout le monde dort, Ivan-tsarévitch
sort l'oeuf d'or, le trznsaforme en royaume, y entre, prend dans
un coffre une paire de chaussures, retransforme le royaume en oeuf,
pose les chaussures sur la table et va se coucher. Le lendemain,
son patron lui demande: - Alors, mon brave,
ils sont prêts, ces chaussures? - Oui. - Fais voir! Il y jette un coup d'oeil et s'exclame: -
Quel artiste, ma parole! Une merveille! Il prend les
chaussures et les emporte. Entre-temps, trois mariages se préparent au palais du
tsar: le prince Piotr compte épouser Héléna
la Belle; le prince Vassili, la tsarevna de l'argent; un général,
la tsarevna du cuivre. On achète à cette intention des
parures; on cherche des souliers pour Héléna la Belle.
Comme notre savetier en a de fameux, il est introduit au palais.
Héléna la Belle n'a pas plus tôt jeté
un coup d'oeil sur la marchandise qu'elle a compris: "Ivan-tsarévitch
est en vie, il se promène dans le royaume d'or." Elle dit
au tsar:: -
Que ce savetier me confectionne
au jugé une robe de noce brochée d'or,
parsemée de diamants et de joyaux. Et que ce soit prêt
demain, sinon je n'épouserai pas le prince Piotr! Le tsar
appelle le savetier et lui dit de confectionner cette robe pour
demain, sinon c'est l'échafaud. Le savetier rentre à
la maison,
la mine sombre: - Que m'as-tu fait? - Ce n'est rien, - dit
Ivan-tsarévitch. - Va te coucher, la nuit porte conseil. La
nuit Ivan-tsarévitch va chercher la robe dans le royaume
d'or et la dépose sur la table. Le savetier se réveille
et trouve sur la table une robe précieuse qui éclaire
toute la pièce. Il la prend et court au palais voir Héléna
la Belle. Celle-ci le paye et ordonne:- Arrange-toi pour que demain à l'aube il
y ait en mer, à deux lieues d'ici, un royaume de l'or relié
au palais par un pont d'or tapissé de velours fin, avec,
de part et d'autre, contre les parapets, des arbres merveilleux
où divers oiseaux chantent en choeur. Sinon, tu seras écartelé! Le savetier rentre
à la maison, la tête basse. - Voilà, - dit-il
à Ivan-tsarévitch, - tout ça, c'est à
cause de tes chaussures! On m'écartèle demain. -
Ce n'est rien, - dit Ivan-tsarévitch. - Va te coucher, la
nuit porte conseil. La nuit, Ivan-tsarévitch va en mer
et transforme son oeuf n royaume avec des arbres merveilleux
où divers oiseaux chantent en choeur. Le tsar envoie sur-le-champ des messagers pour savoir ce que cela
signifie. Ne serait-ce pas un preux qui menace son royaume? Les
messagers abordent le savetier et l'interrogent; il leur dit: -
Je
ne sais rien, mais j'ai un billet pour votre tsar. Dans ce
billet, Ivan-tsarévitch apprend à son père tout ce
qui s'est passé: comment il a délivré sa mère,
trouvé Héléna la Belle, et comment ses frères
aînés l'ont trompé. Par la même occasion,
il lui envoie des carrosses d'or et le prie de bien vouloir venir
en compagnie de la tsarine, d'Héléna la Belle et de
ses soeurs; quant aux princes félons, qu'on les amène
sur de simples chariots. Aussitôt, le cortège se forme et se met en route;
Ivan-tsarévitch leur fait un joyeux accueil. Le tsar parle de condamner
à mort ses fils indignes, mais Ivan-tsarévitch obtient leur
pardon. Un festin magnifique est commandé; Ivan-tsarévitch
épouse Héléna la Belle, donne en mariage la
tsarevna de l'argent au prince Piotr et la tsarevna du cuivre au prince
Vassili. J'étais
de la fête, j'ai bu vin et bière, qui sur ma moustache
coulèrent sans me désaltérer. 
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