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CONTES Le
moustique et le cheval Dans
une grasse prairie, près d'une calme petite rivière, paissait un
petit cheval paisible et brun, aux yeux intelligents. Soudain,
quelque part au-dessus de sa tête, vrombit un moustique qui finit par s'installer
entre ses deux oreilles tout en sifflant hargneusement : «
Tu manges trop, mastodonte ! Et tu vas avoir une belle indigestion, avec toute
cette herbe. » Le petit cheval se contenta
de secouer la tête pour chasser l'ennuyeux moustique. Puis il se remit tranquillement
à paître. Mais le persifleur ne
le laissa pas en paix. Il se posa sur un arbuste proche et recommença : «
Oh ! là, là ... Tu t'imagines que tu m'as chassé, imbécile
? Je vais te montrer ça !» Mais
le petit cheval fit comme si de rien n'était. Il arrachait paisiblement
l'herbe avec ses dents et ne prêtait aucune attention au moustique. Celui-ci
en était ulcéré : «
Ainsi, je ne puis te tirer de réponse, gros estomac ! Attends un peu, je
vais t'apprendre la politesse... » Il s'installa
sur le dos du cheval et, de toutes ses forces, voulut y enfoncer son dard pointu.
Mais, bien qu'il s'y employât de son mieux, il n'y parvint pas et ne réussit
pas à transpercer la peau du petit cheval. Ce
chatouillement déplut néanmoins au cheval qui agita la queue, envoyant
ainsi promener le moustique sur l'herbe. C'en était trop pour l'insecte.
Il déplissa ses ailes froissées et tourbillonna au-dessus de la
tête du cheval en hurlant : « Ah
! C'est comme ça, grossier personnage ... Tu ne me fais pas peur, bien
que je sois plus petit que toi. L'homme aussi est plus petit que toi. Il n'empêche
que, lorsqu'il te fouette, tu n'en mènes pas large ! Par contre, l'homme
a grand-peur de moi. Dès que je bourdonne autour de lui, il agite la main
et fuit devant moi. Il sait bien que je suis un impitoyable combattant ! » Le
petit cheval leva la tête, jeta un regard en biais à l'importun et,
paisiblement, se remit à paître. Hors de lui, le moustique se mit
à lui siffler dans les oreilles jusqu'à ce que la voix lui manque
: « Tu veux continuer à m'ignorer,
hein ? Tu crois que nous, les moustiques, nous ne sommes rien en face de toi et
que tu vas persister à nous mépriser ? Nous ne le tolérerons
pas. Au nom de tous les moustiques, je te déclare la guerre. Tu l'as voulue,
tu l'as ! » « Ne t'énerve
pas trop », lâcha finalement le cheval, sans toutefois regarder le
moustique. « Je vais appeler notre glorieuse
armée et nous te piquerons à mort », répliqua l'enragé. «
Tu ferais mieux de disparaître, minable persifleur, avant que je ne me mette
véritablement en colère », hennit le cheval en penchant de
nouveau la tête vers le pâturage. «
Oh ! Tu n'aurais pas dû dire une chose pareille ... Attends un peu, bouffi,
tu vas voir ce que je te réserve ! Un tel affront ne peut se laver que
dans le sang », siffla le moustique. Il
tourbillonna encore au-dessus du cheval et s'envola pour chercher l'armée
des moustiques. Un instant plus tard, au-dessus
de la tête du petit cheval, le ciel s'obscurcissait et crépitait
comme un orage. L'escouade intrépide des moustiques-soldats se préparait
à l'assaut. « A l'attaque ! A l'attaque,
camarades ! Sus à l'ennemi, sans pitié ... Il nous a insultés.
Il nous a méprisés. Qu'il périsse donc! » cria d'une
voix aiguë notre moustique qui s'était institué commandant. «
A mort l'ennemi ! hourra ! » hurlèrent les moustiques excités.
Ils aiguisèrent leur dard et, tel un nuage vrombissant, se jetèrent
à l'assaut du petit cheval. Ce dernier
les chassa tout d'abord avec sa queue. Puis, avec une certaine impatience, il
agita plusieurs fois la crinière. Mais, de nouvelles vagues de moustiques
l'assaillirent et envahirent son dos. Cela l'agaça quelque peu. Aussi s'allongea-t-il
sur l'herbe et se roula-t-il d'un côté et de l'autre, écrasant
presque tous les moustiques. Un seul échappa
au désastre. Il défroissa son aile endommagée et, rassemblant
ses dernières forces, s'envola vers le commandant qui surveillait le déroulement
de la bataille de son lointain arbuste. Il lui annonça : «
Nous avons vaincu, mon commandant ! Nous avons abattu le cheval qui gît
à présent dans l'herbe, les jambes raidies dans l'ultime convulsion
de la mort. » Le commandant remercia son
camarade de cette excellente nouvelle, lui promit la plus haute médaille
de guerre et s'empressa de quitter le champ de bataille. Il vola jusqu'à
l'arbre le plus proche et claironna pour le monde entier : «
Gloire ! Gloire ! Nous avons gagné la guerre... L'ennemi est défait.
A nous la gloire éternelle, camarades, les plus intrépides soldats
du monde ! » Pendant ce temps, le petit
cheval intelligent, paisible et brun, continua de paître la tendre herbe
grasse près de la calme petite rivière. |