HUMOUR M.Zadornov Nous
vivons bien! Moi
et ma femme, nous vivons bien! Nous avons une
superbe télé! Son tube cathodique a été fabriqué
en Finlande sous licence japonaise. Par contre, le reste est fabriqué chez
nous. C'est pourquoi la chaîne deux est pleine de neige, et la trois ne
marche pas. Mais quand les invités arrivent, nous mettons la une, et ils
sont sincèrement jaloux des couleurs étrangères de notre
télé! Notre voiture est prestigieuse
au dernier degré qui nous est accessible. C'est une "Moskvitch"
conçue en partenariat avec la société française "Renault".
Et elle est du premier lot. C'est important! Comme l'affirment les spécialistes,
dans le premier lot tous les composants sont français. Mais la voiture
se trouve dans notre garage coopérative où il faut se rendre en
train de banlieue. C'est pourquoi nous ne montrons à nous invités
qu'une photo de la voiture et nous racontons à quel point elle roule bien,
mais pas à quel point elle freine mal. De toute évidence, un des
composants est de chez nous. Et les invités sont jaloux de notre voiture
en regardant l'unique photo que nous avons eu le temps de prendre avant
de découvrir qu'elle freinait mal. Bref,
on a plein de choses dont nos invités sont jaloux. Le robinet de la salle
de bains, par exemple. Il est français. Mais c'est notre plombier qui l'a
monté. Il a longtemps fustigé leurs joints compliqués. Après
quoi, il a posé les nôtres, pas compliqués. Maintenant, le
pommeau se décroche sans arrêt et cogne sur la tête. C'est
pourquoi, quand on prend une douche, il faut le maintenir avec la main. Mais les
invités ne prennent pas de douche. Ils sont jaloux de notre salle de bain
dans sa totalité. Quand les femmes y entrent, elles disent d'habitude:
"Si j'avais une baignoire comme ça, j'y resterais du matin au soir!"
Elles ne savent pas qu'il est impossible de prendre un bain dans notre baignoire.
Son bouchon est en argent doré, il provient, comme l'ont dit ceux qui nous
ont vendu l'appartement, de la baignoire personnelle de Pavel I (1), et son diamètre
est deux fois plus petit que celui de la bonde de la baignoire elle-même.
C'est pourquoi, quand on se met dans notre baignoire, il faut boucher le trou
avec le talon et contempler le bouchon en tant qu'objet d'art. Tous
les invités sans exception sont attendris par notre fille. Avant de passer
à table, nous la montons sur une chaise, et elle nous déclame par
coeur et avec emphase deux poésies de Tsvetaieva et une de Mandelchtam.
Et tous les invités s'extasient sur une si profonde compréhension
de la poésie à l'âge de trois ans. Ensuite nous l'enlevons
vite de la chaise et l'emportons dans sa chambre, parce que d'elle-même,
elle ne parle qu'avec les mots rapportés de la maternelle. Presque
tous les invités veulent passer un coup de fil de notre téléphone
à touches. Il possède la mémoire de 32 numéros, une
touche "bis" et une touche sourdine - on peut y appuyer, dire à
sa femme tout ce qu'on pense de la personne qui est au téléphone,
et celle-ci n'entendra pas ce qu'on pense d'elle. Elle est tombée en panne
la première. Je l'ai appris pendant la dernière conversation avec
mon beau-père. Plus que de notre téléphone,
les invités sont jaloux de notre radio complètement japonaise avec
un grand diapason d'ondes courtes. Pourtant, il y a une chose que je ne comprends
pas. Soit leurs objets ne survivent pas longtemps dans nos conditions, soit nos
piles ne sont pas à la hauteur, soit nous vivons dans l'arrondissement
de Moscou où les ondes courtes n'arrivent pas... Mais depuis quelque temps,
il ne capte que le canal un et la station "Maïak"; à croire
que quelqu'un s'emmerde tellement qu'il à commencé à brouiller
les chansons de Pakhmoutova sur des textes de Dobronravov! (2) Mais
les invités ne le savent pas. Ils déplacent leur regard émerveillé
de la radio japonaise au réveil français datant de la fin du dernier
siècle. Un des invités, en apprenant le prix du réveil, a
dit qu'à ce prix-là, il aurait pu venir tous les jours chez nous
en personne nous réveiller, jusqu'à la fin de notre vie. Il ne sait
pas que ce réveil ne nous réveille plus depuis longtemps, parce
qu'il sonne non pas quand il le faut, mais quand il le veut. Et on a arrêté
de s'en servir depuis le jour où ma femme, en obéissant à
la sonnerie, est partie travailler à trois heures et demie du matin. Elle
a attendu le bus en vain puis est rentrée à la maison à cinq
heures et demie. Elle s'est couchée un instant jusqu'à onze heures
et demie. Et a reçu un blâme pour avoir manqué le début
de sa journée de travail pendant la période de renforcement de la
discipline, quand on a commencé de veiller à ce que, pendant les
heures de travail, tout le monde dorme sur son lieu de travail et pas à
la maison. Mais ce que les invités nous
envient le plus, ce sont les relations entre moi et ma femme. Elles sont si raffinées
et affectueuses! Ils ne savent tout simplement pas que depuis plusieurs années,
une demi-heure avant l'arrivée des invités, nous concluons un armistice.
Et ne nous embrassons qu'en public. C'est peut-être pour cette raison que
nous sommes si heureux quand les invités viennent chez nous... ______________ 1.
Un tsar 2. Chansonniers bien vus du pouvoir communiste de l'époque |