Russie Russie virtuelle

BLAGUES

de l'époque communiste


À Moscou, la maîtresse d'école donne une leçon de géographie. Elle prend une mappemonde, montre les États-Unis et commente :
- Ici, ce sont les États-Unis, le pays du chômage, de la violence, du racisme et des injustices.
Puis, tournant le globe, elle enchaîne :
-Là, c'est l'Union Soviétique, le pays du bonheur, du plein-emploi, de la douceur de vivre, de la justice...
Alors au fond de la classe s'élève la petite voix de Natacha :
- Maîtresse, comment fait-on pour se rendre en Union Soviétique ?


Un Russe et un Polonais se promènent dans la campagne et tombent sur une valise. Après s'être assurés que personne ne les observe, ils l'ouvrent et s'aperçoivent qu'elle est remplie de billets de banque.
- Nous allons partager fraternellement, - dit le Russe.
- Ah, non ! - s'écrie le Polonais. - Cette fois nous faisons moitié-moitié.


Depuis la naissance du mouvement de dissidence en Union Soviétique, la police a changé ses méthodes. Désormais les policiers se déplacent uniquement par trois. Un qui sait lire, un qui sait écrire et le troisième pour surveiller ces dangereux intellectuels.


     Le camarade Ceausescu a longuement reçu une délégation de sociaux-démocrates occidentaux. Il a plaidé avec chaleur pour les magnifiques réalisations de son pays, vanté son indépendance vis-à-vis du grand frère soviétique, mais ses interlocuteurs lui ont exprimé leur gêne et leur embarras à propos du problème des libertés civiles. Ils lui ont fait notamment remarquer le caractère paradoxal d'une démocratie qui se dit ouvrière et qui ne connaît jamais de grève.
     Alors, pour donner satisfaction à ses visiteurs, Ceausescu convoque le ministre de la production et lui ordonne de déclencher une grève dans la plus belle usine modèle de toute la Roumanie. Le délégué du ministre qui arrive à l'usine réunit les ouvriers et leur transmet la consigne. Les ouvriers refusent d'obéir, arguant que cette grève cache quelque chose, et qu'on veut les licencier. Le délégué insiste, dément, précise qu'il ne s'agit que d'une grève de vingt-quatre heures, mais les ouvriers refusent et répondent qu'on leur a toujours dit qu'il fallait travailler pour le bien de l'État.
     Alors le délégué se fait persuasif et explique aux ouvriers que leurs cadences sont infernales, que leurs chefs sont tyranniques et que leurs salaires sont misérables. Mais les ouvriers restent inébranlables et rappellent qu'ils ont appris dès leur plus jeune âge qu'ils étaient au service de l'État des travailleurs. Le délégué change de méthode et menace d'amputer les salaires de moitié. Les ouvriers s'en tiennent à leur position et affirment qu'ils sont prêts à se sacrifier pour l'État, comme l'ont fait leurs pères avant eux.
     Du coup, le ministre vient en personne, et annonce que si la grève ne commence pas dans l'heure qui suit, il va tout simplement supprimer les salaires. Mais les travailleurs ne bronchent pas. Ce que fait l'État prolétarien est bien fait. Hors de lui, le ministre, à bout d'arguments, déclare qu'il va faire pendre immédiatement tous les ouvriers de l'usine. Et tous les ouvriers de l'usine se mettent en grève, pour que l'on ne gâche pas la corde de l'État.


De leur vivant, Adenauer, Khrouchtchev et Gomułka furent appelés devant Dieu, qui, pour les aider à régler leurs problèmes, leur proposa de formuler chacun un vou qu'Il exaucerait peut-être.
- Moi, - dit Adenauer, - j'aimerais que Vous détruisiez ces hordes de barbares soviétiques.
- Moi, - dit Khrouchtchev, - j'aimerais que Vous anéantissiez ces hordes de revanchards allemands.
- Quant à moi, - dit Gomułka, - si Vous exaucez leurs voux, j'aimerais bien prendre une tasse de café.


Fiodor Denissovitch parvient, grâce à l'entremise d'un de ses cousins, à accéder à un magasin réservé aux Russes travaillant à l'étranger et autorisés à changer des devises étrangères contre des « roubles certifiés ». Avisant une belle paire de bottes il en demande le prix au vendeur : 80 roubles.
- Mais, - dit Fédor, - au magasin d'État une telle paire de bottes ne coûterait que 40 roubles.
- Eh bien, allez donc au magasin d'État !
- Vous savez bien que ça fait dix-huit mois qu'ils n'ont pas de bottes.
- Eh, - dit le vendeur, - si je n'avais pas de bottes, moi aussi je les vendrais 40 roubles.


Après plusieurs années de blocus, Fidel Castro vient en voyage officiel en Union Soviétique. Khrouchtchev doit le recevoir en tête à tête. Fidel entre dans le bureau, ôte sa perruque et sa fausse barbe et dit dans un russe impeccable :
- Je suis crevé ! C'est un boulot impossible ! Je renonce, donne-moi autre chose à faire.
Alors Khrouchtchev lui tape amicalement sur l'épaule et lui dit doucement :
- Allons, tu sais qu'il n'y a que toi qui peux le faire, courage, Fiodor...


     Deux frères partagent une chambre à Moscou, et travaillent dans la même entreprise. Un jour, Grigori oublie son imperméable dans son bureau, et les deux frères sont surpris en chemin par un véritable déluge. Le lendemain, Grigori est pris d'une forte fièvre. Il décide de ne pas se rendre à son travail et demande à son frère de lui rapporter son imperméable. A huit heures du soir, Mikhaïl n'était toujours pas rentré; à neuf heures, Mikhaïl n'était toujours pas rentré et pas plus à dix. A dix heures et demie, Grigori, très inquiet, le voit enfin pousser la porte de la chambre, et s'asseoir exténué sur la première chaise venue.
- Mais que t'est-il arrivé ?
- C'est effrayant, - répond Mikhaïl, - je rentrais avec mon imperméable sur le dos et le tien sur le bras, et tous les cinq mètres je me suis fait arrêter par quelqu'un qui voulait connaître l'adresse du magasin où j'avais pu acheter un imperméable.


     Dans un petit village d'une démocratie populaire, c'est l'heure du cours de sciences naturelles à l'école primaire. Le sujet du jour est le boeuf, et la maîtresse d'école demande à sa classe de lui énumérer les différentes parties du boeuf que l'on peut trouver à la devanture d'une boucherie.
- La tête, la queue, la rate, le foie, le pot-au-feu...
- Très bien, et quoi encore... Vous ne voyez pas ? Il y a encore beaucoup de choses. Le filet, le rôti, la côte...
     Alors du fond de la classe monte une petite voix chargée de reproches. C'est celle de Vania qui se plaint :
- Mais, camarade professeur, vous n'aviez pas dit qu'il s'agissait d'un boeuf d'exportation.


Le président du kolkhoze convoque les femmes paysannes et leur annonce qu'un journaliste du journal du Parti va venir prochainement, et qu'il a demandé à les rencontrer pour faire une interview avec elles.
- Qu'est-ce que c'est une interview ? - demande la plus âgée.
- Je ne sais pas trop, mais pour plus de précautions, lavez-vous bien.


En Hongrie, après les soulèvements de 1956, circulait la devinette suivante :
- Quelle est la différence entre les Russes et les nazis ?
- Avec les Russes, tout le monde est Juif.


C'est la transposition d'une vieille histoire juive : «Échangerions des siècles d'histoire contre un peu de géographie. »


Pour les Serbes, il y a en Croatie trois types d'individus : les Croates qui sont allés en prison, les Croates qui sont en prison et les Croates qui iront en prison.


Après de longues études, on a pu établir de façon définitive qu'Adam et Eve étaient soviétiques, et cela pour deux raisons : ils vivaient au paradis et ils n'avaient rien à se mettre.


     Au moment de la guerre des Six-jours, un citoyen moscovite est arrêté dans un état d'imprégnation alcoolique avancé, et conduit au poste de police le plus proche pour avoir cogné à tour de bras sur un juif en pleine rue. Sommé d'expliquer son geste, il déclare au commissaire :
- Voilà, ce matin je me lève, je bois un coup, j'allume la radio et j'entends que les Juifs ont attaqué les Arabes. Alors je ferme la radio, je rebois un coup, je rallume la radio et j'entends que les chars israéliens ont franchi la frontière libanaise. Alors je referme la radio et je me ressers un verre, je rouvre la radio et j'entends que les Juifs approchent de Beyrouth. Alors je ferme la radio, je bois un bon coup et je descends dans la rue prendre l'air, et sur la place j'entends ce type qui parle en yiddish avec un autre, alors j'ai cru qu'ils avaient atteint Moscou.


Tito se promène dans la campagne dans une énorme voiture noire. Chemin faisant il rencontre un paysan. Toujours soucieux de connaître l'opinion du peuple, le maréchal fait arrêter la voiture, en descend et demande au paysan :
- Dis-moi un peu, où vas-tu ?
- À Zagreb.
- Et que vas-tu faire à Zagreb ?
- Pas grand-chose, juste quelques courses : deux ou trois complets, des chaussures et une nouvelle voiture. Et puis ma femme m'a demandé de lui ramener des bricoles, un réfrigérateur, une machine pour le linge, une pour la vaisselle, une nouvelle télévision...
- C'est fantastique, s'écrie Tito, tu dois avoir beaucoup d'argent.
- C'est normal, nous vivons dans le socialisme.
- Tu as raison. Sais-tu qui je suis? C'est à moi que tu dois tout ça : je suis Tito !
- Oh ! Camarade président... excusez-moi... c'est à cause de la voiture, je vous avais pris pour un journaliste américain.


Dans un pays occidental, lors d'un meeting organisé par le parti communiste, un orateur harangue une foule principalement composée de chômeurs. Il décrit le paradis socialiste à venir, où tout le monde aura du travail, de quoi se vêtir et de quoi manger. Un assistant l'interrompt :
- Qu'est-ce qu'on aura à manger?
- Mais de tout, du boeuf, du veau, du mouton, du poulet, du lapin...
- Je n'aime pas le lapin.
- Tu en mangeras quand même.


     Après l'intervention des forces du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, toutes les cellules du Parti reçurent du Comité central l'ordre d'organiser des discussions approfondies sur l'internationalisme. Au cours d'une de ces réunions, à chaque argument avancé par l'orateur du Parti l'un des assistants secouait la tête d'un air peu convaincu.
     L'exposé terminé, l'orateur se tourne vers son muet contradicteur et lui demande :
- Camarade, est-ce que tu crois sérieusement que l'on puisse bâtir le socialisme dans un seul pays ?
- Oui, répond l'homme, je crois que c'est une chose possible, camarade. Ensuite, il vaut mieux aller vivre dans un autre.


     En Roumanie, un fonctionnaire du ministère de l'Économie annonce à l'un de ses amis que le nouveau plan prévoit un gros effort pour la production de moyens de transport.
- La première année, on fabriquera un million de bicyclettes et on rattrapera la Suède. La deuxième année, on fabriquera un autre million de bicyclettes et on rattrapera l'Italie. La troisième année, on fabriquera un million d'hélicoptères, et, si l'on apprend qu'il a poussé des légumes quelque part, on pourra les rattraper.


     Un Yougoslave se rend à Vienne (en Autriche). Il s'installe à la terrasse du café Mozart, commande un chocolat et demande au garçon de lui apporter le journal "Communiste". Le garçon s'excuse, il n'a pas ce journal. Il réclame alors la "Lutte"; le serveur s'excuse de nouveau, mais il n'a pas, non plus, ce journal.
     Le lendemain, il s'installe à la même table du café Mozart et demande au même garçon de lui apporter un chocolat et le "Communiste" ou la "Lutte". Le garçon lui répond comme la veille qu'il n'a pas ces journaux. Le surlendemain, la même scène se déroule à la même table entre les mêmes personnes, ainsi que le jour d'après et le jour d'après, jusqu'à ce que le serveur se mette en colère :
- Enfin, monsieur, je vous dis tous les jours que nous n'avons pas ce genre de journaux ici !
- Mais c'est justement ce que j'aime entendre...


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