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HUMOUR
Paul Itolog
Objectif - lévitation
Le multilinguisme est le projet
le plus audacieux de l'Assemblée européenne.
Probablement allons-nous aboutir bientôt à
une génération qui maîtrisera trois
(ou quatre) langues étrangères à un
bon niveau dès la fin de sa scolarité, une
langue de chaque groupe linguistique.
Mais ce projet ne va pas assez loin : il est tout à
fait possible d'apprendre aux jeunes à léviter,
jusqu'à pratiquer la lévitation en terminale
à un bon niveau, à environ un mètre
du sol pendant quelques minutes, comme certains moines.
Si certains pays y arrivent, pourquoi notre système
éducatif - un des meilleurs au monde - ne le pourrait-il
pas ?Certains esprits sceptiques et rationalistes objecteront
que c'est impossible. Mais ce n'est qu'une question de volonté
et de méthode :
Il faut commencer jeune bien sûr, de préférence
avec une initiation à l'école primaire par
les instituteurs, qui apprendront simplement les exercices
d'assouplissement et d'extension des membres inférieurs.
Dès la sixième, l'apprenant (l'élève)
s'efforcera de maîtriser sa propulsion aérienne
(vers le haut) et consolidera ses acquis en s'efforçant
de rester en l'air le plus longtemps possible, une à
deux secondes.
Par
la suite, il suffira que l'apprenant progresse régulièrement
chaque année, tant dans la dimension verticale de
son objectif personnel que dans son aspect temporel, soit
quelques centimètres et quelques secondes par an.
Si certains apprenants manifestaient un ralentissement dans
les diverses phases de leur progression personnelle, il
faudrait envisager une amélioration des méthodes
d'apprentissage, par exemple des stages dans les cabines
de langue (pardon, de lévitation) qui auront été
équipées d'élastiques permettant un
soutien scolaire suspensif au plafond, lequel donnera confiance
à l'apprenant en difficulté en facilitant
son approche de la lévitation. L'élastique
sera progressivement détendu, à mesure des
progrès observés, jusqu'à être
totalement enlevé durant les phases de lévitation.
Si
les résultats s'avèrent moins rapides que
prévu, nous pourrons aussi faire venir des intervenants
extérieurs, des enseignants tibétains ou des
yogis indous, des soufistes en tapis volants, qui pourront
également initier les élèves à
leur culture, car l'enseignement de la lévitation
ne peut se résumer au seul apprentissage d'une technique,
c'est aussi le contact avec d'autres cultures, une autre
façon de voir le monde, une ouverture de l'esprit
à l'autre dans son altérité étrangère.
Certains mauvais esprits diront que les jeunes planent déjà
bien assez sans qu'on leur apprenne à léviter,
mais notre civilisation n'a jamais progressé en écoutant
les grincheux.
Si
nécessaire, donc, il sera également possible
de mettre en place un dédoublement des classes, une
augmentation du nombre de professeurs de lévitation,
ou une initiation plus précoce, en petite maternelle,
où les couches-culottes permettront aisément
de fixer des élastiques-suspensoirs pour les exercices
de trampoline. Ces exercices réalisés dans
une ambiance ludique seront tout à fait propices
à un apprentissage valorisant, par des boucles de
rétroaction positive (suspension - plaisir - progression
- plaisir accru - progression).
D'ici quelques années, si nous réalisons les
réformes nécessaires, nous pouvons avoir une
génération d'Européens polyglottes
accomplis, qui seront également capables d'aller
à leur travail en lévitant.
On
voit tous les bénéfices que l'Europe en tirera,
tant en termes d'écologie (économie de transports
publics, d'essence, de chaussures) que psychologiques, avec
une baisse probable de la criminalité ainsi que des
dépenses de santé, sous l'effet bénéfique
de l'ambiance planante et euphorisante qui se sera répandue
dans la grisaille des villes.
L'avenir est proche,
allons-y sans réticences.
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