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HUMOUR M.Zadornov Mission
accomplie! Lettre d'explications
Je
suis John Trip, agent d'un service de renseignement
étranger. Je suis né sur ordre de la
C.I.A. Je maîtrise parfaitement quatorze langues,
la télépathie, le yoga, le karaté,
le sambo, la lutte des garçons nanaï, le judo
et le ju-undo... Je peux séduire les femmes à
distance. Je prends des photos avec mon oeil gauche, et
je développe les films dans l'oeil droit. Avec mes
crachats, j'abats les hélicoptères et j'éteins
les incendies. Je tire de n'importe quel bouton, des quatre
trous à la fois. Par un effort de volonté,
je peux provoquer des tremblements de terre, des tsunamis
et faire venir des taxis.
J'ai été fusillé
16 fois et noyé 32 fois dans l'Océan Atlantique.
J'ai enlevé 11 présidents et déchiré
à coups de dents 47 chiens des gardes-frontières.
J'ai cocufié 33 shahs avec leurs harems.
Mais il y a un an, j'ai reçu
ma principale et, malheureusement, dernière mission
! Pénétrer en douce sur le territoire de l'URSS,
prendre un tramway et, en se faisant passer pour un spécialiste
frais émoulu, apprendre combien de personnes travaillent
et ce que l'on construit dans l'institut de recherches scientifiques
"NIIVTORSYRTCHERMET BREDBRAKMRAKSNABSTYDSBYT ZAGRANPOSTAVKA".
Grâce aux papiers très
bien faits j'ai vite trouvé du travail. Et ma première
perte fut seulement mes boutons à tir automatique
qu'on m'a arrachés le premier jour dans un tramway.
Mais après, les choses
bizarres ont commencé.
La première semaine
on ne me donnait pas du tout de travail en tant que spécialiste
frais émoulu. Alors je commençai à
questionner les employés sur la façon dont
ils établissaient les projets. Mais ils haussaient
seulement les épaules et demandaient en retour :
"C'est pourquoi ? T'es un espion, ou quoi ?"
Cela m'alerta. Et alors, pour
ne pas susciter des soupçons, je décidai de
me servir de la télépathie et d'intercepter
les pensées de l'ingénieur en chef. Mais il
faisait des mots croisés toute la journée
et réfléchissait difficilement, quel est l'oiseau
de trois lettres qui habite en Bavière du Sud, ne
pond pas d'oeufs, mais en sort. Et il pensait si intensément
que la séance s'est terminée par la surtension
de mon centre nerveux télépathique, et j'ai
perdu à tout jamais mon don de télépathie.
Et ce malgré le fait que je savais parfaitement que
cet oiseau - c'est un coq !
Désespéré,
je commençai à déambuler d'une pièce
à l'autre : je voulais compter les employés,
mais ça ne servit à rien, car les autres employés
déambulaient aussi d'une pièce à l'autre,
et vers la fin de la journée je recensai 80 000 mille
personnes.
Là, je tombai sur mon
chef de section qui me dit soudain :
- Ca suffit de traîner
inutilement dans les couloirs ! Il faut commencer à
bosser ! Demain, tu vas aux patates ! (1)
Je lui demandai ce que voulait
dire "aller aux patates" ?
Il me regarda avec un grand
étonnement et demanda en retour :
- T'es con ou tu viens de
l'Amérique ?
J'eus tellement peur que je
répondis aussitôt :
- Je suis con !
Et je me mis en liaison d'urgence
avec mon chef qui me rassura. Il expliqua que "aller
aux patates" en URSS est une définition conventionnelle
des travaux agricoles, pendant lesquels les kolkhoziens
aident les intellectuels à faire la récolte.
Ayant fait mes études
dans l'école d'espionnage, je ne suis jamais allé
aux patates, alors je craignais fort que mon manque de pratique
ne suscite les soupçons en comparaison avec ceux
qui ont appris ça durant plusieurs années
dans différents établissements d'enseignement
supérieur. Donc je fis beaucoup de zèle, je
travaillai sans faire une seule pause, et pour cela je fus
tabassé le premier jour par mes collègues
du champ. Ils étaient quinze. Je voulus leur appliquer
sept prises de "moashi" et huit de "yoka-guiri",
mais je n'eus pas de temps... Parce que, dès que
je me mis en garde, on m'a appliqué par derrière
une prise inconnue qu'un des attaquants appela "le
ressort du tracteur Bielarous". Depuis, je boîte
des deux pieds, j'ai cessé de maîtriser les
coups de karaté, ma tête s'est mise à
trembler, et j'ai oublié le code Morse à tout
jamais.
Après la fin des travaux
agricoles, de nouveau je ne pus exécuter ma mission,
car on m'envoya tout de suite sur le chantier éternellement
en construction parrainé par l'institut, où
je travaillai durant un mois et demie en tant que deuxième
faisant-fonction du troisième apprenti du quatrième
contremaître - responsable de la pose des briques
de sixième catégorie dotées du Signe
de qualité.
Avec un effort de volonté
incroyable, je me pris en main et même essayai, sans
perdre de temps, de percer le secret de la nouvelle bétonneuse
avec programmateur électronique et possédant
une super-compliquée fiche perforée de commutation.
Je demandai son fonctionnement au maître régleur,
à quoi il me répondit :
- Ecoute voir ! Fiche le bidule
du côté de la chose et tire deux fois sur la
petite bricole. Ensuite cogne avec une plouffeuse sur la
glapisseuse et, quand elle gargouillera, fais un bond de
côté le plus loin possible, planque-toi et
bronche pas. Parce qu'elle, pendant ce temps-là plaf,
ici et là, yoxel-moxel, nippe ta mèche...
Pchhhh ! Et tu attends que ça se refroidisse. Ca
se refroidit, tu te lèves, tu pousses un soupir...
Tu soupires doucement, à voix basse, pour que cette
saleté ne pète pas ! Et tu cours au magasin
chercher de la vodka. Parce que tu l'as échappé
belle!
Le mode d'emploi de la bétonneuse
que j'ai noté d'après les paroles du maître
fut immédiatement transmis au Centre. Pendant huit
semaines les déchiffreurs du plus haut niveau s'y
cassaient la tête, mais ils ne purent déterminer
ce que voulait dire le terme scientifique "nippe ta
mèche"!
Moi non plus je n'eus pas
le temps de le déterminer, car on m'envoya directement
du chantier aux cours d'anglais, d'où je fus viré
à cause de mes mauvais notes, parce que le prof ne
comprenait pas mon accent purement anglais. Une fois, elle
me demanda où j'avais appris l'anglais. Je répondis
sincèrement : dans une école anglaise spécialisée.
Elle rétorqua qu'en réalité, elle n'avait
jamais eu confiance dans les écoles anglaises spécialisées
et que, conformément à la dernière
circulaire, il fallait prononcer le son "the"
de façon tout à fait différente de
la mienne.
Durant les trois derniers
mois de mon travail, je suis allé cinq fois dans
l'entrepôt de légumes, quatre fois - dans la
droujina populaire (2), où c'est d'abord nous qui
attrapions les voyous, et une fois attrapés, les
voyous se mirent à nous tabasser.
Durant la même période,
je devins par force membre de l'association volontaire de
la course à pieds nus sur la neige nommée
"Sur les traces de Souvorov !", de l'Association
de la récolte automnale des glands pour les cochons
affamés, et je participai également à
18 concerts amateurs comme arrière droit du groupe
chargé de scander "Spartak champion, Canadiens
profy merdier!", où j'eus une extinction de
voix.
Cette abondance de travail
social provoqua chez moi des maux de tête insupportables,
mais le médecin ne me donna pas d'arrêt de
travail, parce qu'après avoir ausculté ma
cage thoracique, mon ventre et ma tête, il établit
le diagnostic "pieds plats" ! Et il me mit des
bottes orthopédiques, avec lesquelles je n'arrive
pas à marcher même en utilisant les béquilles.
Je tentai de me suicider -
je me couchai sur les rails de la gare Iaroslavski. Mais
le train de Vladivostok était en retard de 18 heures,
et je me gelai tellement que je fus obligé de me
rendre au magasin pour me réchauffer avec les 7 roubles
qui me restaient après le paiement de toutes les
cotisations.
Je me soûlai et je réfléchis
sainement. Vu que j'avais perdu tous mes moyens d'existence,
que je n'avais pas accompli un seul point de ma mission,
oublié toutes les connaissances acquises dans l'école
d'espionnage, je n'avais qu'une seule solution - me rendre.
Je bus encore pour me donner
du courage et je m'approchai du premier policier que j'ai
vu à un carrefour et je lui dis que j'étais
un résident étranger. A quoi il me répondit
:
- Si tu es un résident,
on va t'envoyer dans une résidence !
Et il m'envoya dans le dessouloir,
où je me trouve actuellement. Et où j'écris
cette lettre d'explications, et surtout je demande de prendre
en compte que je suis un résident étranger,
que je veux me rendre de mon plein gré, donc il faut
m'envoyer dans l'établissement approprié...
____________ 1.
En automne, les étudiants et les "travailleurs intellectuels"
devaient aller dans les kolkhoses pendant un à deux mois afin d'aider les
kolkhoziens à faire la recolte. Leur paye pour ce travail était
très petite.
2. Service "volontaire"
en tant qu'auxiliaires de la police, que tous les employés
étaient tenus de faire par roulement, sans formation
particulière pour la capture des délinquants.
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