HUMOUR
Paul Itolog
Notre envoyé très spécial
à Washington
En
exclusivité pour "CNM", la chaîne d'infos discontinues
"C'est nous les meilleurs", voici des extraits des différentes
conférences qui se sont tenues au PC de crise du gouvernement des Etats-Unis,
après les attentats du 11 septembre. Ces
informations exclusives proviennent de milieux autorisés, proches du gouvernement
- à savoir la cousine de la femme de notre reporter vedette, qui est la
maîtresse de P... et a dû se cacher dans le placard de la salle d'état-major,
surprenant ainsi par hasard des secrets d'état, que nous n'hésitons
pas à vous révéler, au nom de la liberté que ces terroristes
veulent atteindre. J.1, le lendemain
des attentats du World Trade Center : - Monsieur le Président, les
analyses de la CIA, du FBI et de la NSA concordent : nous avons été
attaqués. - Bon boulot, les gars ! Continuez. J.2
: - Monsieur le Président, le FBI et la CIA sont d'accord : le fait
que deux avions de ligne se soient écrasés presque au même
endroit et presque au même moment, exclut qu'il s'agisse d'un tragique concours
de circonstances. Néanmoins, les mathématiciens de la NSA estiment
les probabilités que ce drame soit le fait du hasard à un pour dix
millions... - Bon boulot, les gars, continuez. Mais il m'en faut plus : déjà
qu'on me fait passer pour un idiot, de quoi j'aurais l'air si je déclare
la guerre sans savoir à qui ? J.4
: - Ca y est, Monsieur le Président, le FBI a l'identité
de tous les terroristes : ils appartiennent tous au mouvement terroriste de Ben
Laden. - Un Juif ? - Non, Mr le Président, c'est un Arabe. - Oui,
j'avais compris : quelqu'un du Moyen-Orient. - C'est-à-dire qu'il y
a sans doute séjourné puisqu'il a des contacts avec les chiites
du Hamas, mais il réside actuellement en Afghanistan chez les talibans,
avec peut-être des contacts au Tadjikistan, en Ouzbékistan et en
Iran. - Soyez plus clair : il est chez les bons Arabes ou les mauvais ? -
Pardon ? - Oui, les bons Arabes, ceux qui ont du pétrole et qui sont
des potes de mon papa et des Texans, ou les autres ? - Actuellement, il serait
plutôt chez des Arabes sans pétrole, en Afghanistan. - Oustan
? Heu, je veux dire : où ça ? - En Afghanistan : c'est très
petit et perdu dans les montagnes, mais nous avons demandé l'aide de la
frégate furtive française d'écoute et de détection.
- Bon boulot, les gars, et trouvez-moi cet Afghanistan ! J.7 -
Ca y est, Mr. le Président, les Français viennent de localiser l'Afghanistan.
Leur président Chirac nous l'a confirmé pendant sa visite en hélicoptère
à New-York, au-dessus des ruines des tours jumelles. - Ah bon ! J'ai
cru qu'il cherchait un Français disparu. Mais mon conseiller, lui, pensait
qu'il était venu uniquement pour se faire filmer pendant sa campagne
électorale, comme un candidat américain : c'est un vrai pro celui-là,
comme moi ! - Non, non, ils ont bel et bien trouvé l'Afghanistan.
Les Anglais aussi savaient où c'était, mais comme ils ont perdu
une ou deux guerres là-bas, ils ne voulaient pas nous le dire. - Alors,
pas de problème : atomisez tout le pays et ramenez-moi la tête de
ce Ben ! Silence et réflexion dans le PC de crise. - C'est que, Mr.
le Président, si on rase le pays, sa tête sera méconnaissable,
fondue en particules... et ça ne plairait pas aux voisins, nos alliés
pakistanais, qui seraient un peu irradiés. - Alors envoyez un missile
de croisière guidé par satellite sur l'ADN ou l'empreinte rétinienne
de ce Ben Laden. Silence des conseillers militaires. - C'est que... on n'a
pas encore ça, Mr le Président. - Mais, ajouta M... du Pentagone,
et très lié au lobby militaro-industriel, si vous débloquez
un fonds de recherche de dix milliards de dollars, nous l'aurons bientôt,
je vous le garantis ! - Oui, comme le bouclier anti-missiles qui ne marche
que si le missile ennemi est équipé d'un émetteur radio qui
avertit sa cible : "Attention, j'arrive et je suis très méchant,
mais vous pouvez vous guider sur ma balise si vous voulez me détruire",
ironisa F... qu'une rumeur récente annonce comme limogé. - Pour
revenir à Ben Laden, - enchaîna quelqu'un pour dissiper le malaise
créé par cette remarque déplacée pendant un deuil
national, - nos forces spéciales auront du mal à le trouver dans
ces montagnes pleines de grottes. - Il est très malin, il faut le reconnaître
! dit le président, comme un général qui reconnaît
la valeur de l'adversaire, fût-il un terroristes aux mains ensanglantées. -
Normal, c'est nous qui l'avons formé ! se rengorgea soudain le chef de
la CIA. - Quoi ?! - Heu... juste quelques cours particuliers d'anglais,
un peu de pilotage, de maniement de missiles, une initiation à la finance
internationale, des bricoles quoi... du temps où on l'aidait à combattre
les Soviétiques. - Quoi ! Les Soviétiques sont mêlés
à tout ça ? Comme Kennedy et les missiles de Cuba ? - Non, Mr
le Président. - Ah ? Dommage... vous croyez que je vais entrer dans
l'histoire en vaporisant un type mal rasé, assis en sandales sur un tapis
mité au fond d'une grotte ? - En parlant de ça justement... il
y a un autre problème, Mr le Président : même si nos forces
spéciales arrivaient à localiser ses caches, il semble avoir des
sosies, des types à la peau mate qui portent tous comme lui une barbe longue
de cinq ans. - Combien de sosies barbus ? demanda le président -
Quelques centaines de milliers, Mr le Président. - Est-ce qu'on a une
arme capable de carboniser la barbe sans abîmer la tête, une sorte
de bombe à neutrons ? Parce que je le veux mort ou vif, comme chez nous
au Texas, mais il faut que mes électeurs puissent le reconnaître. -
Pas encore, Mr le Président, mais si vous débloquez un fonds de
recherche de vingt milliards de d... - Oh, M., arrêtez ! - le reprit
l'un de ses collègues, - pour l'amour de Dieu, vous l'aurez votre pantouflage
dans l'industrie quand vous quitterez le gouvernement ! - Ca suffit, messieurs
! Nous avons bien avancé. Soyons constructifs : la CIA est-elle en mesure
d'infiltrer l'organisation de ce Ben ? - Non, Monsieur : nous n'avons pas d'agent
avec une vraie barbe de cinq ans. Nous avons bien un volontaire, mais avant que
sa barbe atteigne la longueur voulue, il faudra patienter plusieurs années. -
Pas question, le peuple américain n'attendra jamais les représailles
aussi longtemps. Et avec une fausse barbe ? - Trop risqué pour notre
agent, Monsieur. - Alors, que toutes nos forces se dirigent vers l'Afoustan... -
L'Afghanistan, Monsieur. - Je ne m'y ferai jamais. Et c'est un vrai pays,
vous dites ? Inscrit à l'ONU, avec un gouvernement, une carte et des frontières
? - Oui, Mr. le Président, un vrai pays. - Eh bien, ils vont apprendre
que nous savons aussi écraser les petits pays ! J.10
: - Mr. le Président, un de mes adjoints a eu une brillante idée
: en plus des bombes, nous pourrions également envoyer des vivres sur l'Afghanistan -
Mais... les bombes ne vont-elles pas détruire la nourriture ? - Nous
ne les larguerons pas au même endroit, Monsieur. - Ah ! Brillant en effet.
Mais ... à quoi ça va servir ? - Pour l'image de marque, Monsieur,
pour les médias. Depuis que nous censurions les images de toutes nos guerres,
ils n'ont plus rien à montrer et deviennent critiques. - Ah ! Mais cette
idée de nourrir gratuitement les populations, ce n'est pas un peu communiste...
? Parce que mon père et moi, nous sommes pour le capitalisme. - Je sais,
Mr le Président. D'ailleurs, je surveille de près le lieutenant
qui a eu cette idée, on le soupçonne depuis longtemps, mais il a
parfois de bonnes idées. - Et cette note "top secret" : "Rappeler
aux militaires de vérifier qu'ils n'envoient pas la bouffe aux talibans
et les bombes aux civils" , c'est de lui ? - Oui, Monsieur, mais je crois
qu'il plaisantait. - Même les démocrates ne plaisantent pas sur
un tel sujet. Dites à la CIA de surveiller ce type, c'est peut-être
un agent soviétique. - Oui, Monsieur. J.20
: - Colin, vous direz à la CIA de trouver qui diffuse ces faux reportages
où on voit des islamistes prêcher en pleine rue à Londres
et recruter des fanatiques. Silence gêné autour de la table. -
Euh, Mr le Président, ce sont de vrais reportages. - Quoi? Je croyais
que Tony était de notre côté. Seigneur! Les talibans sont
arrivés jusqu'à Londres? - Non, Monsieur, mais la City adore
l'argent des banques arabes et ne veut pas que les autres bourses européennes
les supplantent. - Ah ! Si c'est une question de business... alors je comprends.
Mais dites-lui d'être plus discret, c'est une question d'électeurs,
il comprendra. - Oui, Monsieur, c'est pour ça qu'il se montre beaucoup
et qu'il nous prête ses SAS. - Et ses Gurkhas, ils ne sont pas un peu
Arabes ? - Népalais, Monsieur : ils n'aiment pas les Pakistanais. -
Mais les Pakistanais sont nos amis, non ? - Certains oui, d'autres non. -
Oh ma tête. J.22 Le
Président a un brainstorming avec un de ses proches conseillers. - Dites,
mon fidèle conseiller, vous savez que mon livre de chevet, c'est la Bible.
C'est d'ailleurs mon seul livre, ça évite les tracas d'une bibliothèque
dans le salon. Bref, hier soir j'ai relu la Bible - pas en entier, je le
reconnais - et je n'y ai pas trouvé trace de tout ce qu'y trouvent ces
enragés de terroristes. - C'est qu'ils parlent du Coran, Monsieur. -
Je sais. N'est-ce pas une traduction arabe de la Bible ? - Pas exactement,
Monsieur. - Et Allah, n'est-ce pas Dieu en arabe ? - D'une certaine façon,
Monsieur. - Ah ! Vous voyez. Eh bien, nous allons faire traduire des milliers
de Bibles en arabe et les leur envoyer par avion : ils verront alors leur erreur.
Eh puis nous appellerons cette opération : "Une Bible et un fusil",
comme au Far West. J.30, au
quartier général de Ben Laden : - Salam, mon fidèle
conseiller, n'est-ce pas toi qui m'avait juré sur le livre saint que les
chrétiens tendaient l'autre joue quand on les frappait ? - Oui, guide
suprême. - Eh bien, toutes ces bombes qu'ils nous envoient en plus des
rations de nourriture, c'est une erreur ? - Non, guide suprême, je ne
pense pas. - Ce sont des incroyants, même leur livre saint est plein
de mensonges, conclut le chef. - A vrai dire, guide suprême, il semble
que ces Américains ne soient pas catholiques du tout, et leur devise c'est
"la Bible et le fusil" - Mon fidèle conseiller, tu m'as très
mal conseillé. Je crois que tu vas bientôt rejoindre le paradis d'Allah.
Sois heureux auprès des vierges qui attendent les combattants du djihad,
mais avant dis à toute la population que la viande américaine est
empoisonnée et contient du porc. J.30,
au QG américain : - Maintenant que notre riposte contre l'Afghanistan
est lancée, il est temps d'attaquer sur d'autres fronts. - Que suggérez-vous,
Mr le Président ? - Il faut raser les paradis fiscaux : mon conseiller
m'a expliqué que les milliards de Ben Laden s'y trouvaient. - Beaucoup
d'entreprises américaines les utilisent aussi, comme par exemple Microloft. -
Ce n'est pas ce type qui a équipé tout le pays d'un logiciel qui
plante tout le temps ? - Le pays... et le monde entier, Monsieur, oui, Monsieur. -
Est-ce qu'il fait partie des réseaux Ben Laden ? - Nous ne le pensons
pas. - En tout cas surveillez-le, c'est louche. J.31
: - Messieurs, j'ai réfléchi : puisqu'il est si difficile
d'attaquer les paradis fiscaux, nous allons bombarder les pays qui financent ce
Ben Laden. - Bonne idée, Mr le Président, s'enflamma un général. Profond
silence gêné autour de la table. Finalement un analyste de la CIA
se dévoua : - C'est que, Monsieur, ce sont nos amis... - Pardon ? -
Ce sont les émirats qui l'ont financé. - Les copains de mon papa
et des pétroliers ? s'étonna le président. - Oui Monsieur,
confirma la CIA, et on ne peut rien faire parce qu'ils contrôlent les lieux
saints de l'islam ; on déstabiliserait toute le Moyen-Orient - Pourquoi
pas ? plaisanta le général va-t'en-guerre, ils sont déjà
instables depuis un siècle de toute façon ! L'assistance rit
discrètement. - C'est un peu fort, ça, s'emporta le Président,
on ne peut bombarder personne ? - Il reste bien l'Irak et la Syrie, mais ça
comporte d'énormes risques politiques, Monsieur le Président. -
Messieurs, voici ce que nous allons faire : je vais prier et Dieu me conseillera. J.32 Le
président, au grand soulagement de l'assistance, n'évoqua plus les
bombardements d'autres pays, et aborda un nouvel aspect de la crise : - Messieurs,
j'ai beaucoup regardé les informations ces jours-ci, et je ne comprends
pas qu'autant de gens dans le monde nous détestent ! Nous avons pourtant
éradiqué les communistes d'Amérique du Sud et vaincu le régime
soviétique. Nous sommes forts mais gentils, nous aimons le sport et la
rigolade, Hollywood fabrique des films pour le monde entier, les Mac-Do et les
cocas sont appréciés partout. Alors, je vous le demande : pourquoi
tant de haine ? - Justement parce qu'on a inventé les Mac Do ! plaisanta
quelqu'un pour détendre l'atmosphère. - Peut-être parce
qu'on fait des remakes des films étrangers au lieu de les diffuser doublés
! renchérit un conseiller - Il y a des films en-dehors d'Hollywood ?
demanda le président, intrigué. - Quelques-uns, mais ça
ne vaut pas les nôtres, lui précisa son voisin. - Parce que nous
sommes les plus gros consommateurs du monde et les premiers pollueurs, parce que
nous n'avons pas signé la charte sur les droits de l'enfant, parce que
des dizaines de milliers de personnes ne sont pas vaccinées, parce que
nous avons imaginé d'acheter le droit de polluer plus que les autres, ou
peut-être simplement parce que nous nous montrons arrogants par méconnaissance
du monde extérieur. - C'est un ancien de l'équipe Clinton ? demanda
à voix basse le Président à son conseiller. - Foutaises
! - rétorqua un général ulcéré par ce défaitisme
et ce dénigrement de la culture américaine. - Ils sont jaloux de
notre puissance, voilà tout ! De nos porte-avions et de nos missiles de
croisière, et de la liberté. J.
34 : Réunion de crise sur l'épidémie d'anthrax : -
Messieurs, dit le Président, on ne va pas se laisser faire par ce Ben.
J'ai eu une idée, on va faire comme lui : la CIA va lui envoyer des
lettres piégées ! Silences gênés. -Monsieur,
nous n'avons pas son adresse... et la poste ne marche pas très bien en
Afghanistan; - Alors, quand les forces spéciales l'auront localisé
! - Monsieur, quand on l'aura trouvé, on lui enverra effectivement un
message... un gros. J.34 : -
Et le voyage de Colin au Pakistan, ça se passe bien ? - Oui, Monsieur,
il cherche des talibans modérés pour former un nouveau gouvernement
d'alliance en Afghanistan.* - Mais... c'est quoi un taliban modéré
? - C'est un Pachtoune avec une longue barbe, mais sans fusil. Colin
est intelligent, Monsieur, il les reconnaîtra. - Messieurs, une question
: si j'arrive à éradiquer le terrorisme dans le monde, est-ce que
j'ai une chance pour le prix Nobel de la paix ? - Oui, Monsieur, si nous n'abîmons
pas trop l'Afghanistan. et si nous n'enflammons pas le monde arabe en attaquant
les autres pays qui aident ces réseaux terroristes. - Pas question d'attaquer
les copains de papa. Et pour les paradis fiscaux ? - Les paradis, ça
a quelque chose de sacré : ces gauchistes d'européens veulent
la transparence bancaire, mais Wall Street et la City disent non. - Mon
Dieu, - soupira le président des Etats-Unis d'Amérique, découragé,
- c'était plus simple du temps des soviétiques... J35
: - Monsieur le Président, Hollywood est en crise ! - Q'ils tournent
"Rambo 4" et "Rocky 18" pour soutenir l'effort de guerre,
et que ces dépravés nous foutent la paix... Bon, de quoi se plaint
ce temple de la luxure ? - Monsieur, ils disent que les fêtes sont devenues
tristes parce que dès que quelqu'un sort de la coke, tout le monde s'enfuit
en criant : "Attention ! De la poudre ! La maladie du charbon !" Plus
personne ne veut sniffer une ligne. - Finalement, c'est peut-être Dieu
qui a envoyé l'anthrax pour nettoyer Hollywood, comme il a envoyé
le sida sur les homosexuels... qu'en pensez-vous ? - Monsieur, ce n'est pas
la positon officielle du gouvernement. - Dommage, j'aurais pu faire un bon
discours sur la lutte entre le bien et le mal. - Vous l'avez déjà
fait, Monsieur, contre Ben Laden : la croisade contre le mal. C'était excellent. J38
: - Colin, j'ai l'impression qu'on me raconte des histoires : où
en sont nos agences ? - Le FBI enquête sur la CIA, la CIA sur le FBI,
et la NSA écoute le reste du monde. - On n'est pas arrivés. Il
faut tout faire soi-même ! D'ailleurs, j'ai eu une idée : si ces
terroristes sont redoutables, c'est parce qu'ils n'ont pas peur de mourir, correct
Colin ? - Juste, Monsieur. - Ils pensent qu'en mourant au combat, ils arriveront
direct au paradis d'Allah, comme les guerriers indiens qui ont disparu. - Il
reste encore des native-américains, Monsieur. - On s'en occupera plus
tard, on a assez de boulot avec les talibans. Je disais donc : pourquoi ne pas
faire pareil avec nos GI's et nos gars des forces spéciales ? - Mais
la plupart sont déjà croyants, Monsieur. - Oui. Mais ils ignorent
que sept vierges dociles les attendent au paradis ! On pourrait même leur
suggérer qu'elles ressemblent à des Californiennes siliconées
comme Pamela ! - Bien Monsieur, j'en toucherai un mot à l'aumônier
militaire et aux instructeurs. - Nos gars pourraient même choisir leur
type de femme sur un site internet militaire, avant d'aller au combat ! Ils se
battraient comme des lions ! Qu'en pensez-vous, Colin ? - Ce sont déjà
des lions. Mais c'est une idée à creuser, je m'y mets tout de suite,
Monsieur. J40 : Le président
médite, seul dans son bureau : "Mais bon Dieu, pourquoi ces talibans
nous détestent-ils ? Après tout, on est comme eux : on croit en
Dieu, et le président américain ne fait jamais un discours sans
en appeler à Dieu -comme Ben Laden. Chez nous aussi tout le monde porte
une arme, et on se flingue dans les rues régulièrement, comme au
Far-West. Y a que sur les femmes peut-être... c'est vrai que chez nous elles
sont un peu envahissantes : je suis sûr que Hillary cherche à me
piquer mon job de président." Le lendemain : - Messieurs, j'ai
eu une idée : la Voix de l'Amérique va envoyer aux talibans les
images de nos télévangélistes pour leur montrer que les Américains
sont très croyants ! - Monsieur... la Voix de l'Amérique, c'est
une radio; et de toute façon, ce n'est pas le même Dieu, ça
ne marchera pas. - C'était juste une idée. Et du côté
du FBI ? - Nous avançons. Nous avions une piste sur le fait que Ben
Laden chercherait à percer les secrets du base-ball pour les revendre aux
Européens qui n'ont jamais compris la règle du jeu. Nous avons vérifié
tous les joueurs du circuit pro: il n'y a aucun barbu parmi eux. C'était
une fausse piste. Lorsque nous aurons éliminé toutes les fausses
pistes, celle qui restera sera la bonne. - Vous vous foutez de moi ? -
Non Monsieur, mais nos bonnes pistes nous mènent à la CIA et à
l'Arabie Saoudite... le département d'Etat nous a dit stop. - C'est
une cellule spéciale qui se chargera d'enquêter sur les réseaux
financiers et sur les copains de papa. N'oubliez pas que sans eux, l'Américain
de base paierait son essence dix fois plus cher, comme ces pauvres Européens
qui sont obligés d'aller acheter leur pain à pied. - Raison pour
laquelle ils ont moins d'obèses que nous, ironisa un assistant. - Surcharge
pondérale, Tom, apprends le politiquement correct, sinon tu ne deviendras
jamais un bon politicien. Et sache que tous ces gens bien nourris témoignent
de la santé et de la prospérité des Etats-Unis. - Amen
! - Suffit messieurs. Et la CIA ? - Nous avons préparé un
communiqué déclarant que les rumeurs sur notre participation à
la construction des fondations de certaines abris souterrains de Ben Laden sont
sans fondement. - Personne n'en doute. Mais si vous y aviez participé,
auriez-vous pensé à les bourrer de mouchards électroniques? -
Heu... peut-être pas. - Quand je pense que les Soviétiques l'avaient
fait dans notre ambassade à Moscou... Je me demande si je ne vais pas vous
envoyer faire un stage chez eux. Et sur le terrain, Colin, pourquoi ces dommages
collatéraux ? - Monsieur, toutes les cibles stratégiques - et
on a eu du mal à en trouver plus d'une vingtaine - sont rasées depuis
longtemps. Pour retarder la prise de Kaboul par les moudjahidin du nord, on bombarde
au hasard par-ci par-là ; alors forcément, il y a des bavures. -
Enfin une réponse sensée ! Merci, ce sera tout. J52
: - Messieurs, c'est un grand jour : la CIA aurait une info ! Nous vous
écoutons. - Monsieur le Président, vous allez bientôt vous
rendre aux Nations Unies, et vous risquez d'y croiser Yasser Arafat. - Et alors
? - Une source sûre nous a informé que les mains d'Arafat seraient
imprégnées de spores du charbon, ou d'un autre agent bactériologique,
ou chimique, ou de particules nucléaires. Comme il est âgé
et malade, il a peut-être été contaminé par les islamistes
à son insu. Bref, il faudra absolument que vous évitiez de le croiser
pour ne pas être obligé de lui serrer la main, quitte à mécontenter
encore les opinions publiques arabes. - Bon boulot les gars ! Je savais que
vous alliez vous ressaisir. J58
: - Monsieur le Président, un avion de ligne s'est écrasé
à New-York ! - Je sais ! Il y en avait même deux, et sur
les twin towers. Ne me prenez pas pour un idiot. - Non, un autre avion ! A
l'instant ! - Mon Dieu, encore un de ces cauchemars. Je vais me rendormir et
faire de beaux rêves. J60,
dans les quartiers privés du Président : - Monsieur le Président
! Ca y est ! Ils ont pris Kaboul ! - Mais... mais... je n'ai pas encore donné
l'ordre ! - Non Monsieur, pas nos troupes : les moudjahidin du nord ! -
Ces types qui réparent les vieilles kalachnikov avec des chewing-gums,
comme Mac Gyver ? - Oui Monsieur. - Sur leurs vieux chars soviétiques
? - Non Monsieur, surtout à cheval. Vous savez qu'on a démenti
leur avoir parachuté du fourrage pour éviter le ridicule. - Mon
Dieu, déjà qu'on me traite de cow-boy... Cette guerre est un véritable
cauchemar. Je croyais qu'on allait faire une guerre sérieuse, comme mon
papa. - Monsieur le Président, si je peux me permettre, nous dirons
qu'ils étaient conseillés par des gars de la CIA et des forces spéciales. -
Ah ! Très bien. Faites un communiqué sur notre stratégie
qui a été payante - non, rayez payante et dites gagnante. Les Russes,
les Ouzbeks et les Pachtouns vont nous faire payer leur soutien bien assez cher,
inutile de les encourager... J62
: - Monsieur le Président, l'ONU est prête à envoyer
des forces de paix. La plupart des pays européens sont prêts à
fournir des troupes. - Ah, ceux-là ! Pour se battre contre les talibans,
y a personne, mais pour piller Kaboul et enlever leur voile aux Afghanes, ils
sont tous là ! - Qu'est-ce qu'on répond ? - Dites au président
Chirac qu'à la prochaine guerre, si leur deuxième porte-avion est
construit et s'il peut fournir des pièces détachées à
leur premier, nous serons ravis de son soutien... 21/11/01 -
Monsieur le Président, Ben Laden aurait fait promettre à ses hommes
de ne pas le laisser capturer vivant ; son propre fils aurait juré de l'abattre
s'il était encerclé. - Ah, très bien. Nous sommes aussi
croyants que ce type et les dernières volontés d'un condamné
sont sacrées : que tous nos soldats, eux aussi, jurent sur la bible d'abattre
Ben Laden si jamais il était encerclé, et de ne pas le laisser prendre
vivant. Novembre 2001
- Monsieur le Président, le nouveau porte-avion français
Charles-de-Gaulle vient de réussir à quitter
Toulon...
- Ah ! Transmettez-leur nos félicitations pour cet
exploit !
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