HUMOUR
Paul Itolog
Pourquoi les loups sont-ils carnivores?
Il
vient toujours un moment, dans l'enfance d'un loup, où il se pose la question
: - Dis papa, pourquoi sommes-nous cruels ? Ou
encore : - Non ! Moi je ne serai pas comme vous
! Je serai végétarien, et même, herbivore ! Et
pour apaiser cette crise d'adolescence, maman loup raconte alors à ses
louveteaux un des mythes fondateurs du peuple des loups, l'histoire des trois
petits cochons : Il était une fois une
maman cochon qui dit un jour à ses enfants : -
Bande de fainéants, maintenant que vous êtes trop âgés
pour que je touche les allocations familiales, il est temps pour vous de bâtir
vos propres maisons et de visiter le vaste monde. Et si vous trouvez un bon plan,
pensez à votre pauvre mère. Le
premier petit cochon rencontra un homme qui portait des fagots de paille et lui
demanda : - Monsieur, pourriez-vous, s'il vous
plaît me donner de la paille pour bâtir ma maison ? -
Et puis quoi encore ! Y a pas écrit "banque" ici, non ? gronda
le type en désignant son front large et hautain, les emprunts bancaires
c'est pas fait pour les loups... Mais le premier
petit cochon insista et le type l'adressa à un de ses copains qui lui indiqua
l'adresse d'un de ses amis, qui consentit enfin à lui donner de la paille
- pour une modeste somme. Et il bâtit sa
maison, tant bien que mal. Un loup qui passait
par là glissa la gueule par la fenêtre et gronda : -
Mon ami, je vous ai entendu tousser à un kilomètre, cette paille
est moisie et, à rester ici, vous risquez la mort ! Prenez garde ! menaça-t-il,
la salive coulant d'entre ses crocs sous l'effet de l'émotion. Le
petit cochon ne se le fit pas dire deux fois et s'enfuit à toutes jambes,
sans un mot de remerciement, chez son frère le deuxième petit cochon.
Celui-ci avait rencontré un homme qui portait un fagot de bois et lui avait
demandé : - Monsieur, pourriez-vous, s'il
vous plaît me donner du bois pour bâtir ma maison ? -
Ca va pas la tête, non ? Puis, devant son air triste, il ajouta : allez,
voilà quelques planches parce que c'est vous. Et
deuxième petit cochon bâtit sa propre maison. Tandis
que son frère lui racontait sa mésaventure avec le loup, celui-ci
apparut à la fenêtre et gronda de sa voix puissante : -
Petits cochons, laissez-moi entrer, ne savez-vous pas qu'en ces lieux maudits,
les termites ont bouffé toutes les charpentes? Il suffirait que je souffle
sur ta maison pour qu'elle s'écroule... Les
petits cochons n'attendirent pas d'en être sûrs et s'enfuirent chez
leur frère. Celui-ci était le plus
malin des trois et s'était fait donner, nul ne sait comment, des briques
pour bâtir une solide maison avec une belle cheminée. Ils
festoyaient, le museau dans une auge, quand soudain le loup gronda devant la maison
: - Petits cochons laissez-moi entrer, je crois
qu'on vous a refilé des briques mal cuites, et cette maison n'est pas aux
normes antisismiques... Il suffirait d'un coup de vent pour en faire trembler
les fondations... sans compter que le toit demanderait à être vérifié. -
Eh bien, vas-y, si tu oses y grimper ! cria le troisième petit cochon. Mais
tandis que le loup, serviable, vérifiait la cheminée, perché
sur le toit, le troisième petit cochon alluma méchamment une belle
flambée. Le loup, les yeux rouges de fumée
et le pelage plein de cendres piquantes, s'enfuit en courant vers la rivière,
plein de rancour devant l'ingratitude cochonne. Les
trois petits cochons fêtèrent comme il se doit leur pseudo-victoire
sur le loup, car comme le dit l'adage des loups, à vaincre sans adversaire
on triomphe pour rien. C'est d'ailleurs de là
que vient l'expression : jouer un tour de cochon. Quand
le loup, dépité, raconta à ses semblables le comportement
indigne des cochons, la meute promit de le venger, et c'est ainsi que trois bonnes
actions bafouées transformèrent le paisible herbivore que nous étions
à l'origine, en prédateur redouté de tous. Malheureusement,
les hommes crurent la version des cochons et prirent leur parti ; ils nous traquèrent
sans merci pendant des siècles, faisant des loups une espèce en
voie de disparition. |