Russie Russie virtuelle

HUMOUR


Paul Itolog

Notre envoyé très spécial à Washington
(suite)


23 mars
Communiqué de CNN :
"Les troupes américaines contournent toutes les villes du sud de l'Irak, car leur progression est gênée par les foules en liesse qui les acclament dans les rues, et les boys sont perturbés par les jeunes filles qui leur lancent des baisers, comme lors de la libération de la France, ce pays ingrat dirigé par un traître."


23 mars
Depuis le dix-septième sous-sol de son palais n°20 (selon notre source, dont le frère cuisinier a été condamné pour avoir oublié de se laver les mains avant de recevoir le pain destiné à Saddam), Saddam Hussein suit le déroulement du conflit sur sa télé :

- Mouais, pas mal. Si ces Américains et ces Anglais continuent à s'entretuer, y a plus qu'à tenir quelques mois et j'ai gagné... Mmm, c'est bien la peine d'avoir nourri ces bons à rien de la Garde Républicaine..; j'aurai dû en fusiller davantage. Ca m'apprendra à être trop gentil.


23 mars
George W. Bush appelle le patron des opérations :
- Allô, général Franks ?
- Oui, Monsieur le Président.
- Dites voir, il paraît que deux missiles de croisière sont tombés sur la Turquie. Est-ce qu'on est en guerre avec eux aussi ?
- Non, Monsieur le Président, il s'agit d'un accident malheureux.
- Ah! C'est ce qu'on m'avait dit. Mais si la Turquie rejoint l'axe du mal, je veux être immédiatement informé. Manquerait plus que les journalistes le sachent avant moi... vous savez comment ils sont ! J'ai parfois l'impression qu'ils lisent dans ma tête...
- Non, Monsieur le Président, personne n'en est capable...


24 mars
Malgré les tragédies de toute guerre, les soldats ont besoin de décompresser ; notre reporter a saisi au vol la dernière blague qui circule :
- Qu'est-ce qu'une frappe chirurgicale ?
- C'est un bombardement qui donne du travail aux chirurgiens.
- Et une frappe chirurgicale précise ?
- C'est l'hôpital qui est touché.
- Et une frappe ultra-chirurgicale ciblée ?
- Juste le chirurgien.
(nota : l'histoire finit bien : il est seulement blessé, se marie avec une infirmière irakienne, et ils font beaucoup d'enfants, dont un finira par renverser Saddam Hussein junior, le fils et successeur de l'autre).


24 mars
Communiqué de George W. Bush :
"Je demande aux Irakiens de traiter correctement ses prisonniers de guerre, dans le respect de la convention de Genève, comme nous le faisons à Guantanamo".
En fait, il s'agit là du brouillon de ce communiqué, lequel, pour une raison inconnue, a été sensiblement remanié.


25 mars
Une note de synthèse de la CIA a jeté le trouble dans l'état-major américain :
Saddam Hussein ne ressemblerait pas du tout à ses sosies ; il s'agirait d'une ruse préparée depuis quinze ans.
"Mais... s'inquiéta un général, comment pourra-t-on le reconnaître si ça peut être le jardinier ou le cuisinier, alors ?
- De toute façon, quand on bombardera tous ses palais, les jardiniers ou les cuisiniers auront intérêt à être en congé maladie... (rires autour de la table)
La discussion stratégique battait son plein lorsqu'un autre mémo de la CIA tomba, avec la mention "urgent" :
D'après une autre source, Saddam Hussein serait depuis longtemps embaumé, et ses trois sosies gouverneraient en triumvirat.
- Eh bien, ça ne s'arrange pas, à la CIA ! commenta simplement le général Franks.
- Ca ne change rien, précisa son adjoint : tout ce qui ressemble de près ou de loin à Saddam Hussein doit être abattu, je dirais même : abattu mort ou vif.


25 mars
Confusion totale dans la guerre de mouvement :
Une colonne de la garde républicaine sort de Bassora et fonce vers le Nord à la poursuite des colonnes américaines qui montent vers Bagdad, cependant qu'une colonne humanitaire quitte le Koweït, elle aussi vers le Nord.
Le tout dans une tempête de sable.


26 mars
Les médias du monde entier retransmettent des images de Saddam Hussein fait prisonnier et appelant son peuple à déposer les armes.
Deux heures plus tard, un autre Saddam Hussein déclare à la télévision irakienne : "Le Saddam que vous a montré l'ennemi américain n'est qu'un minable sosie, un traître".
Une heure passe, puis les Américains diffusent en boucle les propos d'un troisième Saddam Hussein : "Des généraux utilisent un de mes sosies pour renverser le régime. Ne les croyez pas ; il n'y a pas d'autre Saddam Hussein que moi !"
Ouff ! C'est à ce moment là que je me suis réveillé, en plein cauchemar. Je me permets cette digression personnelle pour montrer à quel stress les journalistes et les troupes du front sont soumis. En plus, ils portent quinze kilos de plus que nous sur le dos.
Retour à l'info, la vraie, brute et angoissante.
Aujourd'hui, les boys ont eu plusieurs alertes chimiques éprouvantes qui les ont obligés à revêtir leurs combinaisons NBC en pleine chaleur. Le scénario des trois alertes a été identique : un soldat affolé dit par radio à son adjudant qu'il vient de trouver une bouteille noire qui fait pschiit. Les supérieurs déclenchent l'alerte. L'équipe spéciale s'approche, goûte le liquide suspect et annule l'alerte par radio :
- C'est encore du Mecca-Cola, chef. Ils essaient de nous empoisonner en imitant notre boisson nationale, mais ces cons, ils ont raté l'étiquette : elle est en arabe !


26 mars, à Washington
"Think tank" à la Maison Blanche, conférence de tous ceux qui pensent. George W. Bush est absent.


27 mars
Discussion stratégique à la Maison Blanche sur l'après-guerre :
- On en fait une autre ? propose Donald Rumsfeld.
- Excellent ! rigolent les autres.
- Mais je ne plaisantais pas, se défend l'intéressé, vexé.
- Messieurs, soyons sérieux, Dieu nous regarde ! leur rappelle le Président. Qui va diriger l'Irak après la guerre ?
- Un fou ! répond Colin Powell en s'attirant un regard courroucé de son patron.
- Pas un chiite en tout cas, ils nous détestent.
- Ni un chrétien irakien, ça ferait trop colonisation, rappelle Colin Powell, toujours rabat-joie.
- On pourrait mettre un Kurde ? propose quelqu'un en souriant, et ça nous vengerait de ces salauds de Turcs qui nous ont empêchés de passer !
- Reprenons, dit George W. Bush, toujours sérieux comme le pêcheur repenti qu'il a reconnu être. On a bien cet officier des Marines arabisant, non ?
Oui Monsieur le Président, mais aux yeux de l'opinion publique il a un petit défaut...
- Lequel ?
- Il est Américain !
- C'est un défaut ?
- Euh... je voulais dire : un défaut aux yeux des masses populaires incultes et fanatisées, Monsieur le Président.
- En tout cas, nous sommes tous d'accord pour un protectorat, n'est-ce pas ?
- Oui Monsieur le Président ; en outre, un protectorat, ça montrera bien que c'est pour protéger les Irakiens !


27 mars
Vent d'inquiétude dans l'opinion publique américaine.
Le porte-parole du Pentagone reconnaît que des faits inattendus ont obligés l'état-major à modifier sa stratégie :
- Les Irakiens défendent leur pays; ils sont rusés et harcèlent nos troupes, déguisés en civils. De plus, ils essaient de nous tuer. Ils ne se battent pas comme il faut.
- La guerre fait des victimes de part et d'autre, alors qu'on s'attendait à ce qu'elle en fasse surtout chez les ennemis.
- Nos boys ont besoin de manger pour se battre alors qu'on avait surtout prévu de l'eau. Comme les véhicules militaires sont déjà remplis par les jerricans de flotte ("Putain, fait chaud ici..." nous a confié anonymement un soldat), un convoi de chameaux chargés de doubles cheese-burgers est parti du Koweït et se dirige vers Nassiriyah. Nos convois ont stoppé leur progression pour attendre ce ravitaillement.
Une bonne nouvelle pourtant, que le porte-parole du Pentagone a visiblement plaisir à annoncer pour remonter le moral de l'auditoire :
- Un millier d'hommes a sauté en parachute sur le Kurdistan. Les mille parachutes se sont tous ouverts ! C'est un incontestable succès militaire.


28 mars
Non, les soldats américains ne sont pas toujours mal accueillis par la population locale. Mais les premiers contacts ont laissé un goût amer aux GI's, qui rapportent souvent l'ingratitude des Irakiens:
"L'autre jour, je donne un sandwich à un Irakien; il le flaire, le regarde sous toutes les coutures, perplexe, et me demande "What ? What ?" Je lui fais comprendre par gestes "miam, miam, bon, bon !" Il mord dedans prudemment, il doit avoir l'habitude du pain sec, le pauvre... Soudain, il jette le sandwich par terre et s'énerve ! Inquiet, je demande à mon supérieur qu'on fasse venir un interprète.
- Un interprète pour un sandwich ? Tu as fumé de l'afghan ou quoi ?
- Mais chef, le premier contact avec la population, c'est important !
- Laisse la stratégie aux stratèges ! Toi tu es copilote de char. Bouge ton cul et tes chenilles !
Du coup voilà le type qui me dit en bon anglais "je peux traduire si vous voulez, je suis instituteur."
- Pourquoi vous ne voulez pas de mon sandwich ?
- J'ai vu qu'il y avait du caoutchouc dedans, j'ai cru que c'était une semelle de rechange pour vos godasses, j'allais l'essayer sur les miennes.
- Ca va pas non ? C'est LE sandwich américain au poulet ! Imputrescible, il peut tenir un an à température ambiante ! La quintessence de notre supériorité technologique !
- Vous n'auriez pas plutôt des rations militaires françaises ? Il paraît que vos officiers en raffolent, si vous aviez un sauté aux olives... ou même un simple ragoût, ça serait pas de refus... pour la bonne entente entre les peuples et tout ça... Alors ? Non ? Dommage. Mais je garde quand même votre sandwich, ma femme le mettra dans une soupe, ça va peut-être le ramollir.
- Et voilà ! conclut le soldat qui racontait ce premier contact qui l'avait déçu, vous pouvez raconter partout l'ingratitude irakienne; on leur donne ça, ils veulent le double. On les libère de Saddam Hussein, et ils veulent en plus du cassoulet au Bordeaux !
Bien sûr, il faut faire la part des choses, la fatigue et le stress rendent les GI's hypersensibles. Plusieurs soldats nous ont pourtant rapporté peu ou prou les mêmes scènes. Si peu de monde aime les Américains, pratiquement personne n'aime leurs sandwichs !


29 mars
La guerre des mots fait rage et les communiqués de propagande se succèdent :
- L'Irak est responsable de l'épidémie de pneumonie atypique. Nous avions donc raison, Saddam Hussein a des armes de destruction massive, déclare le Pentagone, choqué. D'ailleurs, Saddam a tellement peur de ses propres armes qu'il se lave les mains après chaque contact physique.
- Les Américains sont à l'origine du SIDA, rétorque Saddam Hussein ou son sosie, d'ailleurs ce sont tous des enc... (nous avons censuré cette déclaration. Il faut tout de même conserver à la guerre une certaine tenue).


29 mars
L'alliance aurait coulé le yacht privé de Saddam Hussein.
- Merde, aurait juré celui-ci, Sonia était dedans ! Heureusement, j'ai mis une femme dans chaque palais.


29 mars
Bavure sanglante à Bagdad. Aujourd'hui, il n'y a pas de quoi rire.
L'alliance américano-anglaise et l'Irak se renvoient la balle... pardon : la responsabilité.


29 mars
L'avancée s'arrête d'avancer, et stoppe. Pour des raisons de logistique, déclare le Pentagone (comprendre : la faim et la soif de nos troupes, et le P-cu).
Les images de marines creusant des tranchées a donné l'idée à notre reporter de les interroger à ce sujet :
- Que penseriez-vous d'une guerre de tranchées, soldat ?
- Que s'il faut trancher des Irakiens, je préfèrerais un sabre comme à West-Point, ou alors un Bowie, vous savez le couteau du Far-West à tuer les grizzlys, ça devrait marcher aussi pour les Arabes... parce qu'avec le couteau du paquetage, on n'est pas arrivés...
- Merci, soldat.


29 mars
Un paysan debout au bord de la route regarde passer un convoi militaire américain. Il en profite pour faire l'éducation de son fils :
- Tu vois, mon fils, c'est ça des mobil homes. Tiens, celui-ci c'est le fameux char Abrams ! Il est indestructible. Il a le label qualité NBC !
- C'est quoi NBC, papa ?
- N., ça veut dire qu'ils sont protégés des munitions à l'uranium qu'ils ont laissées par terre, après la première guerre du Golfe.
- Celles qui ont donné une malformation à ma petite soeur ?
- Oui.
- Et le B, ça veut dire quoi ?
- Qu'ils ont à boire, eux, ils ont l'eau courante dans le char.
- C'est vrai papa ?
- Oui. j'ai entendu dire que les Américains prenaient plusieurs douches par jour...
- Tu me racontes des histoires, papa !
- Et avec de l'eau potable ! Pas comme celle qui a donné la dysenterie au bébé de mon cousin.
- Et le C., papa ?
- Ca veut dire chimie : ils ont des WC chimiques à l'intérieur du char...
- C'est quoi des WC chimiques, papa ?
- Tu chies dedans, et ça fait de suite de l'engrais. Et en plus ça sent le citron.
- Waouuu !
- Et ils peuvent tirer en faisant leurs besoins parce que le WC tourne en même temps que la tourelle; heureusement parce que mon cousin qui connaît un milicien qui a un copain dans les services secrets ; il m'a dit que les marines ne supportent que l'eau des USA, sinon ils ont la tourista !
Le temps que le père explique tout ça, le char était déjà au loin, fugitive vision de la technologie occidentale.
- En plus, il va plus vite que le chameau ! remarqua le petit, conscient malgré sa jeunesse de l'avantage tactique conféré par cette merveilleuse machine de guerre.
- Est-ce qu'ils descendront du charabram avant de repartir aux Amériques, papa ?
- Peut-être, hésita le père, pour visiter les palais de Saddam Hussein, tout en or, mais ils ont aussi des soldats qui marchent, alors je ne sais pas.
Le fils retourna dans sa maison en ruine, rêvant à ces demi-dieux de la guerre.
- J'ai vu qu'il y avait un soldat noir sur un char, papa, se rappela le gamin, plus marron que nous les Arabes, comment ça se fait ? C'est un Arabe d'Amérique ?
- Non, mon fils. Aux États-Unis, ils ont toutes les couleurs, c'est obligatoire dans leur constitution. Et dans chaque char Abram, tu as un Blanc, un Boir, un Jaune et un Mexicain, et un Juif new-yorkais qui compte les obus.
- Je ne croyais pas qu'il était si grand ce char ! remarqua le garçon à l'esprit vif.
- On met dedans seulement les petits marines, et les grands on les lance en parachute, expliqua le papa qui, en bon parent, avait réponse à tout.
Sur le chemin qui les ramenait à Bassora, ils croisèrent une unité combattante de fantassins, dont la tenue de combat aurait de quoi faire peur à un monstre venu de l'espace.
- Dis papa, c'est vrai que les Américains mangent les petits Irakiens ?
- Non mon fils, ils ont bien trop peur des maladies... Et puis les Occidentaux ne mangent que du boeuf aux hormones et de la vache folle... avec une feuille de salade ils appellent ça un double-big, ou encore un étouffe-chrétien parce que leur président a failli mourir en mangeant.
- Dis papa, c'est quoi alors leurs gros ventres ?
- C'est pour arrêter les balles, mon enfant.
- E leur gros casque ?
- C'est pour arrêter les bombes, mon fils.
- Et la caméra sur le casque ?
- C'est pour CNN, mon fils : souris, on passe à la télé !


29 mars
Après la bavure américaine du missile tombé sur un marché de Bagdad, le général Franks engueule un lieutenant :
- Quand je vous ai dit que demain on allait au marché, je parlais des melons et des tomates , abruti !


30 mars
Dimanche, jour du Seigneur.
Le Seigneur donne, le Saigneur reprend.
Lavons le sang que nous avons sur les mains pour être propres à la messe.
En ce jour sacré, méditons sur les avantages et les inconvénients de la Guerre :
Contre :
- Les morts (c'est dramatique)
- Les blessés (c'est triste, moche et larmoyant)
- Les viols (c'est mélodramatique).
- Les destructions d'habitations, de palais, d'une ville historique (gaspillage, saccage irrationnel).
- La pollution par les particules d'uranium appauvri, par les puits de pétrole enflammés, les dégâts sur la faune, la flore.
- La Bourse dégringole (et ma grand-mère y a laissé toutes ses économies).
- Tout ce beau matériel militaire détruit, ces milliards de dollars envolés.
Pour :
- Les morts : lutte contre la surpopulation.
- Les blessés : motivent les équipes humanitaires, permettront à la France et aux autres pays brouillés avec les Américains de se refaire bien voir.
- Les viols : un brassage des gènes globalement bénéfique à l'espèce humaine (qui ne le mérite peut-être pas, mais c'est un autre débat).
- Les destructions d'habitations : les compagnies américaines (et Bouygues si les Américains nous pardonnent...) reconstruiront, et ce sera peu-être même plus joli qu'avant.
- Les destructions des merveilleux palais de Saddam Hussein, où ont oeuvré les meilleurs artisans du pays : eh bien, comme ça, ils recommenceront et ne seront pas au chômage avant longtemps, ils ne savent pas la chance qu'ils ont.
- La destruction d'une des plus célèbre ville du monde arabe ? Bof, c'est vieux tout ça. L'avenir est au futur, comme on dit.
- La pollution ? L'uranium appauvri ? On manquait justement d'études médicales sur son effet à long terme.
La faune, bof : des scorpions et des chameaux... la flore ? Vous rigolez : c'est un désert.
Les puits de pétrole enflammés ? Là, c'est vrai, c'est un gaspillage choquant. Toute cette bonne essence qui n'ira pas dans les gros 4x4 américains.
- La chute de la Bourse ? C'est très exagéré : tant pis pour vous si vous n'avez pas pensé pas à racheter des actions de la Bourse de Bagdad, ça va remonter pendant la reconstruction du pays.
- La nostalgie : petit plaisir offert aux anciens combattants. Si les tranchées et les masques à gaz n'ont ému que les rarissimes poilus encore vivants, l'annonce du renforcement des bombardements et des renforts de troupes américains a tiré une larme aux anciens du Vietnam.
- Des journaux télévisés passionnants, où l'on ressent presque l'adrénaline de combattants couler dans nos veines, sans en avoir tous les inconvénients.
- Le matériel militaire détruit ? Les milliards de dollars envolés ? Non, non, c'est une aubaine : des essais réels des dernières merveilles, bombes à consommation d'oxygène, minidrônes et mégabombes. La guerre est un saut technologique de la civilisation qui nous rapproche chaque jour davantage de la prochaine (de la prochaine guerre, pas de la prochaine civilisation).
D'ailleurs, lors de ce conflit, l'accroissement des budgets militaires a permis des progrès encore secrets, grâce auxquels la prochaine guerre sera propre.
En somme, les victimes de cette guerre épargnent des vies futures.


Chars Leclercs, euh... je veux dire : chers lecteurs ! A vous de voter, en votre âme et conscience, pour ou contre la guerre.
(Tous les participants recevront un billet à gratter qui vous fera peut-être gagner un aller simple pour Bagdad.)


30 mars
Les militaires américains reconnaissent que la guerre sera plus longue que ne le prévoyaient certains optimistes. George Bush a même dit que la guerre ne faisait que commencer: "La guerre de Cent ans a duré presque un siècle, la deuxième guerre mondiale quarante à quarante-cinq ans - les historiens en débattent encore, - aussi je vous le dis bien haut : la deuxième guerre du Golfe vient juste de commencer et ne s'achèvera qu'à la fin !"
Après ces fortes paroles, sur le terrain les Irakiennes s'interrogent :
- Vaut-il mieux une courte et molle ou une longue et dure ? A ton avis ?
- On va demander l'avis du parti.


31 mars
Pour fêter la fin du mois du Dieu de la guerre, quelques pensées et autres aphorismes euphorisants :
- Les armes à uranium appauvri peuvent enrichir (le lobby militaro-industriel américain).
- Dieu est grand. George Bush est petit.


31 mars
Le dictateur Irakien aurait attribué secrètement au Président Bush la médaille du mérite irakien. (les deux parties ont officiellement démenti).
Notre reporter a pu avoir copie du dialogue historique par fax entre ces deux grands hommes d'état :
- Mr le Président, je vous convie officiellement, après la guerre, à venir chercher en Irak la médaille du mérite Irakien de première classe.
- Je refuse, c'est grotesque ! a rétorqué George W. Bush. Mais pourquoi cet honneur ? a-t-il néanmoins ajouté par curiosité.
- Pour avoir fait de moi en une semaine le héros du monde arabe, alors que j'essaie depuis trente ans ! lui répondit Saddam Hussein. Encore bravo.


31 mars
L'attente américaine du ravitaillement (et de renforts) a été l'occasion de timides contacts entre les Américains et la population irakienne.
J'ai vu des soldats distribuer aux enfants enthousiastes des rations alimentaires et des chewing-gums.
Mais sitôt les soldats hors de vue, un membre de la milice ou du parti est venu avertir les enfants et leurs parents :
- Attention, ces chewing-gums sont des armes biologiques massives : si vous les mangez, vos mâchoires vont rester soudées et vous allez mourir de faim
- Et les rations alimentaires ?
- Donnez-les d'abord aux chiens pour voir s'ils survivent...
- Mais... on a mangé tous les chiens !
- Quoi ! Est-ce que tu veux dire que notre glorieux Saddam affame le peuple ?
- Non, non, mon chien s'est enfui, c'est tout ! D'ailleurs, c'était celui du voisin. Et combattre les Américains m'a permis de rester mince.
- Ah, j'aime mieux ça. Voilà ce que tu vas faire : donne les rations à tes enfants. S'ils survivent, alors tu pourras en manger aussi.
(Je crois ce milicien était moins méchant qu'il n'en avait l'air.)


1er avril
Grâce aux bombes intelligentes, lancées par des militaires non moins intelligents, aux ordres de politiciens avisés, cette guerre propre va rapidement aboutir à une paix mondiale et on va s'aimer les uns dans les autres...
Non, je déconne ! C'est pas Noël, c'est juste le premier avril...
Pourtant, la fin de l'histoire était riche de promesses, j'imaginais déjà les cow-boys loin de leur foyer fraternisant avec des Irakiennes: "Vous savez, je n'ai jamais connu d'arabe, mais je suis très curieux d'en apprendre davantage sur les mille et une nuits...", ou les Irakiens s'intéressant aux drôles de petites marines: "L'uniforme vous va si bien... Est-ce que vous êtes une vraie blonde sous votre casque ? Vous seriez mieux sans votre gilet pare-balles... votre mari ne vous manque pas trop ?"
Ah! Que l'après-guerre est joli... Vivement qu'on en finisse !


1er avril (bis)
Petit-déjeuner de crise à la Maison Blanche (oui, parce que même pendant les crises, on bouffe) :
- Bon ! Et après l'Irak, si on faisait une autre attaque préventive unilatérale ? demanda le président George Bush.
- Bonne idée, renchérit Donald Rumsfeld, par exemple contre le Pakistan, ça serait plus amusant à armes égales, plus fair-play comme dirait Tony Blair, ils ont la bombe !
Les autres participants à la conférence matinale les regardèrent, interloqués, avant de comprendre, lorsque les deux compères éclatèrent de rire :
- Premier avril ! Fool's day !
Le jour même, la nouvelle circulait plus vite que la lumière dans les rédactions américaines :
- Vous savez quoi ? George Bush et Rumsfeld ont le sens de l'humour !


2 avril
Énième réunion de crise à la Maison Blanche:
- Mais pourquoi les chiites ne nous aiment-ils pas ? demande le président américain, angoissé, déçu de ne pas voir les millions de chiites accueillir ses marines en héros libérateurs.
- Je le lui dis ? chuchota Colin Powell à son voisin.
- Pas de messe basse, messieurs !
- On prie déjà tous les matins, ça suffit.. persifla X (censuré car nous espérons vendre ce reportage aux médias américains).
- Eh bien, Monsieur le Président, ils n'ont pas oublié qu'après la première guerre du Golfe, nous les avons encouragés à se rebeller avant de les laisser tomber.
- Vous accusez papa ?!
- Non, Monsieur le Président, il a été mal conseillé.
- Comme moi ! s'emporta George W. Bush. Comment voulez-vous que je fasse triompher la Bible, euh... je veux dire : l'axe du bien, si je suis mal conseillé ?
Silence gêné desdits conseillers.
- Il est temps que je reprenne les choses en main, conclut le président.
Le soir même, il apparaissait à la télé pour une annonce martiale :
"Nous avons contourné Bassora, nous avons quitté Ankara, nous avons contourné Karbala puis évité Nadjaf, mais je vous le promets solennellement : nous ne contournerons pas Bagdad !"


2 avril
Les images de la soldate Jessica L. récupérée par un commando de marines est passée en boucle sur toutes les chaînes américaines.
Notre reporter, soucieux d'échapper à la propagande, est allé sur le terrain pour cerner la vérité au plus près. Il a pu interviewer, off, et hors censure militaire, un des participants de cette glorieuse mission des troupes d'élite.
- Du jamais vu ! Ca je vous le dis, on en parlera dans les mess dans les cinquante ans à venir de cette opération spéciale ! Déjà y avait tellement de volontaires qu'on s'est battus entre nous !
- Au poing ? demanda notre naïf reporter.
- Vous rigolez ? Nous c'est les opérations spéciales, la pénétration...
- Un viol ?
- Non mais, vous avez l'esprit mal tourné chez les journalistes! On s'est battus à l'arme lourde... et même à l'hélicoptère ! exulta le marine.
- Mais... mais... ânonna notre reporter, interloqué devant le scoop de sa vie. Mais contre qui ?
- Contre les Anglais, pardi ! Contre les commandos d'élite anglais, les SAS ! Eux aussi voulaient avoir l'honneur de secourir la belle !
- Vous voulez dire que les friendly fires, c'était de l'intox pour camoufler cette histoire ?
- Tout juste, mon pote, c'était une bagarre de comptoir mais avec les armes modernes, le revers de la médaille, quoi... L'esprit chevaleresque n'est pas mort avec le roi Arthur ! Nous autres aussi, on assure.
- Et, euh... qui a gagné, finalement ? demanda notre reporter, un peu dépassé.
- Ben mec ? Tu regardes pas les infos ?
- Euh, si.
- Et je vais te dire, on aurait affronté une division de la garde républicaine au couteau, s'il l'avait fallu, parce que entre nous, dans l'armée, on a pas mal de Blancs, on a des Blacks, des Mex, des Indiens, des Asiatiques, même des ex-Yougos, mais des blondes de dix-neuf ans... on en a pas des tonnes.
La réalité du terrain est toujours plus crue que la légende, mais cette belle histoire de sauvetage, qui a replongé chaque spectateur (hommes et femmes d'après les sondages...) dans ses fantasmes sur Hélène de Troie ou la belle Guenièvre a pourtant mis un peu de romance dans cette guerre ; comme un peu de parfum sur une bouse de vache.
Mais je ne voudrais pas devenir trop lyrique.


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