Conte
du roi Saltan,
du preux chevalier Gvidon Saltanovitch son fils
prince glorieux et puissant, et de la belle princesse Cygne
(extraits)
Traduit par Satho Tchimichkian Trois belles en devisant Filaient un soir de printemps. 
"Si
j'étais la souveraine, - Dit l'une, - Qu'on
s'en souvienne, A tout le monde chrétien Je
donnerais un festin." "Si j'étais
la souveraine, - Dit alors sa soeur Irène, Du
drap pour le monde entier Moi seule saurais tisser." "Si
j'étais la souveraine, - La troisième
alors enchaîne, - Notre roi peut s'y fier, J'aurais
un fils chevalier." La cadette à peine
achève Que le loquet se soulève: Entre
alors le souverain, Dans ces lieux le suzerain, Qui
s'était tenu derrière La porte de la
chaumière: Il avait tout entendu, Ce dernier
discours lui plut. "O ma belle, je t'emmène
- Lui dit-il - Sois souveraine, Qu'il te naisse un
chevalier Pour le mois de février. Quant
à vous, gentes soeurettes, Quittez donc votre
chambrette,
Suivez le roi sans rancoeur
Et la reine
votre soeur. Que l'une soit cuisenière, Et
que l'autre soit tissière." 
La noce on fit célébrer
Le soir même sans tarder.
Heureux de cette alliance,
Le roi plein d'impatience
Fit offrir un beau festin. (...)
Vassaux ne sauraient redire,
Plus d'un cependant soupire;
Chez la reine et son enfant
Qu'ils plaignent secrètement,
Ils lisent le manifeste
Qui prescrit un sort funeste
Et suivant l'ordre du roi,
Ils les mettent de sang-froid
Dans un baril qu'on cachette,
Puis qu'à l'onde ensuite on jette
Dans les flots de l'océan,
Selon l'ordre de Saltan. 
Au ciel les étoiles
perlent,
Sur la mer les flots déferlent,
Un nuage au ciel flottant,
Un baril en mer voguant,
Dans lequel la pauvre reine
Pleure, geint et se démène,
On pourrait la croire en deuil !
L'enfant grandit à vue d'oeil ! (...) A peine est-il près
du flot,
Qu'il entend comme un sanglot...
La mer est toute agitée
Par une étrange mêlée:
Un cygne des ailes bat,
Un vautour cherche combat;
Le cygne est couvert d'écume,
Il frappe l'eau de ses plumes,
Le bec crochu va frapper,
Les serres vont lacérer...
Un flèche fend l'espace
Et transperce le rapace
Qui s'affaisse, à mort blessé;
L'arc du prince est abaissé.
Le vautour, à voix humaine,
Geint dans le flot qui l'entraîne, 
Le cygne blanc tourne autour,
Becquetant le vil vautour;
Il le frappe, il le harasse;
Il le noie et le terrasse;
Puis tient au prince un discours
Humain par ses mots, ses tours:
"O prince, tu m'as sauvée,
Seigneur, tu m'as libérée,
Pour me soustraire au trépas,
Tu vas rester sans repas:
Ta flèche en mer s'est perdue.
Le mal n'est pas sans issue:
Ton bienfait je te rendrai,
Un jour je te servirai.
D'abord tes yeux je dessille:
Je suis une jeune fille;
Sous l'aspect d'un carnassier
Se tapissait un sorcier.
Je te suis reconnaissante,
A ton sort compatissante:
Va et garde ton sang-froid,
Sans t'affliger, couche-toi." (...) Lui de s'écrier:
"Voilà!
Le cygne prend ses ébats !"
Ils vont à la citadelle,
Une fois au coeur d'icelle,
On entend un carillon
Qui résonne aux environs; 
La foule vers eux se presse, Le choeur chante l'allégresse, La cour vient au-devant d'eux En carrosses fastueux; On les honore, on les fête, Le prince sent sur sa tête Le diadème royal: Chacun se dit son féal. Avec l'accord de la reine Du royaume il prend les rênes, Dès ce jour il régnera Et Gvidon se nommera. 
(...)
Les marchands accostent vite, Le roi Gvidon les invite, Leur offre collation, Leur pose des questions: "Quelle est donc leur marchandise? Vers quel port ils la conduisent?" 
(...)
Après leur départ, Gvidon Sur la plage, l'âme en peine, Regarde la mer lointaine. Que voit-il ? Le cygne blanc S'approche tout doucement. "Mon prince, je te salue, Mais ta mine est bien émue, Je t'en conjure, dis-moi La raison de cet émoi." 
Le prince affligé
proclame:
"La tristesse étreint mon âme,
Etend sur moi son pouvoir:
Mon père je voudrais voir."
"Voilà donc toute l'affaire" -
Dit le cygne - "Je suggère
Que tu suives sans façon
Le vaisseau. Deviens frelon!"
(...) Dans la cour le peuple
baye:
Sous un pin de haute taille,
L'écureuil croque une noix,
Une noix d'or, par ma foi!
L'émeraude est retirée,
La coquille ramassée,
Il en fait deux tas distincts,
En sifflotant le refrain
Au jardin, par les allées.
Devant la foule assemblée.

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