|
HUMOUR Anonyme Lettre
à ma banque et à toutes les banques Madame,
Monsieur, En
tant qu'actionnaire et client du Crédit Agricole, je ne peux que me réjouir
des bénéfices records enregistrés par les banques françaises
depuis qu'elles font payer chacun de leurs services au prix fort à leurs
clients - sauf malheureusement les chèques, mais ça viendra. Néanmoins,
il ne faut jamais s'endormir sur ses lauriers. Au contraire : messieurs les dirigeants,
visez plus haut vers l'inaccessible perfection, dans le profit comme dans tous
les domaines. Aussi, en tant qu'actionnaire, permettez-moi de vous suggérer
quelques idées de services payants, jusque là gratuits, dont vous
n'avez pas encore songé à calculer le prix (faute professionnelle?),
et que vous pourriez facturer. Car, comme le dit fort bien le porte-parole de
l'association des banquiers, le chèque, comme tout service rendu, a un
prix; et si on ne le facture pas, ce prix sera imputé de façon officieuse
à l'ensemble des clients par des voies détournées. Tout
d'abord, la loi imposant aux banques une obligation de conseil, il faut instaurer
d'urgence un tarif pour chaque entretien avec un chargé de clientèle,
comme une consultation médicale; tarif qui sera librement fixé par
la banque selon la durée de l'entrevue et la fortune de l'intéréssé.
Le client n'aura ainsi plus de vulgaires rendez-vous avec un chargé de
clientèle, mais de distinguées entrevues avec un responsable. Encore
qu'après une entrevue trop brève le client mécontent pourrait
se plaindre d'avoir seulement entrevu ledit responsable, mais il y a des grincheux
partout. Bien entendu, plus le client sera modeste,
plus la consultation sera chère : ainsi, un long entretien pour un découvert
de quarante francs pourrait bien endetter pour la vie un client indésirable,
et le pousser à quitter (enfin) la banque, en échange de l'annulation
de sa dette, ce qui évitera de clotûrer arbitrairement son compte,
une opération toujours mal vécue et source de mauvaise publicité. Vous
pourriez également instaurer pour chaque client une participation annuelle
forfaitaire de cent francs; pourquoi? Heu... voyons, on trouve toujours une raison.
Par exemple : pour la pose d'un sas blindé, ainsi que pour compenser les
diverses améliorations de ces dernières années en matière
de sécurité. Chacun comprendra que si le matériel blindé
est d'un coût élevé, se rendre dans sa banque l'esprit tranquille
n'a pas de prix. Payer cent francs par an quelque
chose qui n'a pas de prix, c'est vraiment cadeau. Ensuite,
il faut absolument facturer les places assises. Compte tenu du coût de la
taxe foncière, il est scandaleux que les clients ne participent pas au
coût de la surface qu'ils occupent. Il existe bien des parcmètres
pour les voitures. Je vous propose donc d'instaurer des parcmètres
à piétons dans les banques. En faisant vite, vous pourriez même
déposer le brevet de cette invention et engranger de colossales royalties.
Naturellement, le client restera libre de choisir d'attendre debout, gratuitement
- on n'est pas des sauvages, tout de même ! Et dans un esprit citoyen, un
tarif réduit sera proposé aux femmes enceintes, aux personnes âgées
et aux invalides, une excellente mesure pour l'image de marque de la banque. Les
employés de la banque, outre leurs privilèges acquis, se verront
ainsi offrir un nouvel avantage : la gratuité de leurs places assises dans
leurs fauteuils de bureau - qui par ailleurs, selon une récente étude
américaine, seraient beaucoup trop confortables, amoindrissant l'esprit
combatif de nos cadres et dirigeants avachis dans de moelleux fauteuils ergonomicopivotants
qui permettent en outre de suivre discrètement des yeux les fesses des
secrétaires. Quelques caméras de surveillance supplémentaires,
orientées cette fois vers les bureaux, mettraient d'ailleurs fin à
cette forme trop négligée de harcèlement sexuel ; c'est,
paraît-il, un projet à l'étude. Une
fois au guichet, je vous suggère de facturer le sourire du préposé.
En effet, il est certes payé pour faire son travail, mais rien dans son
contrat ne l'oblige à le faire en souriant, au risque pour lui d'accélérer
le vieillissement de sa peau et la formation des rides. Loin de moi l'idée
de suggérer au personnel féminin de réclamer une prime de
risque pour sourire(s), mais il faut envisager la possibilité d'un intéressement
du personnel à ce sujet : ils devront convaincre les clients de choisir
l'option "guichet avec sourire" (grâce à deux boutons de
couleur différente placés sur le comptoir), et la "prime de
sourire" pourrait bien devenir plus populaire dans le personnel que le treizième
mois ou l'intéressement aux placements, si laborieux à obtenir -
tant les clients sont échaudés par la chute des actions Télécom
ou Thomson multimédia que leur conseiller leur avait chaudement recommandés...
Quel métier ingrat ! Une prime d'ingratitude est d'ailleurs envisagée
par les syndicats, mais je conseille aux dirigeants de la refuser, il y a des
limites tout de même. Dans le même
ordre d'idée, on pourrait envisager une "prime de décolleté".
En effet, pourquoi le plaisir de contempler le décolleté de l'agent
pendant qu'elle effectue l'opération demandée ne serait-il pas facturé,
comme tout service de la banque ? Mais cette mesure audacieuse se heurte malheureusement
à une législation sur la discrimination à l'embauche. Sans
compter la difficulté de fournir à chaque client le type de personnel
à son goût, d'organiser des guichets optionnels homme ou femme, blonde,
brune ou rousse, torse musculeux et velu ou délicat Adonis... Ah ! tout
de même... délicieuse vision de la banque virtuelle du futur qui
nous attend au coin du Net, avec une préposée choisie dans un vaste
catalogue d'hommes et de femmes, tous plus séduisants les uns que les autres
! Et si d'aventure quelques pervers(es) ont un faible envers une boiteuse ou une
brute sadique, nul doute qu'ils/elles pourront l'installer derrière le
bureau de leur banque en ligne ! Ah ! peut-être même une option bureau
transparent sera-t-elle disponible, et la boîte de dialogue demandera :
"Avec ou sans culotte ?" Terrible
concurrence qui s'annonce à l'horizon pour la banque de papa, qu'il est
donc urgent de moderniser. Euro? Non : heureux! Et
puis, que d'histoires pour ces malheureux chèques payants de quelques centimes
: proposez donc des chéquiers à couverture érotique, des
hologrammes sexys, innovez ! Voyez grand et fort, et vous pourrez sans peine facturer
vos chèques dix francs pièce ! A
bas la frilosité de vos conseils d'administration : en tant qu'actionnaire
(modeste certes, mais actionnaire) je réclame des mesures énergiques
et audacieuses pour tripler le coût des services bancaires ! Sexe et argent,
voilà le futur ! Enfin, comme pour les
caddies des supermarchés, changez toutes les portes des sas de sécurité
: les nouvelles portes ne s'ouvriront qu'après que l'on y ait glissé
une pièce d'un euro (dans les deux sens, bien sûr) ; et qu'est-ce
qu'un malheureux euro? S'agissant d'une banque,
nul ne s'étonnera que la porte ne rende pas la pièce à la
sortie ! Un
actionnaire qui vous veut du bien. PS
: Tout le monde connaît maintenant le truc pour obtenir du Crédit
Agricole un prêt d'un million sans intérêt, rapidement suivi
d'une annulation de la dette - ce qui est nettement plus intéressant financièrement
! Allez, si vraiment vous rentrez d'un tour du
monde en solitaire, je vous raconte le truc : disposez
à la fenêtre de votre appartement trois pots de fleurs suspendus
(tulipes, orties ou haschisch, ça n'a pas d'importance), déclarez-vous
ensuite à votre agence en tant qu'agriculteur corse au motif que vous avez
des terres agricoles : - Mais ? vous n'êtes
pas Corse ! objectera alors votre astucieux chargé de clientèle -
Si, mais je ne vous l'avais pas dit ! Ajoutez
au besoin que vous avez un cousin corse - même un lointain cousin - ou que
vous avez habité sur une île, ou que vous connaissez quelqu'un qui
connaît quelqu'un qui serait peut-être Corse ou aurait habité
sur une île lointaine et en voie de développement. Et
là soudain, inattendu, le jackpot ! Un prêt miraculeux provenant
d'un fonds spécial d'aide au développement, dont le chargé
de clientèle en qui vous aviez tellement confiance ne vous avait même
pas parlé ! Mais ne rêvez pas :
tout ça c'est fini ! Sinon, je ne vous en aurais pas parlé ; en
tant qu'actionnaire, je ne peux tout de même pas recommander une telle gabegie...
C'est fini : les dirigeants responsables ont reçu les primes de départ
qu'ils méritaient, ou ont été promus. Eh
oui ! c'est dommage. Avez-vous remarqué comme on apprend toujours les bons
trucs trop tard ? |