HUMOUR M.Zadornov Mains
habiles Beaucoup
se lamentent que nos produits manufacturés ne valent rien. Ce n'est pas
tout à fait exact. Par exemple, nous fabriquons
les meilleurs porte-plumes en bois au monde. Meilleurs au monde, parce que personne
au monde ne les fabrique plus. Ceci dit, personne chez nous n'écrit avec,
sauf les vieilles dans les bureaux de poste. Et seulement jusqu'au premier pâté
d'encre. Mais les gens les achètent quand même. Il s'avère
qu'on peut très bien utiliser ces porte-plumes comme chevilles, les vis
y rentrent facilement. Il est donc peu intelligent
de déclarer que nos produits ne sont bons à rien. Ils sont très
bons. Mais il faut savoir quels produits et à quoi ! Par
exemple, les frisbees sont très bons pour protéger les enjoliveurs
de la corrosion. Un chandelier-souvenir convient pour l'autodéfense. L'eau
de Cologne "Oeillet" ôte aux moustiques l'envie de vivre. Une
porte est bonne pour casser les noix. Les biscuits à quatorze kopecks,
faits uniquement de produits naturels - soude, chaux et sable... Non, il est impossible
de les manger. Mais avec ces biscuits, on peut former une jolie inscription dans
la vitrine d'une boulangerie "Gloire au travail !" Et
aussi, les femmes se plaignent que nos soutien-gorges nationaux sont impossibles
à porter. Et pourquoi ne pas les couper en deux et en faire des épaulettes
? Et en utilisant les plus grandes tailles - des chapeaux pour enfants... Ce
n'est pas pour rien qu'on nous appelle un peuple-artisan. Dans le sens que nous
savons tout fignoler, refaire, réduire, découper, presser, gonfler...
Même les vendeuses dans les magasins travaillent
comme si notre peuple tout entier était un unique cercle "Les mains
habiles" (1) : "Regardez-moi cet intellectuel de mes deux ! Il lui faut
une passoire avez des trous ! Perce-les toi-même, tu n'en perdras pas tes
bras. Et si tu veux quelque chose avec des trous, voilà des thermos !" Allons
donc, il n'est même plus question de fignoler ! Nous avons appris
à tout remplacer. L'industrie ne fabrique
pas les joints de fenêtres - on achète et on découpe des matelas
en mousse. Impossible de trouver du duvet pour oreillers - il y a plein de chiffons
ou bien de la laine de verre. Les manteaux en peau retournée manquent -
on a appris à border de laine les vareuses des garde-frontières.
Il n'y a plus de colle "Moment", alors on peut mâcher les caramels
- ça colle tout ce que tu veux. Une fois secs, tu ne les racleras même
pas avec un ciseau ! "Antimites" disparaît
périodiquement ? Quelqu'un à pensé à mettre dans les
placards les journaux récents, et les mites s'en vont ! Je ne connais pas
la nature de cet effet. A supposer qu'elles meurent de rire en lisant ce qui est
écrit. En pratique,
notre homme est devenu tellement débrouillard qu'il est très difficile
de le décoeurager par l'absence de quelque chose dans nos magasins. On
n'a pas de produit contre les cafards, et alors ? Nos scientifiques n'arrivent
pas à l'inventer. Ils ont inventé la défense contre les lasers,
contre les armes cosmiques, mais pas contre les cafards. Et un artisan populaire
(niveau d'instruction : trois ans d'école primaire et cinq ans dans un
camp disciplinaire) a émietté la reliure d'un cahier d'école
dans une assiette remplie de notre café, a mis cette assiette sous l'évier
pour la nuit. Vers le matin, tous les cafards sont partis chez les voisins. Il
s'avère que notre similicuir mélangé à notre café
provoque chez les cafards soit un signal d'alarme, soit la sensation de dégoût. Cette
combinaison de l'ingéniosité acquise avec l'humilité innée
rend notre homme pratiquement invulnérable dans n'importe quelle situation. Essayez
de ne pas donner dans un hôtel à notre employé en mission
le fer à repasser. Il mettra son pantalon sous le matelas et dormira toute
la nuit sans bouger. Pas une seule nation au
monde n'a une telle ingéniosité. Chez eux là-bas, à
l'étranger, s'il est écrit sur une pancarte "aspirateur"
- c'est un aspirateur. Une pelle c'est une pelle. Les remèdes contre le
mal de tête aident seulement contre le mal de tête. Chez nous, tu
prends un remède contre le mal de tête, et tu attrapes la gale. Tu
commences à te frotter tous les jours les cheveux avec une lotion à
cheveux, et tes muscles se développent tandis que les cheveux s'effacent. C'est
pour ça que chez eux, à l'étranger, il n'existe pas un tel
essor de la pensée. On n'y verrait jamais un Américain en train
d'isoler ses fenêtres avec du sparadrap médical, un Allemand sous
une Mercédès dont l'allumage a disparu à tout jamais. Une
Italienne qui mettrait sur son vernis à ongles une couche de colle BF-6,
pour que ce vernis ne s'écaille pas tout de suite. Et pas une seule Française
garderait son collant déchiré pour le mettre ensuite sous un pantalon
afin d'aller à un samedi communiste ! (2) Et
peut-on trouver un seul étranger capable de souffler un alambic en verre
? Non ! L'alambic - c'est notre art populaire ! Figurez-vous que quelqu'un a inventé
un alambic dans une porte. Tu ouvres la porte, et elle te verse 100 g de samogon
par le trou de serrure. Chez le deuxième, ça marche depuis la gazinière.
Chez le troisième, il est camouflé en frigo. Chez le quatrième,
il possède un capteur d'odeurs, chez le cinquième - un tueur de
témoins. Il faut dire que ces derniers
temps plusieurs étrangers ont compris combien ils sont en retard par rapport
à nous, côté débrouillardise. Les Japonais furent les
premiers. Ils ont acheté chez nous une partie des télés,
car ils ont des difficultés avec le bois. Et ils en ont fait des tables
de nuit dans le style rétro. Ensuite, les terroristes groenlandais ont
acheté le reste de nos télés couleur. Ils les offrent à
leurs ennemis, ceux-ci les branchent, les télés explosent et mettent
en mille morceaux n'importe quelle villa (3). En ce moment, ces mêmes terroristes
sont en train d'acheter chez nous une grosse partie des cocottes-minutes. Il paraît
que leur onde de choc est plus puissante, et elles laissent plus de saleté.
Les Américains nous supplient de vendre pour des magasins "Farces
et attrapes" le plus possible de nos matelas gonflables qui se dégonflent
à peine arrivé aux bouées. Et la tribu de Tarataï, pour
leurs danses rituelles et pour chasser les mauvais esprits de la nuit, est en
train de signer un contrat pour l'achat d'une partie des caleçons masculins
avec l'inscription "1500 ans de la ville-héros Kiev !" Alors,
c'est un vrai blasphème que de déclarer nos produits bons à
rien. Non seulement ils sont déjà très demandés sur
le marché international, mais ils rendent notre peuple instruit, débrouillard
et dynamique, comme aucun autre peuple dans le monde entier ! Chez
nous, chaque enfant sait comment bidouiller un compteur électrique. Chaque
vieille sait quel petit rouage il faut tourner quand l'ascenseur se bloque. Chaque
homme sait utiliser à la maison les stylos qui n'écrivent pas, les
pipettes qui ne marchent pas, les rasoirs qui rasent avec la peau... Et
enfin, chaque femme, si le sèche-cheveux tombe en panne, est capable de
faire sécher ses cheveux dans le four à gaz, tout en restant vivante,
jolie et heureuse de vivre, comme nous tous, malgré tout ! _______________ 1.
Cercle "Les mains habiles" : il existait dans beaucoup d'écoles
un club où les enfants bricolaient. 2.
Samedi communiste : un ou plusieurs samedis de travail obligatoire, plutôt
physique et pas forcément dans son domaine, enfants et adultes, non rémunéré,
le plus souvent en avril car Lénine, une fois, en avril, avait transporté
un tronc d'arbre pour donner l'exemple ! 3. Les
télévisions soviétiques étaient de mauvaise qualité,
déclenchant régulièrement des incendies. Lors d'un achat,
il était important de regarder la date de fabrication à l'usine,
les meilleures articles étant probablement du milieu du mois : au début
du mois risques de fatigue et de négligence après une fin de mois
précédente frénétique (planification du travail),
en fin de mois risques de négligence et d'absence de contrôle qualité,
si la cadence du travail avait été augmentée pour atteindre
le plan, et de même en fin d'année - cadences infernales pour atteindre
les objectifs annuels ! |