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HUMOUR Paul
Itolog Les trois petits cochons et autres cochonneries Maman
cochon, dont le mari était au chômage, connaissait des fins de mois
difficiles et peinait à nourrir toute sa maisonnée. Un jour, elle
dut se résoudre à parler sérieusement avec ses trois bons
à rien de fils : - Mes enfants, leur dit-elle
calmement, il est temps pour vous de prendre votre envol et de quitter le nid
familial pour explorer le vaste monde. - Comment
que tu causes, mother, si tu nous fous à la porte, dis-le en décodé
qu'on pige un peu ! Et les trois petits cochons
s'en allèrent de par le vaste monde, voir un peu s'il y avait du blé
à se faire. Le premier passa quelques
nuits à la campagne dans un abri de paille, à la lisière
d'un bidonville, le temps de voir venir. Le loup s'approcha et lui dit : -
Veux -tu partager un fond de gnôle avec moi ? Mais
le petit cochon lui trouva un air vicieux et se méfia de lui. Le loup en
fut vexé et le lui fit savoir : - Ne fais
pas tant le fier, ton abri est si minable qu'il me suffirait de souffler dessus
pour le détruire. La lueur qui brilla
dans les yeux du loup en évoquant ces destructions inquiéta le petit
cochon, qui s'éclipsa sans un bruit au coeur de la nuit, sans attendre
de voir si l'autre taré se vantait. Au
petit matin, voyant sa proie enfuie, le loup entra dans une de ses terribles colères
et souffla, souffla et souffla encore. Il écuma de rage et détruisit
l'abri de paille. Une fois calmé, son flair infaillible lui indiqua que
sa proie s'était enfuie pendant qu'il cuvait sa gnôle, l'ingrat,
mais son instinct de chasseur lui permit de retrouver la piste toute fraîche
du petit cochon... qui le conduisit dans les bas-quartiers de la ville, dans une
ancienne zone industrielle à l'abandon où le deuxième petit
cochon avait construit une cabane, un amoncellement de bois et de matériaux
de récupération qui protégeait tant bien que mal les
deux frères des rigueurs de la nuit. Au petit matin, ils virent par la
fenêtre le loup qui les regardait en s'essayant à sourire : -
Petits cochons, ouvrez-moi, je voudrais simplement souffler un peu à l'abri
et partager ma gnôle avec vous... Le premier
cochon dit à son frère: "C'est un loup qui me colle depuis
hier, il m'a l'air louche, et il me fait peur. C'est peut-être un vicelard".
Ils dirent au loup de patienter pendant qu'ils ouvraient le cadenas, et s'enfuirent
en déplaçant une planche branlante dans le mur du fond. Ils coururent
à toutes jambes jusqu'au squat où le troisième petit cochon,
le plus dégourdi, avait trouvé refuge : une solide bâtisse
en briques. Tout à la joie de leurs retrouvailles, ils firent une fête
d'enfer, allumèrent un feu dans la cheminée, tandis qu'une des nanas
du squat improvisait un strip-tease très classe à la chaleur d'un
feu de cheminée, comme chez des bourges, et que l'aîné des
trois petits cochons roulait un joint. Le loup
se les caillait au-dehors et commençait à enrager de les voir ainsi
l'un après l'autre lui échapper. Son honneur était en jeu.
Il ne se voyait pas finir simple prédateur comme son père et son
grand-père, minables chasseurs toujours affamés qui n'arrivaient
plus à effrayer le moindre paysan, et se faisaient tirer dessus à
la chevrotine dès qu'un chien court sur pattes donnait l'alerte. Non, lui,
il avait décidé de son destin dans sa tendre enfance en regardant
les feuilletons télés américains : il serait un psychopathe,
et même l'élite des psychopathes, un sociopathe qui traque ses proies
de nuit dans les villes dépravées. Et ces trois petits cochons réunis
étaient sans nul doute des homosexuels, ses victimes de prédilection.
Il n'allait donc pas renoncer si facilement... Il eut soudain une idée
et monta sur le toit du squat pour descendre par la cheminée. La légende
du milieu des petits cochons dit que le troisième avait deviné la
manouvre et qu'ils firent une belle flambée pour brûler la queue
du loup, mais la vérité oblige à dire que la teuf battait
son plein et que son arrivée dans un nuage de braises et de cendres surprit
tout le monde. Lorsque le loup put enfin y voir quelque chose, il se trouva nez
à nez avec le canon menaçant du 357 magnum que le troisième
petit cochon pointait sur lui... avant de lui dire : "Toi le loup, tu nous
gonfles à la fin, on va te faire la peau !" Le loup regarda autour
de lui et vit une femme à demi nue debout au milieu des cochons, et l'évidence
le frappa : ils n'étaient pas homosexuels, c'était un affreux malentendu,
et il s'en expliqua très vite, avant que le petit cochon ne tire. -
Je ne suis qu'un pauvre psychopathe qui obéit à ses instincts, mais
en voyant cette belle dame, je vois que je me suis trompé, vous n'êtes
pas ceux que je traque habituellement... Par ailleurs, j'ai la queue qui a roussi
dans la cheminée, auriez-vous la bonté de m'indiquer la salle de
bains ? - Il n'y a pas de salle de bains ici,
mais tu trouveras une conduite d'égout un peu plus loin, si tu échappes
à mes balles... Je te laisses une minute avant de tirer ! Le
loup perdit cinq secondes tant il était surpris, puis, lorsqu'il eut compris
que l'aîné des cochons ne plaisantait pas, il s'enfuit en courant.
Bien entendu, le cochon avait menti et ne lui laissa que dix secondes avant d'ouvrir
le feu. Heureusement pour le loup, la situation financière de l'aîné
était fort mauvaise depuis quelques temps, et il n'avait pu gaspiller des
balles à s'entraîner au tir ; le recul du premier coup envoya le
troisième petit cochon par terre et le loup put sortir indemne du squat.
Il alla se jeter dans l'égout pour éteindre sa queue brûlée. Les
trois petits cochons, heureux d'être ensemble, améliorèrent
leur confort en volant des briques sur un chantier pour monter quelques
murs supplémentaires dans leur squat ; ils y vécurent heureux jusqu'à
ce qu'on les en expulse en raison de l'insalubrité, mais ceci est une autre
histoire... |