Russie Russie virtuelle

HUMOUR


Paul Itolog

Notre envoyé très spécial à Washington
(suite)


Juin 2003
Bush + G7= G8

Le président Bush, pendant une tournée au Moyen-Orient, a fait une pause à Evian, où il a profité d'un entretien avec les princes arabes pour goûter l'eau d'Evian (les princes ne boivent pas de whisky.) Après le café, il a rapidement mais chaleureusement remercié ses hôtes français, et particulièrement le président Chirac :
- Superbe, ce G8, mais c'est un drôle de nom pour une pause pipi, non ? Sans doute un nom de code du "secret service", moi je crois qu'ils m'ont surnommé à l'indienne "Faiseur-de-paix", c'est joli, non ? En tout cas, je recommanderai ce G8 comme escale à tous les voyageurs en transit : l'eau était minérale mais bonne, les toilettes nickel (on voit que c'est près de la Suisse) et le chocolat excellent (belge ?) Mais il y avait des types un peu bruyants à côté qui n'arrêtaient pas de parler d'aide au sous-développement; alors, Jacques ? Vous savez bien que je n'aime pas les pauvres ! Avec tous les policiers que j'ai vus, vous auriez pu les embarquer.
Là-dessus, le président Bush est reparti vers le Proche-Orient, laissant le président Chirac finir le G7.


Juin 2003
Rencontre entre le président Sharon et le président Bush qui, auréolé de son succès irakien, se sent plein d'allant:
- Après la paix en Irak, vous savez que j'ai promis de venir faire la paix au Proche-Orient ?
- Oui. Et ça m'inquiète un peu.
- Non, faut pas vous inquiéter! Vous savez, Ariel, finalement, diriger une guerre, c'est simple : j'ai un superbe logiciel fait par les gars de Minisoft qui s'appelle Wardowsgame 2000, eh bien il me fait toute la stratégie !
- Ah bon ? Comment ça marche ?
- Facile : je n'ai qu'à choisir la stratégie entre deux options, les "bombes intelligentes" ou l'option par défaut, ensuite mes généraux se chargent de la tactique!
- Mmm, les bombes intelligentes, je connais; mais c'est quoi l'option par défaut ?
- Les bombes à la con. Par exemple, on en a une qui pourrait à elle toute seule nettoyer tout le Proche-Orient !
- Oui, mais on y habite aussi.
- Je sais. Dans votre cas, j'aurai choisi l'option "bombes intelligentes" qui ne touchent que les méchants, en épargnant les bons.
- Effectivement, c'est de la bonne stratégie. Mais ici, vous savez, c'est pas le Texas ou le désert irakien, c'est tout petit. On est très à l'étroit (c'est même une des raisons du conflit israélo-palestinien, vous le savez peut-être.) J'ai peur que si une bombe intelligente tombe sur des abrutis, elle fasse aussi des victimes chez les gentils.
- Oui, c'est un problème. A ce sujet, la cellule psychologique du Pentagone m'a bien rappelé de toujours appeler les victimes des "dommages collatéraux." Parce que c'est dommage pour eux. Ils sont bien, les gars de ma cellule de propagande psychologique.
- OK, George, on avance bien, mais je crois qu'il faudrait encore essayer la guerre de négociations, avant d'utiliser votre wargame.
- D'accord, mais ce n'est pas ma spécialité, je dois le reconnaître.
- J'étais au courant. Seulement les médias aiment bien un peu de négociations avant les bombardements, ça fait monter le suspense.
- Maintenant qu'on a bien avancé sur la paix au Proche-Orient, ajouta le président Bush, est-ce que vous avez reçu la copie du mémo que j'ai reçu de la CIA et que j'ai fait transmettre au Mossad ? Sur les guerres indiennes aux USA ?
- Celui qui disait: "Suite à de récents travaux d'historiens, il a été clairement démontré que les présidents américains successifs ont été manipulés par de faux rapports de la CIA du 19e siècle, dont les agents - des trappeurs, des pionniers et des cow-boys en civil - ont affirmé que les tribus indiennes s'apprêtaient à utiliser les troupeaux de bisons comme armes de destruction massive, en les lançant contre tous les villages du Far West et contre le chemin de fer. Les gouvernements américains de l'époque n'ont donc aucune responsabilité dans le génocide indien et la disparition des millions de bisons. Il y avait légitime défense et attaque préventive unilatérale"?
- Oui, c'est ça. Quelle mémoire, Ariel !
- C'est-à-dire que ce mémo a fait le tour de tous les services !
- Ça n'a pas de rapport direct avec vos problèmes de Palestiniens, mais comme je suis partisan d'une totale coopération entre nos services secrets, j'ai pensé que tout ce qui était de nature à renforcer l'image du gouvernement américain était également bon pour nos alliés.
- Merci, Mr le Président, de votre soutien à Israël, mais... les analystes du Mossad pensent qu'il pourrait s'agir d'une plaisanterie de la CIA, voire d'une taupe.
- Vous savez, Ariel, on y a pensé aussi, nous savons plaisanter à l'occasion. Je connais des blagues juives, comme celle qui est dans la Bible (mon livre préféré), celle du type qui dit qu'il faut tendre l'autre joue ! Mais c'est une ruse pour endormir la méfiance de l'adversaire et le ratatiner! Vous la connaissez ?
- Oui, j'ai moi aussi lu la Bible. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans la région, nous sommes assez versés dans les questions de religion. Peut-être trop...
- Oh ? Comment peut-on être trop croyant ? Vous m'étonnez, Ariel.
- En tout cas, il y a une preuve que ce mémo était un "joke": je parie qu'il n'était pas signé, ni visé par le directeur de la CIA; je me trompe ?
- Oui, vous vous trompez : c'était signé "Adam Hussen." Vous savez, ils sont nombreux à la CIA, je ne peux pas les connaître tous; en plus ils ont des pseudos, c'est compliqué comme administration. Mais je voudrais comprendre : si c'est une blague, où est l'astuce ?
- Eh bien, George, comment dire... Ils vous appellent Faiseur-de-paix, un surnom de style indien...
- Ça, j'avais remarqué, précisa opportunément George Bush.
- Ah. Mais le truc c'est que quand vous faites la paix, par exemple en Afghanistan, en Irak, comment dire... ça ressemble à une guerre.
- C'est que... y a toujours ces forces du mal qui ne veulent pas faire la paix.
- Comme chez nous !! D'ailleurs ne dit-on pas en latin : "Si vis pacem, parabellum."
- Hein ? Finalement, mes conseillers m'avaient dit que le Proche-Orient, c'était compliqué, c'est eux qui ont toujours l'esprit tordu, je le leur répète tous les jours : "Qui sont les bons ? Où sont les méchants ?" C'est tout.
- Vous savez, George, vous devriez voyager plus souvent, vous comprenez mieux les choses maintenant. Et votre analyse de la situation me remonte toujours le moral; ça m'éclaircit l'esprit.
- Y a qu'une chose que je ne comprends pas vraiment : l'Extrême-Orient, je sais que c'est très loin, bon. Mais le Proche-Orient devrait être plus proche que le Moyen-Orient, non ? Et pourtant, en avion, je mets aussi longtemps pour aller à l'un et l'autre.
- Mon ami, depuis la Grande Amérique, le monde entier paraît petit.
- Oui. Et je me demande toujours comment vous faites pour faire tenir autant de gens sur un territoire aussi petit !
- A vrai dire, on aimerait bien en faire partir quelques uns...
- Dites, Ariel, même si mon surnom est une blague, pensez à me soutenir pour le prix Nobel de la paix. Il ne faudrait quand même pas que ce vaurien de Chirac, ce Frenchie qui nous a abandonnés seuls face à Ben Saddam, l'obtienne avant moi.
- Aucun risque, il n'arrive même pas à faire la paix en France !!!
- Dites, Georges, si je peux me permettre, où en êtes-vous dans la traque de Ben Laden et Saddam Hussein ?
- Bof, ils se terrent dans des grottes sous des hôtels trois étoiles, sans doute en Afghanistan, au Pakistan ou en Syrie.
- C'est quand même vaste comme zone à explorer pour vos forces spéciales, non ?
- Je vais vous dire, Ariel : Ben Laden et Saddam, c'est de la petite bière, du menu fretin, on les trouvera tôt ou tard, dans un trou ou sur la Côte d'Azur chez ces maudits Frenchies. Maintenant, nous chassons un plus gros gibier !
- Je ne vous suis pas très bien, là : quel gros gibier ?
- L'Antéchrist ! il est sur terre, Ariel, et nous traquons maintenant l'Antéchrist sur toute la planète !
- Ah. Et... vous avez une piste ? Parce que là... je crains que le Mossad ne puisse vous aider. A la rigueur, si je demandais à nos fanatiques religieux, ceux du Grand Israël...
- Merci, mais nous savons qu'il était en France ces derniers mois, et maintenant l'Antéchrist est sûrement en Belgique, parce que leurs tribunaux acceptent des plaintes contre nous pour crimes de guerre ! Vous vous rendez compte : l'Antéchrist qui porte plainte contre nous, les soldats de Dieu !
- Révoltant. Il devait savoir que les Américains raffolent des procès.
- Vous et nous, Ariel, nous sommes seuls contre le Mal ! Mais Dieu est avec nous, et nous vaincrons.
La rencontre entre les alliés de longue date prit fin sur ces mots, dans une atmosphère martiale, à la veille d'une nouvelle rude bataille contre les forces du Mal.

Quelques jours après la formidable avancée vers la paix que représentait la rencontre historique Bush-Sharon, on comptait malheureusement une cinquantaine de victimes (bons, méchants et indéterminés.)


Juillet-août
Cet été a été comme tous les étés : chaud. Notre reporter ayant souffert des conditions climatiques, voici un résumé de ces deux mois, élaboré à partir de nos autres sources d'information (les communiqués d'agences de presse) :
En Europe : la canicule.
En Irak : 2 terribles attentats, et de meurtrières attaques quotidiennes contre les forces américaines .
Moyen-Orient : attentats et représailles, et vice-versa. Quand à la fameuse "feuille de route" chère au Président Bush, on ignore ce qu'elle est devenue : il semble que des extrémistes se soient torch... pardon, l'aient utilisée pour leurs besoins personnels, à cause de la pénurie de produits de première nécessité.


Août 2003
Manifestation publique des anciens membres des services secrets du régime de Saddam Hussein : ils réclament un salaire aux Américains, tout en menaçant de rejoindre la résistance s'ils ne sont pas entendus. Certes, leurs mauvaises habitudes demeurent : ils font un peu de chantage et refusent d'être filmés pour ne pas être identifiés.
Mais finalement, il y a un peu d'humanité en chacun de nous, même chez d'anciens bourreaux : ils veulent simplement un travail et la sécurité de l'emploi, comme tout le monde.


Septembre 2003
De notre reporter qui passe des vacances bien méritées sur une ravissante plage sécurisée réservée aux marines en permission, en face d'un porte-avion américain :
"Comme l'avait promis le président Bush, la paix règne en Irak, et une source militaire bien placée confirme que les rues sont sûres. L'eau et l'électricité sont rétablies et les Irakiens découvrent avec ravissement les joies de la démocratie et de la liberté. Quant à Ben Laden et Saddam Hussein, ils sont morts dans les décombres des bombardements. Aussi, je ne vois pas l'intérêt de rester sur place et je demande mon retour rapide en France."
Réponse du rédacteur en chef :
- Je présume que ta "source militaire bien placée" n'est autre que le porte-parole de l'armée américaine. Je te félicite d'avoir rétabli la vérité des faits car une regrettable désinformation propage en Europe la nouvelle d'une situation catastrophique pour les Américains, d'un véritable chaos. On redoute même une guerre civile à la libanaise.
Aussi, je t'envoie exercer tes remarquables talents d'investigation au Nord du Pakistan pour vérifier la mort de Ben Laden.
Notre journaliste :
- Mon état de santé ne me permet plus d'être Grand Reporter. Y a-t-il un poste vacant à Paris ? C'est que la chaîne Fox News semble apprécier mes excellentes relations avec les forces armées américaines, je crois qu'ils vont bientôt me faire une offre.
La rédaction :
- Bien reçu ta démission de Grand Reporter. Malheureusement, tous les postes de Petit Reporter sont déjà pourvus. Bonne chance pour Fox News, mais je te rappelle que malgré ta fréquentation assidue des officiers féminines et de leur mess, tu parles anglais avec l'accent d'une grenouille camarguaise qui cherche un crapaud.
Le reporter :
- C'est un malentendu : je n'ai pas démissionné. D'ailleurs mon attaque de paludisme va mieux. Je pars de suite à Kaboul. Je te promets un sensationnel reportage sur l'usage traditionnel du haschich dans la culture locale.
La rédaction :
- Négatif : Kaboul c'est en Afghanistan. Toi, tu files plus à l'Est (à droite), au Pakistan, Karachi, puis dans la région Nord, qui est sous contrôle des islamistes les plus durs, et où se cache probablement Ben Laden.
Le reporter :
- Tu dois me confondre avec un autre : je n'ai pas de formation de commando des forces spéciales. Comment je vais trouver Ben Laden si la première armée du monde, avec l'appui des meilleurs satellites actuels, n'y arrive pas?
La rédaction :
- Aucune idée; c'est toi le Grand Reporter. Moi, je ne suis que le rédacteur en chef.
Le reporter :
- Je vais commencer par soigner mon paludisme à Karachi, puis je me rendrai dans le Nord dès que j'irai mieux.
La rédaction :
- OK. Mais fais quand même attention, à Karachi : il y a des risques d'attentats, même dans les salons des grands hôtels... et même au bar (parce qu'ils n'aiment ni l'alcool ni les consommateurs d'alcool). Bonne chance.

Voici le dernier reportage que nous a fait parvenir notre reporter, avant qu'il ne s'envole vers des cieux guère plus cléments :
"Selon les enquêteurs américains, Saddam Hussein n'avait pas de permis de port d'armes pour le revolver automatique qu'il portait toujours à la ceinture pendant le conseil des ministres."


Octobre 2003
Après un attentat dans la capitale irakienne, un des auteurs, capturé, a pu être formellement identifié : il s'agissait d'un terroriste étranger illégalement entré sur le territoire irakien.
La Maison Blanche a confirmé que c'était le signe avant-coureur du succès de la stratégie américaine :
"Nous n'irons plus chercher les terroristes, nous n'enverrons plus nos soldats fouiller les grottes de l'Afghanistan au péril de leur vie : les terroristes du monde entier viendront à nous en masse en Irak, et ils tomberont dans le piège que nous leur avons tendu ici, à Bagdad !"
Un soldat américain nous l'a confirmé dans la rue, féroce :
"Nous serons comme un tue-mouche qui attirera tous ces rats !"

PS : l'interview à chaud du GI' a été réalisé par notre reporter, qui a été réintégré dans ses fonctions après s'être plaint, dans 38 fax, 224 courriels et 12 spams, que le climat du Pakistan ne lui convenait pas. De plus, il voyait des Ben Laden partout. Médicalement, une mesure de clémence s'imposait.


Novembre 2003
1 - Réchauffement des relations franco-américaines.
Un journal américain a titré à la une : "Les Français avaient raison."
Mais surtout, le président Bush, pour ses conférences de presse, a adopté le style policé à la française : liste de questions fournies par les journalistes avant la conférence, puis visées par le staff présidentiel, qui choisit celles qui lui paraissent dignes de la fonction. Et surtout abandon de l'insolent "droit de suite" où d'odieux journalistes se permettaient de poser une deuxième question s'ils estimaient que le président avait éludé le problème... Belle victoire diplomatique française.
2 - Le porte-avion Clemenceau terrorise toute la Méditerranée, sans armes, sans avions et sans soldats, simplement grâce à un peu d'amiante, prolongeant à la française le rêve pacifiste de Gandhi.
Devant ce renouveau du rayonnement de la culture française, nous proposons de créer un jour férié qui commémorant ce mois de novembre 2003, afin de compenser l'abandon du lundi de la Pentecôte.


Décembre 2003
Arrestation de Saddam Hussein. Triomphe américain. Conférence de presse improvisée à Bagdad :
- Pourquoi un médecin militaire américain a-t-il examiné aussi méticuleusement la barbe et la bouche de Saddam Hussein ?
- Il cherchait des armes de destruction massive : selon un récent rapport de la CIA, il pouvait avoir des capsules de gaz innervant cachées dans sa barbe. Une seule de ces capsules pourrait tuer un régiment entier.
- Diffuser cet examen aux télévisions du monde entier n'aura-t-il pas un effet négatif sur les opinions publiques arabes ?
- Non. Car nous avons pris soin d'enlever les images trop choquantes ou humiliantes : ainsi, aucune télévision n'a eu les images de la fouille au corps...
- Vous voulez dire...
- Oui : d'après un rapport des services secrets anglais, il pouvait avoir caché là une plus grosse capsule qui, émise en émettant un vent neurotoxique, aurait pu tuer tous les habitants de Tikrit.
- Avez-vous trouvé ces capsules ?
- Secret défense. La composition des gaz neurotoxiques et leur éventuelle présence ne doivent pas affoler les populations civiles.
- Saddam Hussein était supposé se cacher dans d'immenses bunkers souterrains ultramodernes ; or, il a été capturé dans une cave minable !
- D'après un rapport de la CIA, il avait effectivement commandé à une entreprise allemande la construction d'un bunker de soixante pièces, équipé pour la survie en autarcie de deux-cent hommes pendant trois ans, six mois et vingt-cinq jours. Mais, avec l'Europe, vous savez comment ça se passe : les Allemands ont sous-traité aux Français, qui ont sous-traité aux Serbes, qui ont négocié avec les Russes, et ceux-ci ont confié la construction à une entreprise tchouktche.
- Tchouktche ? Où est-ce ?
- Le rapport de la CIA ne le précisait pas.
- Vous avez trouvé 750.000 dollars dans une valise ; avez-vous des informations à ce sujet ?
- Oui : il s'agit de la monnaie américaine.
- A-t-il dit ce qu'il comptait en faire ?
- Oui. Il a dit, je cite :"Y a rien à faire dans cette cave pourrie, alors de temps en temps, je faisais un petit poker avec des potes."
- Vous le croyez ?
- Non. Nous pensons que cet argent était destiné à acheter des armes de destruction massive.
- Etes-vous sûr qu'il s'agit bien de Saddam Hussein ?
- Oui. En attendant les résultats des tests ADN, nous avons comparé les empreintes digitales avec celles des sosies : elles sont différentes.
- Ne peuvent-elles pas être différentes parce que un des sosies était le vrai Saddam alors que celui-ci serait le sosie ?
- Pouvez-vous répéter votre question ?
- Aura-t-il droit à un avocat ?
- Plusieurs avocats! Ce n'est pas n'importe qui. Nombreux sont ceux qui ont déjà proposé leurs services : à cinq mille dollars l'heure, si le procès dure assez longtemps, Saddam Hussein va renflouer le déficit budgétaire américain.
- Et George Bush ?
- Non, il n'est pas avocat. Il est dans le pétrole.
- Je voulais dire : quelle est sa réaction à l'arrestation du dictateur ?
- Il a demandé à ses conseillers de vérifier si lui-même avait bien été élu démocratiquement. Puis il a paru content - il a dit : "Dieu est avec nous."
- Mais il dit ça tout le temps ! Et le moral des soldats ?
- Remonté en flèche ! Rendez-vous compte : en un mois, nous avons eu la visite d'Hillary Clinton, de George Bush, de Saddam Hussein, et nous attendons le Père Noël pour bientôt !
- Et Ben Laden ?
- Qui ça ?


Décembre 2003
Un conflit moral secoue la France, faisant certes moins de victimes que le conflit irakien, mais d'une plus haute tenue intellectuelle : le port du voile islamique à l'école et par extension, la laïcité.
L'Amérique, guide et gardien du Monde Libre, a donné son avis que personne n'avait pensé à lui demander :"Nous ne comprenons pas ce qui se passe en France. Attention à la liberté de religion !"
Notre reporter a pu obtenir des précisions par des sources qui ont curieusement tenu à rester anonymes :
- La Révolution française a chassé les religions. Du coup, elles sont toutes venues se réfugier aux États-Unis - protestants, cathos, mormons, et j'en passe, sans compter l'Eglise de Scientologie odieusement persécutée en France. Alors, de grâce : ne chassez pas les islamistes de France, ils viendraient chez nous !
Un autre a même précisé, terrorisé : "Ils viendraient en avion !"
La France fait à nouveau peur ! Loin du défaitisme et des pleure-misère de nos ambassades qui font grève parce qu'ils n'ont plus de quoi s'acheter les stylos avec lesquels ils commandent leurs petits-fours, la France du peuple, la vraie, celle des sans-culottes (non, je ne parle pas des plages naturistes si appréciées des touristes), Gavroche et les révolutionnaires bleu-blanc-rouge font à nouveau trembler l'Europe et la puissante Amérique.
Vive la Révolution, vive Napoléon, que le sang impur coule dans nos abattoirs pour faire du bon boudin et du bon fromage de tête planté sur une pique. Vive la gastronomie, vive la France.
En tout cas, ça mérite bien un jour férié supplémentaire.


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