Russie Russie virtuelle

HUMOUR


Paul Itolog

Notre envoyé très spécial à Washington
(suite)


Mai 2002
- Ben Laden n'a toujours pas été retrouvé ?
- Non, Monsieur le Président.
- Mulder et Scully sont toujours sur l'affaire ?
(Silence gêné, aucun conseiller ne veut être celui qui révélera au boss que les agents Mulder et Scully n'existent pas.)
- Non Monsieur, le FBI ne s'occupe que des affaires intérieures.
- Ah! C'est vrai. Alors c'est eux qui cherchent le maniaque à l'anthrax. Où en sont-ils ?
- Toujours au charbon. Dans le noir.
- Ils avancent ?
- Monsieur, un agent du FBI ne recule jamais ! Au pire, il fait du sur-place.
- Et qui traque Ben Laden, si c'est pas eux ?
- Nos meilleurs hommes, Monsieur : Jack Ryan, Rambo, Terminator.
- Terminator ? Je croyais que c'était encore en projet ?
- Depuis la rallonge budgétaire de quelques milliards que vous leur avez fait voter, ils ont pu lancer un prototype à ses trousses.
- On a bon espoir, donc ?
- Monsieur, un Américain a toujours bon espoir.
- Excellent ! Notez-le pour mon prochain discours sur le Bien et le Mal. Messieurs, ce sera tout.


Fin mai 2002
- Monsieur le Président, l'affaire Enron risque de ternir votre image.
- Quelle affaire ?
- La ruine de milliers d'épargnants trompés par les faux bilans d'Enron, et les mensonges du cabinet d'audit Andersen.
- Ah oui. Est-ce que les dirigeants ont gagné de l'argent ?
- Enormément.
- Alors, mon papa dirait que ce sont de bons capitalistes.
- Heu, certes, mais vos relations avec certains d'entre eux...
- Faux problème : je serre les mains à des milliers d'Américains et je parle à des millions d'entre eux à la télé.
- Mais...
- Fausse approche aussi : n'avez-vous pas remarqué que Ben Laden a attaqué les Twin towers, et maintenant c'est la magnifique tour d'Enron qui a été atteinte...
- Oui, Monsieur, mais je ne vois pas...
- Il y a une sorte de malédiction sur les tours américaines ! Qui dit malédiction dit vaudou, qui dit vaudou dit Cuba, qui dit Cuba dit...
- Fidel Castro !
- Vous avez compris ! Dites, c'est moi qui fait votre boulot... Alors faites une note au FBI et à la CIA, qu'ils travaillent sur l'axe du mal : Afghanistan-Pakistan-Irak-Lybie-Moyen-Orient (sauf les copains de papa avec du pétrole)- Somalie et Cuba. Ben Laden est là , quelque part.
- C'est vaste !
- Oui, mais nous sommes une grande nation ! C'est un défi à ma mesure !


Mi-juin 2002
- Messieurs, qu'est-ce que c'est que cette histoire, une femme a témoigné contre notre FBI ? Et elle prétend que l'agence aurait été informée de graves soupçons d'attentats par d'autres agents ?
- Oui Monsieur le président : des individus voulaient apprendre à piloter sans décoller ni atterrir.
- Et alors ?
- ....
- Moi, je suis président et je ne sais rien faire d'autre, alors pourquoi pas ? Si un type a envie de voler, il n'est pas obligé de s'emmerder à apprendre toutes les procédures, il peut engager un pilote. Quand j'étais petit, mon papa avait un pilote. Après, mon papa lui disait de me prêter le manche. C'est moins con que de piloter seul et de se viander comme le dernier Kennedy !
Bon. Et cette femme qui a témoigné devant la commission sénatoriale, c'est une vraie femme, avec des nichons, des enfants, un mari ?
- Oui, il semble bien.
- Le FBI engage des femmes comme agents ?
- Oui Monsieur, comme l'agent Scully.
- Ah, c'est vrai; mais elle n'a pas de foyer, elle, elle bosse nuit et jour sur l'affaire. Quand la mixité aura disparu de toutes les écoles du pays, puis des universités, le FBI redeviendra une agence d'hommes, et fini les bavures.
- Monsieur, sauf votre respect, c'est un agent superviseur mâle qui n'a pas pris au sérieux les rapports alarmistes sur le terroriste Moussaoui et les infos des Français.
- Voulez-vous dire que le FBI doit devenir une agence de gonzesses ? Vous voulez que je vous recommande pour travailler avec Hillary Clinton ? Bon, qu'a-t-elle dit de si terrible pour que la presse nous les brise comme ça ?
- Que le FBI était devenu le temple de la routine, de la paperasserie et qu'il y avait trop de niveaux hiérarchiques, trop de sous-chefs.
- C'est une communiste ?
- Heu, non, je ne crois pas.
- Et comment veut-elle qu'on devienne chef comme moi, s'il n'y a pas de postes de sous-chef ? C'est bien une réflexion de femme, ça. Bon. A part ça, maintenant qu'on sait qu'il y a des méchants, est-ce que moi, le président, je suis bien protégé ? je veux dire, nous les Américains ?
- Oui, Monsieur le Président, le FBI a mis au point un système d'alerte pour tous les jours de la semaine. Par exemple, lundi prochain - risque d'attentat par avion, mardi - par un bateau qui débarquera un commando terroriste, mercredi - le plateau-repas de la navette spatiale sera empoisonné, jeudi etc...
- Comme un menu ?
- Exactement. Plutôt comme un bulletin météo.
- Parfait. Et pour aujourd'hui ?
- "Risque d'attentat moyen, variable faible pouvant s'aggraver subitement."
- Parfait, la presse communiste ne pourra plus dire qu'on ne les a pas prévenus.


Juin 2002
- Messieurs, ne peut-on faire quelque chose pour nos amis Israéliens, qui luttent aussi contre ce terrorisme ?
Silence des conseillers.
- Monsieur le Président, c'est une situation difficile, inextricable, - se lança le plus courageux.
- Ils construisent un mur autour des Arabes. C'est une bonne idée, non ?
- Un petit mur seulement, Monsieur. Et qui, d'ailleurs, entourera aussi certaines colonies israéliennes : les religieux râlent.
- Je ne comprends pas. Ils comptent enfermer ensemble des Palestiniens et des Juifs ultra ? Mais ils vont se battre !
- Ils se battent déjà, Monsieur.
- Je sais, mais tout de même ! Dites, vous connaissez la dernière ?
- Non, Monsieur.
- Les Allemands d'Europe disent que s'ils avaient su, ils auraient vendu le mur de Berlin aux Juifs, au lieu de le casser!!!
- Très drôle, Monsieur le Président.
- Et si on leur fournissait du béton ? Ou des maçons supplémentaires ? Travaillez là-dessus; on a bien avancé aujourd'hui.


Fin juin 2002
Le Président à son conseiller pour le Moyen-Orient :
- Est-ce qu'Arafat a répondu à mon plan de paix : un état palestinien sans lui, avec des élections au suffrage universel ?
- Oui, Monsieur le Président, heu... : Arafat vous fait dire qu'il est d'accord pour partir, si, de votre côté, vous quittez la présidence américaine... Il a ajouté que les Américains vous ont élu par erreur, avec juste quelques voix d'avance... excusez-moi, Monsieur, je le cite.
- Bastard ! Dites aux Israéliens que s'ils s'en débarrassent, je rembourserai le gazole des chars et les balles !
- Monsieur, une nouvelle flash : ils viennent juste de faire exploser le bâtiment de l"autorité palestinienne !
- Bravo ! Ils sont quand même forts, ces Juifs : depuis le temps qu'ils détruisent des bâtiments palestiniens, ils en trouvent toujours d'autres à détruire... Comment font-ils ?
- Peut-être que l'Europe les reconstruit entre-temps, Monsieur (éclats de rire des conseillers).
- C'est encore meilleur ! Quand ces petits cons d'Européens seront ruinés, ils nous supplieront pour qu'on leur file notre boeuf aux hormones, au lieu de faire les difficiles. Je bouffe bien les moisissures de leurs fromages, moi.


Juillet 2002
Les États-Unis viennent de faire savoir qu'ils ne donneront pas à l'ONU de subvention en faveur du planning familial, sous la pression du lobby anti-avortement.
- Monsieur le Président, nos alliés ne comprennent pas notre position : ils disent que nous favorisons la surpopulation et la misère, avança précautionneusement un conseiller suicidaire.
- Mmm, réfléchit le Président du monde libre, je vais faire une déclaration où j'expliquerai que doubler le nombre de pauvres dans le tiers-monde permettra - à terme - de fabriquer des Nike tout en appliquant les 35 heures (devenant lyrique) avec trois équipes de pauvres qui feront les trois-huit, et même le repos compensatoire et le dimanche à l'église.
- Formidable, Mr le Président ! Je le note. Et... pour la faillite de WorldCom ?
- Le monde libre a survécu à la faillite frauduleuse d'Enron, preuve que ces erreurs de comptabilité n'étaient pas si graves que les journaux l'ont prétendu ! Les États-Unis surmonteront ensemble cette nouvelle épreuve envoyée par Dieu !
- Bravo, Monsieur le Président !


Août 2002
- Mr le Président, la CIA vient d'intercepter un message codé des Frenchies : "Si les États-Unis sont forts comme Obélix, on regrette qu'ils soient conseillés par Idéfix. Astérix serait gardé au secret dans le camp de Guantanamo à cause d'un trafic de "fromages qui puent". Doit-on monter une opération pour l'extraire ?"
- Je ne comprends pas ?
- C'est codé, Monsieur.
- J'ai compris que c'était codé, mais ça n'a pas l'air codé, c'est ça que je ne comprends pas, crétin !
- Les Français sont forts en cryptage, Monsieur. Nous pensons qu'il s'agit d'une note blanche de leurs Renseignements Généraux. Mais la NSA a les meilleurs mathématiciens du monde, ils vont trouver.
- C'est quoi, les Renseignements Généraux, drôle de nom : ça fait un peu bottin téléphonique, n'est-ce pas ?
- C'est parce que quand le gouvernement français leur demande un renseignement, en général, ils répondent.
- Ah, oui, ça n'irait pas pour la CIA : en ce moment, ils ne répondent pas.
Deux jours plus tard :
- Ça y est, Monsieur, la NSA a décrypté le message français. Je lis :"Au mois d'août, quand le patron et tous les chefs de service sont en vacances, les employés du service informatique français s'amusent."


Septembre 2002
- Messieurs, je viens de lire, ou plus exactement quelqu'un vient de me lire que les journaux européens me traitent de manichéen. Or, je n'ai jamais niqué Monica ! C'est Bill qui... Pas moi.
- Monsieur le Président, si vous le permettez : ils font référence à vos discours sur "la lutte du Bien contre le Mal".
- Ah! C'est un compliment, alors ? J'aime mieux ça.


Octobre 2002
- Monsieur le Président, nos alliés traditionnels, et même une partie de notre état-major pensent qu'on ne pourra pas courir deux lièvres à la fois : quadriller l'Afghanistan à la recherche de Ben Laden et attaquer l'Irak.
- Et pourquoi pas ? On est Américains, non ? Moi, je peux parfaitement me coiffer de la main gauche tout en me brossant les dents ! Enfin, je n'ai jamais essayé, c'est une image, vous comprenez ? J'essayerai ce soir.
Le lendemain, dans la cellule de crise, le Président semblait avoir du mal à parler et s'excusa : "Je me suis fait mal hier soir en me brossant les dents, n'y faites pas attention. Mais vous avez raison, on ne peut pas faire deux guerres en même temps. Aussi, voilà ce que j'ai décidé : la première moitié de la semaine, nous ferons la guerre en Afghanistan, et l'autre moitié en Irak !"
- Génial !
- Géant !
- Euh... Monsieur le Président, on ne peut pas diviser en deux une semaine : il y a sept jours... demanda, gêné, le plus jeune.
- Good boy, heureusement que je suis là ! Voilà le plan : il y aura 3 jours pour l'Afghanistan, 3 jours pour l'Irak, et le dimanche, bien sûr, c'est le jour du Seigneur ! God bless America !


Octobre 2002
- Messieurs, je ne suis pas content de vous ! fulmina le Président, Jimmy Carter vient d'avoir le prix Nobel, alors que quand il était Président des États-Unis comme moi, on le disait bête !
Long silence, les conseillers attendent la suite.
- Je ne suis pas moins bête que lui ! Alors, vous allez leur dire que je veux mon prix Nobel, sinon je bombarde le pôle Nord !
- La Norvège, Monsieur.
- Oui, c'est ça.
- Mais ils vont demander où vous avez fait la paix, Monsieur, osa l'un des conseillers.
- Eh bien : au Texas d'abord, et maintenant en Afghanistan.
- Ils se battent encore un tout petit peu là-bas, Monsieur, mais je pense que votre candidature sera parfaite pour l'an prochain.
- Bon boulot, mon gars !


Novembre 2002
Le nouvel agenda de George W. Bush :
- Janvier : attaque de l'Irak.
- Février : attaque de la Corée du Nord qui prétend avoir l'arme atomique.
- Mars : boum le Pakistan, qui a la bombe depuis longtemps, et qui nous les casse.
- Avril, mai, juin : la Somalie (pour venger l'humiliation américaine), le Soudan (pour entraîner les GI's), et la Libye (parce que Kadhafi se tient tranquille depuis trop longtemps, c'est louche). Si nos soldats sont en forme, on chasse les Français d'Afrique du Nord.
- L'été: la Task force envahit les pays du Golfe, les petits gars ont bien mérité de se baigner dans des baignoires en or et de dormir dans des palais ! Ça leur fera des vacances et ça nous fera du pétrole.
- Septembre : boum sur tous les pays musulmans qui auront protesté contre l'invasion de l'Arabie Saoudite.
- Octobre : on aide Israël à jeter tous les Palestiniens à la mer.
- Novembre : On calme l'Inde, la Chine, et même les Européens qui ont protesté, à coups de missiles de croisière s'il le faut.
Fini de nous concurrencer avec leurs lanceurs de satellites et leur agriculture ! Fini de rire du boeuf aux hormones de nos cowboys !
- Décembre, l'apothéose de Noël : je décrète la Pax Américana sur toute la surface de la Terre !
Le bâtiment de l'ONU est vidé manu militari, puis transformé en église au nom de notre belle devise : les Américains pour les Américains, et Dieu pour tous !


C'est le petit matin, le Président des États-Unis s'éveille, un sourire aux lèvres, heureux:
- Waouu! Quel beau rêve j'ai fait ! Je vais en faire un grand discours historique; l'autre pourra aller se rhabiller, avec son "I had a dream" !




Un beau jour de mai 2072
L'arrière petit-fils de Bush parle à son conseiller pour les affaires du Moyen-Orient :
- Où en sont les négociations entre les Israéliens et les Palestiniens?
- Elles butent toujours sur le statut de Nouvelle-Jérusalem, la nouvelle ville sur la Lune, Monsieur le président : le nouveau Mur des lamentations aurait été construit sur un emplacement prévu à l'origine par New-ONU pour une mosquée.
- Et pour le problème des stations orbitales ?
- Statu quo : les Juifs orthodoxes déclarent que le Grand Israël, qui leur a été donné par Dieu, inclut toute la portion de l'Espace située au-dessus d'Israël, selon un cône dont l'angle reste à définir dans des négociations ultérieures. Ils refusent que des satellites arabes ou laïques passent au-dessus, et ne veulent pas démanteler les colonies orbitales contestées.
- Bon. On avance bien, donc ?
- Oui, Monsieur le Président, nous avons bon espoir.


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