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HUMOUR


Paul Itolog

Notre envoyé très spécial à Washington
(suite)


3 avril
Les agences de voyage du monde entier font grise mine : d'abord la guerre, puis la pneumonie atypique !
La Maison Blanche, toujours optimiste, relativise :
- Il y a tout de même un accroissement du tourisme vers l'Irak ! De nombreux volontaires-suicides affluent vers Bagdad depuis la Syrie, la Jordanie, et il y a même des candidats de la lointaine Égypte... Et tout ça grâce à nous !


Réunion de l'après-midi :
- Formidable ces images des gamins joyeux devant les bonbons et la bouffe lancés par nos marines ! s'exclama le président américain, réconforté par les bonnes nouvelles du front, mais... on ne pourrait pas en profiter pour les convertir ? Quand ils sont dans de bonnes dispositions, ajouta-t-il pour préciser sa pensée.
Chacun fit semblant de réfléchir à cette brillante suggestion du président.
- C'est plus fort que lui, chuchota quelqu'un à son voisin : quand les nouvelles sont mauvaises, il prie, et quand elles sont bonnes, il veut ramener des nouveaux clients à Dieu pour le remercier !


4 avril
Les troupes américaines s'approchent de Bagdad.
Communiqué du Pentagone :
- Nous commençons à encercler Bagdad.
Communiqué irakien :
- Les Américains contournent Bagdad !


5 avril
George Bush a tenu à rassurer les Irakiens et tout le monde arabe :
L'Irak de demain appartiendra aux Irakiens ! La terre, le sable, le désert et quelques oasis demeureront sous autorité irakienne.
Puis il a ajouté, lyrique :
La terre aux Irakiens, le ciel à Dieu, et le sous-sol aux Américains !
Seule la première partie de son message a été rapportée par les médias suite à de fortes pressions de son conseiller spécial antigaffe (un poste nouvellement créé dans l'organigramme de la Maison Blanche.)


6 avril
Bataille de Bagdad ou incursions tactiques, le débat fait rage chez les experts de la télé.
Le ministre irakien de l'information, lui, est d'un un avis différent :
Nous avons repoussé les américains à Bassora, puis Nassiriyah, à Kerbala, nous les avons chassés de l'aéroport international, et maintenant nous venons de les repousser dans Bagdad. Quand ils seront tout à fait au centre de Bagdad, ils seront pris dans une nasse !


6 avril
Nouvelle bavure : bombardement d'une colonne de Kurdes et de forces spéciales américaines.
Selon les premiers éléments de l'enquête, les pilotes interrogés auraient répondu :
- On croyait que c'était des Anglais.


8 avril
Les premières images des fameuses armes irakiennes de destruction massive parviennent aux médias :
- Bidons divers, eau de Javel, vieux chars T55 soviétiques, masques à gaz poussiéreux, vareuses militaires usagées, obus à charge d'air comprimé, 1 missile abandonné.
......
Cuba profite que les médias sont focalisés sur l'Irak pour arrêter quelques démocrates; le Viêt-Nam et la Chine ont déjà fait pareil.
La contagion démocratique annoncée par George Bush est en marche : on regroupe les démocrates et on les loge !


9 avril
Nouvelle bavure américaine : un char, après avoir longuement réfléchi, a tiré un obus sur l'hôtel où résidait la presse étrangère, faisant deux victimes.
De nombreuses questions se posent :
- Pourquoi a-t-il réfléchi ? En avait-il l'autorisation ?
Une enquête a été ouverte. Les enquêtes militaires sur les bavures, c'est comme les portes : on pense toujours à les ouvrir mais jamais à les fermer.
Les versions diffèrent sur ce que le tireur aurait déclaré aux enquêteurs :
"J'ai cru voir Saddam Hussein à la fenêtre."
"Il y avait un tireur embusqué à la fenêtre."
"Je suis venu pour démolir, je démolis."
"Quand j'ai appris qu'on avait bombardé la chaîne arabe Al-Jezira, j'ai cru qu'on devait attaquer tous les journalistes."
"Je croyais qu'il n'y avait que des journalistes français, alors j'ai tiré."


9 avril au soir à la Maison Blanche
Bagdad est tombée. Enfin des images d'Irakiens accueillant les libérateurs. Champagne français pour fêter ça - euh non, champagne californien.
Le président George Bush a été appelé par ses conseillers pour assister à ce moment historique tant attendu : la chute d'une statue de Saddam sous les ovations de la foule !
- Un grand moment, Monsieur le Président !
- Historique même, je resterai dans l'histoire comme un Churchill, un Napoléon - non, c'est un salaud de français, un Gandhi - non, c'est un salaud de pacifiste, un ... un...
- Un grand succès !
- Euh, Monsieur le Président, il y a un petit problème, risqua un rabat-joie.
- Quoi encore ? C'est fini, non ?
- Les Turcs menacent d'envahir le nord de l'Irak si les Kurdes s'emparent d'une ville pétrolière, ils ont peur d'un Kurdistan indépendant et riche.
- Ils ont raison ! Et question pétrole vous pouvez me croire, je suis un expert !
Mais... pourquoi auraient-ils peur d'un Kurdistan riche ? Moi, j'aime bien les riches, on a moins d'ennuis avec les riches qu'avec les pauvres, non ?
- Oui, Monsieur le Président, mais un Kurdistan riche pourrait acheter des armes et soutenir les Kurdes de Turquie.
- A qui achèteront-ils des armes ? A nous ?
- Peut-être, par reconnaissance, mais aussi aux Européens, aux Français qu'ils aimaient bien avant que ces traîtres nous laissent tomber pour cette guerre.
- Ah non ! Si ces Kurdes sont des copains aux Frenchies, dites aux Turcs qu'on les soutient à fond ! D'ailleurs, n'est-ce pas eux qu'on soutient déjà pour entrer dans l'Europe et y flanquer une pagaille pire que maintenant ?
- Oui Monsieur.
- Tout de même, je me demande pourquoi les journaux disent que je ne connais rien en politique étrangère, ce n'est pas si difficile que ça. Il suffit de régner pour diviser.


10 avril
- Monsieur le Président, une note de synthèse de la CIA :
Saddam Hussein s'est enfui en Syrie sur une moto pilotée par Ben Laden, accompagné d'un des fils de Saddam dans un camion bourré d'armes de destruction massive.
- C'est inquiétant. On apporte la démocratie à la Syrie, alors ? propose Donald Rumsfeld, enthousiasmé par le succès éclair des marines à Bagdad.
- Ou à l'Iran plutôt ? rétorque le Président Bush; Je me rappelle que quand j'étais petit, ils embêtaient beaucoup le président américain. Et puis, ils sont toujours pas de la vraie foi, non ?
- Exact, Monsieur le Président, et je dirais même qu'il y a très peu d'espoir de les convertir, même en leur envoyant Billy Graham, ajouta le conseiller dans le fol espoir d'être débarrassé du prédicateur.
- Tiens, bonne idée, ça, je vais lui demander s'il est volontaire pour aller convertir tous les schismes.
- Les chiites, Monsieur le président.
- Je ne sais pas prononcer l'arabe. Personne n'est parfait.


11 avril
Le régime est tombé. Malgré les victimes, la population s'enivre de liberté, les journalistes retrouvent un ton plus léger.
Une vielle blague soviétique recyclée circule dans Bagdad :
- Pourquoi les Américains sont-ils venus en Irak ?
- Pour chercher des armes de destruction massive.
- Et jusqu'à quand resteront-ils en Irak ?
- Jusqu'à ce qu'ils les aient trouvées.


10 avril
C'est confirmé : le régime est tombé. Malgré les victimes, la population s'enivre de liberté, les journalistes retrouvent un ton plus léger.
Une vielle blague soviétique recyclée circule dans Bagdad :
- Pourquoi les Américains sont-ils venus en Irak ?
- Pour chercher des armes de destruction massive.
- Et jusqu'à quand resteront-ils en Irak ?
- Jusqu'à ce qu'ils les aient trouvées.


11 avril
Nous avons reçu de notre correspondant un curieux reportage, que nous vous livrons tel quel, en émettant le plus vives réserves :
"Bagdad est libre, c'est formidable ! Certes, ça pille de tous côtés, ça tire encore un peu, ça tue par-ci par-là, mais le souffle de la liberté est là : les gens donnent enfin libre cours à leurs instincts refoulés sous la dictature. Moi-même, après avoir été enfermé deux semaines dans un hôtel miteux avec des femmes qui pensent plus à taper sur leur portable "on entend les explosions" qu'à se conduire en femmes, je me sens une envie de faire la fête avec tous ces braves gens heureux !
Savez-vous que l'Irak est un peuple jeune ? Qu'un Irakien sur deux a moins de dix-huit ans ? Et comme un homme sur deux est une femme, ça veut dire qu'un Irakien sur quatre est une jeune femme de moins de dix-huit ans ! C'est fantastique, non ? Ça me rappelle les histoires de mon grand-père sur les petites Françaises à qui il distribuait du chewing-gum du haut de son tank en 1945, et le soir, au bal du village, il leur expliquait comment le mâcher à deux... Ah! L'après-guerre ! Tous les instincts primitifs, le pulsions sauvages qui remontent, moi-même je me sens comme une bête à la pensée que les jeunes filles de Bagdad ont été privées de boîte de nuit depuis trente ans et..."
Nous interrompons là ce bizarre reportage qui nous a fait craindre le pire : l'usage par Saddam Hussein d'armes chimiques hilarantes et délirantes.
Heureusement, après de longues heures d'angoisse, un fax d'un hôpital bagdadi est venu rassurer la rédaction. C'était un certificat médical en arabe. En voici la traduction :
"Votre valeureux envoyé spécial sera en congé maladie pour une durée indéterminée. Il souffre d'une intoxication aiguë après avoir fumé une substance illicite d'origine afghane."
Le rédac' en chef a d'abord voulu le renvoyer, mais comme les volontaires pour aller sur le terrain ne se bousculent pas... Pas de bol, déjà, il était là-bas parce qu'il s'est fait virer de Washington pour une maladresse de débutant : il avait obtenu, je ne sais par quel miracle, une interview de Condolezza Rice :
"- Êtes-vous l'éminence grise de George Bush ? qu'il lui a demandé de but en blanc, l'imbécile.
- Je ne suis ni grise, ni noire, ni black, je suis Afro-américaine ! Moi qui croyait que les Français étaient bien éduqués !"
Pas facile de créer un CNN à la française dans ces conditions.


12 avril
Pour remplacer la grande statue de Saddam Hussein renversée par la foule, George Bush a fait ériger à toute vitesse une statue de la liberté.
Le soir même, elle portait un voile.
...............
Les bombardements continuent sur Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein. La coalition anglo-américaine pense que le dictateur, sa famille et ses fidèles pourraient s'y être réfugiés, accompagné de sa garde prétorienne qui jusqu'à présent n'a pas foutu grand chose - il faut bien le dire.
Un soldat (anglais) nous a révélé fièrement que c'étaient eux, les Anglais, qui avaient eu l'idée de cette tactique :
- C'est comme la chasse à courre : tu fais un boucan pas possible, tu fous la pétoche, tu rabats la bête dans son antre et tu vas l'achever !


12 avril
Anarchie totale dans le villes irakiennes, risque d'un drame humanitaire, le débat sur les raisons du conflit est dépassé car l'urgence est à la reconstruction de l'Irak.
Le général américain nommé à ce poste s'explique devant les journaliste :
- L'ONU avait réalisé un programme pétrole contre nourriture, nous avons appelé notre programme " reconstruction contre pétrole."
- Et pour la monnaie, général, le dinar va-t-il être dévalué ? Ou remplacé par le dollar ? Ou une autre monnaie ?
- La nouvelle monnaie sera le baril (de pétrole). Reconstruction d'une maison : 10.000 barils, un immeuble 100.000 barils, un pont : 100 millions de barils.
- Et comment se fera le choix des entreprises ? y aura-t-il une place pour les entreprises françaises ?
- La moitié du marché sera attribué à des entreprises américaines, 49 % de la moitié restante ira à nos alliés anglais. Mais les Français ne seront pas oubliés : ils reconstruiront les chiottes et les égouts de Bagdad. On dit les sanisettes parisiennes très propres, très chic !
- N'est-ce pas injuste, mon général ?
- Non. Nous avons montré ce que nous savions faire en matière de destruction massive, il faut maintenant que nous montrions nos compétences en matière de reconstruction.


14 avril
Réunion secrète au Pentagone :
- Messieurs, le bilan de cette guerre est plutôt positif : nos chars Abrams on fait merveille, nos avions furtifs, nos missiles de croisière et nos bombes à guidage laser ont confirmé leurs capacités, et nous avons pu essayer nos drônes et nos nouvelles bombes à fragmentation.
- Pourtant, remarqua son voisin, nous sommes un peu déçus : nos bombes à effet électromagnétique ont montré leurs limites, et surtout, nos généraux n'ont pas eu les couilles d'essayer la "mère des bombes" - la fuel-air-explosive, c'était pas la peine d'en faire un essai sur notre sol avant la guerre !
- Monsieur, les combats les plus violents avaient tous lieu près des villes, il y aurait eu trop de pertes civiles...
- Admettons.
- Et surtout nos hommes auraient été touchés. Eux aussi ont besoin d'oxygène.
- Mmoui, soit. Mais comme ce con de Saddam n'a pas été fichu de faire la moindre petite attaque chimique, on a perdu l'occasion de vérifier nos tenues NBC et nos vaccins. On ne peut tout de même pas faire un "friendly fire" chimique !
(mimiques hésitantes autour de la table)
- Saddam c'était vraiment un enculé, et un incapable !
- En plus, souligna son interlocuteur, comme me l'a dit Donald, on a perdu l'occasion de tester nos petites bombes nucléaires tactiques et de prouver enfin que Kissinger avait raison : un conflit nucléaire limité est possible.
- Ce sont bien des sous-développés : tout ce qu'ils savent faire, ce sont des attentats suicides ! Pas fichus de nous sortir une bonne attaque technologique qui nous aurait donné un prétexte... De quoi vous dégoûter de leur faire la guerre.
- Tout à fait, général, mais on a encore une chance : comme Ben Laden et Saddam courent toujours, on peut dire qu'ils se sont réfugiés en Syrie, au Pakistan, en Corée du Nord, en Libye, nous avons l'embarras du choix !
(Sourire général)
- Après ce succès, on peut même aller installer la démocratie où on veut, et il y a quelques centaines de pays qui ne connaissent pas encore les joies d'une vraie démocratie !
(franche rigolade)


15 avril
Les rapports franco-américains ne s'améliorent pas :
alors qu'un porte-avions américain devait faire escale à Toulon, le gouvernement français a refusé, et fait répondre au commandant :
"Craignons épidémie à bord de votre navire. Risques de contagion démocratique trop élevés".


16 avril
Conférence de presse du général américain en charge de l'après-guerre :
- Mon général, que ferez-vous si le nouveau gouvernement s'avère une nouvelle dictature militaire, un nouveau Saddam? demande un journaliste.
- Nous le renverserons. C'est pratique : nos forces armées sont déjà sur place.
- Et si c'est un nouveau Khomeyni ?
- Pareil. Et on poussera peut-être un peu vers l'Iran... non, je blague !


17 avril
Les Américains ont arrêté en Irak Abou Abbas, un terroriste.
- On vous l'avait bien dit ! claironnèrent unanimement les responsables civils et militaires américains.
- Et est-ce que ça valait les dix ou vingt mille morts du conflit ? demande un journaliste.
- 20.000 ? Vous voulez dire cent trente-huit ?
- Et les civils irakiens ?
- Ah ! Vous les comptez aussi ?


18 avril
Depuis la déconfiture du régime irakien et l'évaporation de la Garde républicaine, unité d'élite qui devait lutter pied à pied dans Bagdad contre les Américains, une certaine déception se fait sentir dans le monde arabe, dont la population voyait presque en Saddam Hussein un nouveau Saladin résistant aux croisés.
Rendons malgré tout hommage à l'armée irakienne, car si elle n'était pas la quatrième armée du monde, comme le papa Bush nous l'avait fait croire en son temps, elle a montré qu'elle était quand même l'armée la plus intelligente : la Garde républicaine a compris avant tout le monde que c'était foutu... et s'est évaporée, dans sa tenue de camouflage urbain "civil opprimé".
Quant aux fedayins qui avaient juré de répondre à l'invasion américaine par des attentats suicides, leurs chefs - optimistes - avaient préparé un millier de jolis gilets-suicides, mais ils n'ont pu convaincre que deux volontaires de s'exploser !
Le fanatisme n'est plus ce qu'il était. Enfin une bonne nouvelle.


21 avril
Le général Garner, nouveau proconsul (provisoire) de l'Irak, vient d'arriver par la voie des airs, comme le Père Noël, les poches pleines de bouffe, d'eau et de contrats.
En toute discrétion suivront aussi les mille inspecteurs américains chargés de trouver les fameuses armes de destruction massive.
- Pourquoi avoir refusé le retour des inspecteurs de l'ONU, mon général ? demanda notre envoyé spécial.
- Parce que nous sommes les meilleurs, et donc nos inspecteurs américains sont aussi les meilleurs inspecteurs.
- Et pourquoi mille, mon général ? insista notre journaliste.
- Cinq-cents sont des spécialistes des armes NBC.
- Et les cinq-cents autres ?
- Des super-spécialistes de la CIA qui sont capables de trouver ce qu'on leur demande de trouver...

Fin avril
L'acteur américain Charlton Heston, depuis longtemps président de la NRA (National Rifle Association) et chantre du droit de posséder à domicile toute arme à feu inférieure au lance-roquette, atteint depuis quelques années de la maladie d'Alzheimer, vient de démissionner de ses fonctions.
Une légère amélioration de son état de santé, donc.
......
Les États-Unis sont le seul pays au monde à ne pas connaître le phénomène de la fuite de cerveaux. Parallèlement, ils en importent, accueillant à bras ouverts tout étudiant étranger un peu prometteur.
Une question se pose : y-a-t-il une pénurie de cerveaux aux USA ?
........
La tension entre le gouvernement américain et la France ne s'apaise pas.
Voici le passage de la déclaration que devait faire George Bush devant ses troupes qui a été supprimé :
"La CIA désormais a la preuve que les armes de destruction massive irakiennes ont été démantelées peu avant le conflit, et sorties d'Irak par la valise diplomatique française. Quand à Saddam Hussein, si nos troupes d'élite ne l'ont pas capturé, c'est parce qu'il a trouvé refuge dans l'ambassade française... et que nous respectons trop la légalité internationale pour violer une ambassade qui n'est pas consentante."

Fin avril 2003
-Mais enfin, ça traîne! et les Européens recommencent à se moquer de nous ! Pourquoi est-ce si difficile de reconstruire l'Irak ? demande le président à un de ses conseillers.
- Monsieur le Président, c'est une loi de la nature : l'entropie. Il est beaucoup plus facile de détruire que de construire.
- Ah bon ? Je croyais qu'on avait fait un exploit en détruisant l'Irak aussi vite.
- L'Histoire est pleine de grands destructeurs de l'humanité, mais n'ayez crainte, Monsieur le Président, vous resterez dans l'Histoire comme le plus rapide.
- Ah, j'aime mieux ça. Vous commenciez à m'inquiéter. C'est intéressant votre histoire d'andropause...
- Entropie.
- Oui. Ça me rappelle quand j'étais petit : j'avais démonté un Lego : eh bien je n'ai jamais pu le remonter !
- Exactement, Monsieur le Président. C'est tout à fait ça.
- Et les Allemands, là, depuis qu'ils ont détruit le mur de Berlin, ils ont la grosse tête ! Voilà qu'ils se prétendent pacifistes maintenant. Et pourtant, d'après ce que vous venez de m'expliquer, détruire un mur est à la portée de n'importe qui. Il n'y a pas de quoi se vanter. Vous allez leur préparer un mémo sur l'entropie pour les calmer. Au fait, que signifie ce drôle de nom : "entropie" ?
- Eh bien, sans remonter aux racines étymologiques...
- Non, je n'aime pas la logique : faites simple.
- ... on dit "entropie" parce que quand y en a trop, c'est pire. Par exemple : quand il y a trop de chiites, c'est pire, quand il y a trop d'Européens, c'est pire, etc...
- Somme toute, c'est assez simple la science : même moi je comprends.
- Oui, Monsieur le Président. Et pour l'Irak ?
- Nommez un civil américain au-dessus de Garner, comme ça si ça tourne mal, on ne pourra pas critiquer l'armée américaine ! Et proposez aux Anglais de gérer le merdier de la région chiite, et aux Polonais la pagaille du Turkistan.
- Bien joué, Monsieur le Président !


Mai 2003
Le premier pape polonais de l'histoire a déjà canonisé plusieurs centaines de chrétiens, autant que ses prédécesseurs en plusieurs siècles.
La Pologne, candidate à l'entrée en Europe, a obtenu un surcroît de subventions et un statut très favorable pour son agriculture.
La Pologne a signé le contrat du siècle pour des avions de chasse américains.
La Pologne, invitée à superviser un tiers de l'Irak d'après-guerre, a fait savoir qu'elle n'en avait pas les moyens et que ça allait coûter bonbon aux américains s'ils voulaient qu'elle y aille.
La Pologne, souvent maltraitée par l'Histoire, a bouffé du lion ! Gare à la vieille Europe, elle ne fait pas le poids !


Mai 2003
Non seulement Saddam Hussein est parti avec ses armes de destruction massive, mais il a emporté la caisse !
Pas d'eau courante à Bagdad, pas d'électricité, pas d'essence, pas de paye aux fonctionnaires, plus d'administration, on se demande ce qui empêche les Américains de refiler la gestion de ce bourbier à l'ONU... Ce ne serait quand même pas le pétrole ?..

 

Préambule

(j'ai préféré mettre le préambule à la fin sinon personne n'aurait lu ce texte)

Tous les évènements rapportés ici sont fictifs. Si d'aventure quelques faits réels se sont glissés dans les reportages, ils sont tronqués, leur présentation en est partiale, et leur commentaire totalement subjectif. La mauvaise foi de nos (ex)envoyés spéciaux est scandaleuse.

Tous les personnages sont imaginaires. Toute personne qui croirait se reconnaître ne pourrait s'en prendre qu'à son imagination, à ses parents, ou à son miroir.


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